Mardi après-midi à l’Université de Réduit, des éclats de rires et des jeunes qui discutent des cours, des évaluations… Cela fait trois semaines que les cours ont repris et pourtant une semaine après la rentrée un drame s’est abattu sur le campus de Réduit. Le cadavre de Deepesh Beehary a été repêché dans un lac aux alentours de Réduit. Survenu dans des circonstances tragiques, ce drame remet en question les activités auxquelles ont droit nos jeunes. La question qui se fait entendre sur toutes les lèvres : Que faisait cet étudiant loin du campus le mardi 23 août dernier ?
Être jeune, c’est souvent synonyme d’escapades, de dynamisme, de rêves et d’ambitions. Ce terme est souvent associé aux adolescents. La société semble ainsi avoir mis aux oubliettes ceux âgés entre 19 et 23 ans : les adulescents. Qui sont-ils ? Que recherchent-ils ?
« À l’Université de Maurice, ce ne sont pas les activités qui manquent », ont affirmé à maintes reprises les délégués des étudiants du campus regroupé au sein de la Student Union. Le « common » ou centre de jeux qui regroupe les indoors activities et la bibliothèque, désigne les lieux mis en avant par ces derniers. « C’est là où les jeunes s’occupent en attendant le début des cours. Bien que ceux-ci ont lieu toute la journée, il y a parfois un trou entre deux cours. L’étudiant doit parfois patienter une heure voire deux avant le cours suivant », explique-t-on, d’où la mise en place d’espaces pour distraire les jeunes durant leur temps libre. Pourtant, une tournée dans ces lieux « privilégiés » permettent de constater qu’ils ne sont pas vraiment prisés. Vers 13 h, le « common » est occupé majoritairement par les étudiants de troisième année et la bibliothèque n’est occupée qu’à 40 %.
Manque cruel d’activités
Johanne (prénom fictif), étudiante en troisième année en lettres modernes, confie que la bibliothèque est surtout occupée durant la période des examens et que le « common » est bruyant. « Lorsqu’il fait beau, ce n’est pas un problème d’être sur le campus, les étudiants s’assoient sous des arbres en attendant la reprise des cours mais c’est surtout en cas de mauvais temps que nous n’avons aucun lieu pour nous réfugier », dit-elle. Giovanni, étudiant en deuxième année de la Faculté d’agriculture laisse entendre que la cafétéria demeure le lieu où les étudiants se rassemblent pour discuter des cours, « mais avec la hausse de la population estudiantine, il devient de plus en plus difficile de se faire une place au sein du Campus ». De plus, les règlements à respecter ne font pas le bonheur des étudiants. « Nous savons que sur le campus, l’alcool et la cigarette sont interdites. Mais nous sommes sur un campus. Nous sommes jeunes et nous voulons vivre notre vie à fond. Si nous ne pouvons le faire là où nous passons la plupart de notre temps (sur le campus), nous le faisons loin des regards », explique-t-il. D’où les escapades de certains jeunes dans des lieux situés aux alentours de Réduit mais qui représentent un « danger potentiel ». Et de soutenir dans le même souffle, « le fait qu’ils fréquentent ces lieux ne signifie pas qu’ils sont des délinquants juvéniles. Il faut comprendre que le jeune a besoin d’espace… Or, c’est ce qui manque à Réduit ». D’ailleurs, il souligne que « nous avons ceux qui sont plus tranquilles et qui se concentrent sur leurs études et des étudiants qui découvrent le monde des jeunes ». Yanadassen, étudiant en mathématiques, soutient que la population estudiantine de l’Université de Réduit est composée de ceux qui ont eu une vie d’adolescent avec des sorties et qui ont fait l’école buissonnière et ceux qui n’ont rien connu de tel. Pour notre interlocuteur, concernant ces derniers, ils sont livrés à eux-mêmes une fois à l’université et n’ayant pas de repères ils peuvent transgresser certaines limites et mettre leur vie en danger. Et de poursuivre, « parmi ceux qui ont toujours été dans le cercle vicieux des cours particuliers, écoles, révision, dodo sans parler de la protection de parents trop conservateurs, la vie universitaire leur permet de vivre leur jeunesse. Le campus est un lieu où il n’y a aucun contrôle sur les heures d’arrivée et de sortie. Ce n’est pas comme un collège où l’on est barricadé par des murs. L’on rentre et l’on sort lorsqu’on le souhaite. Et lorsqu’il n’y a rien à faire sur le campus, les étudiants se dirigent vers d’autres espaces où ils pourront s’adonner à coeur joie à leurs activités ».
Pour les étudiants interrogés, le cas de Deepesh Beehary est le reflet de la vie universitaire. Pas de tapage, de rencontres, d’activités culturelles entre autres. Le manque d’espace ajouté au goût de l’aventure et à la transgression de l’interdit entraîne le jeune vers d’autres horizons par curiosité.
Les lieux de prédilection
Parmi les lieux privilégiés, les restaurants et snacks situés à Réduit et le Bassin Canard sans compter le pont de Réduit, attisent la curiosité des premières années. « Les premières années se renseignent auprès des plus anciens sur les lieux à fréquenter ou à visiter. Cela se fait de bouche à oreille », avance Clara, étudiante en sciences politiques. D’où le danger. Les plus jeunes s’aventurent dans ces lieux, là où ils pourront vivre leur « vie ». Les couples espèrent y trouver un endroit tranquille alors que pour les groupes d’amis c’est un espace où la fête est de mise. « Alcool et drogue sont présents et souvent cela occasionne plus des risques. »
Parmi les autres espaces fréquentés, des jardins et des cascades. Le Jardin de Balfour et ses cascades, situé à une vingtaine de minutes de Réduit, le Jardin de Curepipe et celui de Pamplemousses sont parmi ceux qui sont prisés. Si dans les deux premiers cas, l’entrée est gratuite donc plus accessible aux jeunes, Burthun Rameshdeo, IC Security au Jardin de Pamplemousses dit constater qu’avec l’entrée payante du jardin, le nombre de jeunes fréquentant cet espace aurait nettement diminué. Roopesh Ramphul, Administrative Officer explique pour sa part, qu’aucun incident grave ne s’est produit au Jardin. « Avant que l’entrée ne soit payante, la police faisait des patrouilles régulières et cela évitait des dérapages. Avec l’entrée payante, les jeunes sont découragés. De plus, parmi les règlements mis en place, la consommation d’alcool y est interdite ».
Interrogé, Yanadassen explique d’ailleurs s’être souvent aventuré sur le pont du Réduit ou encore au Bassin Canard pour une beuverie. « J’y suis allé pour passer un moment entre amis après les examens. Nous n’étions pas loin du campus et pouvions consommer de l’alcool autant que nous le souhaitions et cela sans être inquiétés par les policiers ou les vigiles du campus. Nous sommes majeurs et avons certains privilèges contrairement aux collégiens », dit ce dernier. Michèle, étudiante en troisième année,  avance quant à elle que la vigilance doit être de mise pour éviter les incidents. « Fode pa grat ledo maler. Oui nous nous permettons en tant que jeunes de fréquenter ces lieux par manque d’espace mais nous devons nous montrer responsable ». Pour ceux interrogés, le campus de Réduit a besoin d’un souffle nouveau au niveau de la « mentalité de l’administration ». La jeunesse « robotisée » soumise à des règlements d’une société conservatrice et prônant l’intellectualité est le vice qui ronge les adulescents. « C’est toute la mentalité de nos jeunes et de ceux qui gèrent les institutions scolaires et tertiaires qu’il faut remettre en question », adhèrent-ils tous.
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