Il est de bon ton, à Maurice, au sujet de la contribution des étrangers, que ce soit au niveau des rapports ou de leurs positions institutionnelles, d’avancer l’argument d’extériorité. Ils ne comprennent pas la réalité complexe de notre île, sont à côté de la plaque et dans leurs analyses et dans leurs propositions d’action. Encore une fois, ce sera un argument entre autres qui refera surface à propos de cette démission. Pour masquer les véritables faiblesses, carences et hypocrisies institutionnelles.
Au nom de cette généralité simpliste et sur une base défensive, qui annule tout esprit critique, nous rejetons en bloc des apports, qui, du fait même de cette extériorité, peuvent, pour n’en citer que quelques-uns
Ne pas être otage des lobbies qui entourent chaque institution et intervention relevant de notre domaine public
Avoir une vue plus large et systémique des problématiques auxquelles nous sommes confrontés régulièrement
Ne pas personnaliser les conflits et donner leur importance à des analyses institutionnelles, aux enjeux d’ensemble, conflits de groupes, recherche d’intérêts collectifs plutôt que la poursuite des Egos surdimensionnés
Faire avancer des causes justes car moins impliqués émotionnellement, par peur de trahir (solidarité de famille, de caste, de clan, de groupement professionnel, confessionnel, etc.)
Sans vouloir glorifier les étrangers ou sacraliser ce principe d’extériorité, indépendamment de l’appartenance fils / filles du sol ou d’ailleurs, ce principe existe pour tous. En effet, combien sommes-nous, Mauriciens, Mauriciennes à vouloir comprendre la réalité qui nous entoure, à la décrypter en termes non-partisans, à nous poser en extériorité de l’objet. Certaines analyses de nos compatriotes sont davantage des mascarades d’analyse et nous font honte. Le réductionnisme dans les arguments portés contre l’apport étranger en ce sens révèle nos propres limites et médiocrités.
Revenons à l’UOM. Pour avoir apporté ma petite contribution au Sénat de l’UOM depuis bientôt quatre ans, sans révéler des secrets de polichinelle,  je ne peux m’empêcher de dire que la situation dramatique dans laquelle se trouve l’UOM, obligeant le Professeur Konran Morgan à tirer sa révérence est une forte régression au niveau de la production des richesses et du savoir de notre pays. Cette situation ne date pas d’hier et le Professeur Morgan a eu le mérite de la résilience à la fois dans le diagnostic et dans le projet de restructuration de l’UOM. A bout portant, dans la patience du dialogue et de la recherche du consensus. Il me vient en mémoire de nombreuses séances marathon du Sénat dans lesquelles cette recherche, respectueuse des opinions différentes, pouvait irriter car longue, laborieuse et parfois vaine. Le surdimensionnement des egos, la mégalomanie règnent en maître sur le campus de Réduit. Ceux, qui dans l’ombre, oeuvrent pour la connaissance, sont foulés aux pieds. Ce n’est plus «  Publish or Perish ». C’est «  Show / Kill or Perish ». C’est triste, immensément triste. Les véritables enjeux du transfert de la connaissance, de la passion pour la recherche sont escamotés. Les mêmes questions, les mêmes interlocuteurs reviennent en boucle. Etudes, cursus, étudiants deviennent des enjeux secondaires. On lève les yeux, on soupire, on baisse les bras. L’UOM est en perpétuel stand-by. La résistance s’est bien organisée.
Certes, il existe comme dans tout domaine des Mauriciens, Mauriciennes capables de prendre la relève comme vient de le dire le Ministre de l’Education, Vasant Bunwaree.  Mais, combien ont l’extériorité,  la volonté de dépassement et le sens moral nécessaires ? Il y en a ailleurs comme à Maurice. Mais ici, le pourrissement institutionnel est tel qu’il faudra une grandeur d’âme extraordinaire pour assurer l’entrée de l’UOM dans l’ère du changement nécessaire.
On essaiera d’amoindrir ce départ ; on cherchera un ou une coupable pour réduire son impact. Les boucs émissaires sont là : mais ce qui est inconcevable c’est le déni de la réalité, une réalité pas belle à voir. L’UOM comme les autres institutions est la proie de prédateurs. Bien organisés en réseau.
Et nous, simples gens du peuple, continuons à rêver au temple du savoir, à un lieu où des âmes bien nées apportent lumière et liberté. Nous rêvons à nos enfants ivres de savoir et de connaissance.
Merci Professeur Morgan pour ce que vous avez apporté.