L’Université populaire de l’île Maurice commence la nouvelle année en invitant l’essayiste et professeur de philosophie Séverine Auffret, pour deux conférences qu’elle donnera à l’IFM et à la municipalité de Port-Louis. Nous avons évoqué dernièrement celle qu’elle donnera jeudi 30 janvier à 18 h, à l’Institut français de Maurice sur la pionnière du féminisme et de la lutte contre le racisme qu’a été Olympe de Gouge. La semaine suivante, Séverine Auffret abordera un tout autre sujet, en explorant le roman philosophique de l’érudit arabo-andalou Ibn Tufayl, Le philosophe autodidacte. Cette allocution se tiendra le jeudi 6 février, de 17 à 19 heures à la salle du conseil de la mairie de Port-Louis. Entrée gratuite.
Dans sa version originale en arabe, Le philosophe autodidacte fait partie des textes clés du haut Moyen âge et de la civilisation arabo-andalouse. Contemporain d’Averroès, Ibn Tufayl était au XXIe siècle un proche conseiller du calife Abu Yaqub Yusuf, qui a été surnommé comme « le calife intellectuel » par quelque historien. Ce roman philosophique décrit le développement spirituel et l’auto-éducation d’un personnage qui a passé les cinquante premières années de sa vie sur une île inhabitée. Pareille intrigue renvoie tout de suite aux si célèbres Aventures de Robinson Crusoë, écrites six siècles plus tard. Et si l’auteur britannique Daniel Defoe a pu s’inspirer d’Ibn Tufayl, c’est que le rayonnement de cette oeuvre sur la vie et la formation spirituelle de l’être humain avait défié les barrières temporelles et culturelles. Séverine Auffret s’attachera à nous montrer à travers sa conférence sur le thème de l’île déserte dans Le philosophe autodidacte, l’extraordinaire influence qu’a pu avoir Ibn Tufayl sur les philosophes européens.
Né à Cadix, en Espagne vers 1109, le philosophe et physicien maure Ibn Tufayl a écrit Hayy ben Yaqzân à la fin de sa vie alors qu’il vivait à Marrakech à la cour du calife Abu Yaqub Yusuf. Transmis avec succès de génération en génération, ce texte sera traduit en Europe au XVIIe siècle sous le titre Philosophicus autodidactus, ou Le philosophe autodidacte. Pour Séverine Auffret, l’auteur avait conçu l’histoire de son personnage comme une sorte de « laboratoire philosophique », qui lui permettait d’instruire la thèse des capacités naturelles d’un esprit humain à atteindre la plus haute sagesse et l’accès aux plus hautes vérités métaphysiques, hors de toute tradition et de toute révélation, par le seul travail de sa propre réflexion et de son expérience solitaire. Séverine Auffret soutiendra notamment lors de sa conférence que la thématique de ce texte aura des répercussions trop souvent occultées en Occident dans plusieurs courants culturels et philosophiques, auxquels Spinoza, Leibniz et Rousseau ne sont pas étrangers. Elle évoque également le mouvement Quaker et le concept de « religion naturelle » chers aux philosophes tels que Diderot ou Voltaire.