Alors que le licenciement du vice-chancelier de l’Université de Maurice, le Pr Ramesh Rughooputh, aurait été motivé par plusieurs plaintes reçues sur sa façon de travailler, une semaine après, les vraies raisons qui auraient poussé le Chairman du Conseil d’administration, le Pr Soodursun Jugessur, à mettre fin au contrat de l’ancien VC du jour au lendemain, sans lui donner une quelconque explication, suscitent toujours des interrogations. Que les directives soient venues d’en haut n’est pas à écarter, alors le Pr Rughooputh évoque, lui, une rencontre entre le ministre et le Pr Jugessur quelques heures avant son licenciement.
Le fonctionnement de l’Université de Maurice se retrouve une fois de plus au centre des polémiques après le départ d’un deuxième vice-chancelier en moins de trois ans. Le mode sur lequel le vice-chancelier est appelé à opérer et surtout l’autonomie de l’institution par rapport à la politique reviennent ainsi sur le tapis. Mardi dernier, le Pr Ramesh Rughooputh, dont l’attitude au travail n’était pas appréciée par certains s’est retrouvé à la porte après une réunion de deux heures du Council, le même Council dont il avait tout le soutien il y a quelques semaines. Le Chairman, le Pr Jugessur, lui a remis, lui demandant de la signer, sans en dire plus. C’était sa lettre de révocation avec effet immédiat. Si le Conseil d’administration soutient que son départ était programmé et que rien n’est arrivé du jour au lendemain, il n’a pas été jusqu’ici en mesure de donner les vraies raisons qui ont motivé cette décision. Au Mauricien, le Pr Ramesh Rughooputh se dit convaincu que c’est une décision qui vient d’en haut car, soutient-il, le ministre Rajesh Jeetah aurait rencontré le Pr Jugessur quelques heures avec la réunion du Council. Pour lui, ce n’est pas un hasard et il maintient qu’il a été victime d’une manoeuvre politique. On ne demande pas à un vice-chancelier de partir du jour au lendemain sans lui donner des explications, dit-il encore.
Il importe de souligner que les départs du Pr Indur Fagoonee et du Pr Morgan ont également été une grande surprise sur le campus. Les prédécesseurs du Pr Rughooputh ont quelque peu vécu la même situation. Le Pr Fagoonee avait reçu sa lettre de révocation du jour au lendemain et le Pr Morgan, lui, avait préféré démissionner sans donné les raisons précises. À un certain moment, l’on évoquait son ras le bol quant à l’ingérence du ministère dans les affaires de l’institution.
L’ancien vice-chancelier ne mâche pas ses mots au sujet de l’ingérence politique dans le fonctionnement de l’UoM. Durant les douze mois où il a été vice-chancelier, tout semblait aller bien au niveau de l’administration et l’on ne percevait aucun conflit entre ses membres, dit le Pr Rughooputh, parce que « tel un père, j’ai essayé de laver le linge sale en famille pour trouver la solution ». « En tant que vice-chancelier, mon rôle était avant tout de veiller au progrès de l’institution et de préserver son image, je n’allais pas dénoncer ceux qui font du gaspillage ou ceux qui bénéficient d’avantages politiques, j’ai essayé de régler le problème en interne et j’ai payé le prix ». Si le jour de sa révocation, les raisons étaient évidentes pour le Pr Jugessur, aujourd’hui, il demande un peur de temps pour en parler. Contacté par Le Mauricien, il a seulement déclaré : « Donnez-moi quelques jours, je ne peux rien dire pour l’instant. » Pour sa part, l’autre principal concerné par cette affaire, le ministre de tutelle, Rajesh Jeetah, n’est « pas intéressé » à faire des commentaires pour le moment. Pourtant, tant au niveau du Conseil qu’à celui du ministère, une explication est attendue par plusieurs.
Si le Pr Rughooputh a repris ses fonctions au sein de la faculté d’Engineering, il ne compte pas croiser les bras. Il se donne un temps de réflexion pour décider de la marche à suivre car, dit-il, « c’est ma dignité qui est en jeu ». « C’est choquant la façon dont on a décidé de mon départ. Il y a un mois, ce même Conseil m’avais félicité pour le travail accompli dans le cadre de la restructuration de l’institution. Depuis ma révocation, je creuse pour savoir où j’ai fauté mais je ne vois rien, à eux de me le dire ».