L’Université de Maurice fait face à une vague de protestations qui monte crescendo ces jours-ci contre le dernier exercice de promotion à divers échelons, allant du poste de Senior Lecturer à celui de Professor. Le syndicat des chargés de cours est en présence d’une quinzaine de doléances portant sur de « sérieuses irrégularités » et adressera une lettre officielle incessamment à la direction. Des candidats s’estimant lésés ont déjà adressé leur plainte individuelle au président du conseil d’administration. Les griefs sont nombreux : conflit d’intérêts, vices de procédures, non-respect de l’éthique professionnelle… Des postulants de diverses facultés au poste de Professeur, par exemple, ont été évalués par un même panel, composé uniquement de scientifiques. Le cas du linguiste Arnaud Carpooran a ainsi été examiné par, entre autres, une conférencière de l’Imperial College de Londres, spécialiste en Nursing & Midwifery et en … « Fecal Incontinence and Constipation » (voir en hors-texte).
« On n’a jamais eu autant de protestations après un exercice de promotion que celui de cette année », déclarent des chargés de cours. Les manquements allégués sont de natures diverses ; ils couvrent tous les grades de promotion et le board de l’Université de Maurice (UoM) en a été informé. Le principal reproche concerne le non-respect des procédures de l’exercice de promotion. Des chargés de cours ayant une longue expérience des pratiques établies, se réfèrent à l’existence d’un manuel de “guidelines” connu comme le O’Connor Report pour soutenir leurs dires.
L’exercice de promotion est placé sous la responsabilité du Staff Committee (SC), une instance émanant du board de l’UoM qui est chargée d’interviewer les candidats de tous les échelons académiques, à l’exception de ceux aspirant à devenir Professeur. Le point de départ de cet exercice est le Faculty Promotion Advisory Committee (FPAC) qui y joue un rôle déterminant. Chaque faculté a son propre FPAC, qui est présidé par le Doyen.
Selon la procédure, le candidat est évalué sur trois principaux axes : l’enseignement, la recherche et l’administration et le service à la communauté. Il est le premier juge de ses travaux en s’attribuant des points selon une grille établie et envoie ensuite son dossier au FPAC qui revoie les points, en ajoute ou en retire selon son estimation. Le comité appelle le candidat pour des documents supplémentaires si nécessaire mais ne lui divulgue aucune information sur le pointage. Le dossier est envoyé au SC avec recommandations et observations pour la promotion ou non du candidat.
Le SC était composée cette année du Pr Hussein Subratty, vice-chancellor (VC) par intérim, unique représentant du personnel académique. Un des principaux griefs des candidats porte justement sur l’absence d’autres personnes venant de la sphère académique sur ce comité. Les autres membres étaient S. Naiken (Chief Executive Officer, Financial Reporting Council de l’UoM), U. N Demkah-Bagha (Human Resource Manager dans une entreprise privée) et G. Ng Wong Hing (avoué).
La participation du VC au SC fait l’objet de protestations diverses. Par exemple, des candidats soulignent que dans un souci d’éthique professionnelle il n’aurait pas dû figurer sur cette instance car il avait présidé en 2011 le FPAC de sa faculté, soit celle des Sciences. Le Pr Hussein Subratty aurait également publié dans le passé des travaux universitaires en partenariat avec un postulant de sa faculté. À ce sujet, les protestataires présument que le VC a déclaré ses intérêts, dans lequel cas il n’a pu participer à l’exercice de promotion. Ce qui laisse comprendre qu’il n’y avait aucun représentant du personnel académique sur le comité de sélection. Au cas où il se serait abstenu de le faire, sa présence sur cette instance équivaudrait à un conflit d’intérêts.
La participation active de la Registrar au sein de ce comité, alors qu’elle est censée y siéger en tant que secrétaire, est aussi vivement décriée. Elle aurait posé des questions aux interviewés, ce qui est contraire aux normes établies. Autre entorse alléguée à l’éthique professionnelle : le cas du Doyen de la faculté de Sciences sociales, le Pr Jocelyn Chan Low, qui a présidé et signé le rapport du FPAC de son département où figurait aussi le dossier de son épouse, candidate au poste d’Associate Professor. Les autres candidats disent reconnaître qu’il a pris soin de se retirer du comité lors des délibérations concernant le dossier de sa femme, mais estiment en revanche qu’il n’aurait pas dû participer à l’évaluation des collègues de celle-ci.
Critères : changement radical
Des postulants disent aussi avoir été lésés par un changement radical de critères apporté au protocole de l’exercice de promotion à tous les niveaux académiques. Un nouvel élément y a été ajouté cette année, soit la soumission obligatoire d’un PhD, auparavant ce travail de recherche était juste un atout supplémentaire pour celui qui l’avait accompli. Cette modification aurait été décidée unilatéralement sans que les candidats en soient informés au préalable.
Or, le PhD est désormais un critère éliminatoire qui pénalise d’office tous ceux qui ne le possèdent pas. Même ceux qui ont déjà publié des travaux dans des revues spécialisées reconnues à l’étranger auraient été notés “zéro”. « Le nouveau critère introduit est un critère éliminatoire. Peu importe le nombre de points obtenus pour la recherche, celui qui n’en a pas n’est pas promu. Or, jusqu’à tout récemment, bon nombre de candidats ont été promus sans PhD et l’un d’eux est même devenu Associate Professor », affirme un chargé de cours.
Après avoir écouté les doléances des candidats s’estimant lésés, l’University of Mauritius Academic Staff Association (UMASA) exprime sa « serious concern » au sujet de cette affaire et de l’avenir de l’UoM. Les entorses alléguées aux pratiques établies surviennent à un moment où l’institution tertiaire semble en pilotage automatique. Si l’administration quotidienne suit son cours, les grandes orientations promises passent elles par une période d’incertitude depuis la démission subite en janvier de l’ex-vice chancellor. Cinq mois après le départ du Pr Morgan Konrad, il n’y a toujours pas de titulaire à ce poste. Un comité de haut niveau présidé par le Chairman du Board et composé de cinq membres du personnel académique et cinq autres du conseil d’administration chargé de procéder au recrutement examine actuellement les candidatures reçues. Des chargés de cours de carrière qui suivent de près l’évolution de leur institution affirment que l’avis de presse invitant des candidatures n’aurait pas paru cette fois dans des publications étrangères de haut niveau et traitant entre autres du monde universitaire.
L’attente se fait longue quant à un nouveau plan de restructuration pour remplacer celui élaboré par le Pr Morgan et qui a été rejeté. Dans ce contexte, l’UoM a remis à plus tard le recrutement de pro-vice chancellor (s), une redéfinition des attributions de cette fonction étant prévue dans le prochain plan de restructuration.