Au bord du Gange, les cris du messager retentissent, les habitants sont prévenus, les frontières entre la sûreté et le danger sont délimitées. Depuis que le dacoït Ratnakar sévit dans l’épaisse forêt, la peur a installé son empire dans le coeur des habitants. Nul n’ose s’aventurer là où le brigand et ses hommes guettent avidement le passage des gens pour les dépouiller, les humilier ou éventuellement les tuer.
Cependant, un homme bravera l’obstacle, un « devarishi », aimé des dieux, osera s’aventurer sur ces territoires interdits. Que se passera-t-il alors lorsque les deux hommes se confronteront sur ce sentier en pleine nuit, quelles paroles circuleront entre le dacoït menaçant et le dévot ? Tout se passe dans l’épisode 3 de la série Upanishad Ganga, qui nous dévoile les voies insoupçonnées que prend souvent la connaissance pour parvenir jusqu’à nous, jusqu’au plus profond de notre intériorité.
Alors qu’il entame des chants dévotionnels dans le silence de la nuit et poursuit sa route au sein de l’épaisse forêt, Devarishi Narada sait déjà qu’il est fatalement voué à croiser le chemin de celui qui sème la terreur dans la forêt. Et paradoxalement, Ratnakar a l’étrange intuition qu’il « conquerra un trésor inestimable » cette nuit. Quel sera ce trésor, sera-t-il composé de bijoux étincelants et d’étoffes précieuses, volés aux marchands ? Ou sera-t-il un trésor que nul ne peut mesurer à l’échelle de la matérialité ou de la quantité ? Que peut donner un saint homme au sourire imperturbable, plongé dans les hymnes de la dévotion à un dacoït, désenchanté et désillusionné par les épreuves de la vie ?
Lorsque Narada le questionne sur ses agissements, Ratnakar lui rétorque que la société s’englue dans des actes répréhensibles et que s’il en est arrivé là, c’est parce qu’il a été poussé par les circonstances de la vie, à adopter ce genre de comportement. « Les péchés que d’autres commettent ne peuvent justifier le fait que tu t’adonnes aux mêmes agissements qu’eux », lui dit alors Narada. « Qui partage la responsabilité de ces vols avec toi ? Tes parents ? Ta femme ? Tes enfants ? Non, tu es le seul à porter ce lourd fardeau… »
La légende raconte que Ratnakar, ayant compris l’ampleur criminelle de ses actes grâce aux sages paroles de Narada, se repent amèrement et entame une longue période de pénitence. Il est si absorbé dans sa méditation qu’il est recouvert d’une montagne de fourmis, d’où vient le nom de Valmiki, « pénitent de la fourmilière ». De Ratnakar à Valmiki, le sage qui a écrit l’épopée du Ramayana, le chemin sera long, empli de pénitence et de repentance jusqu’à ce qu’il devienne l’Adi Kavi, le premier poète. De l’ombre à la lumière, le cheminement peut parfois nous paraître interminable et le découragement peut nous guetter à chaque pas. Mais le courage de s’interroger et d’interroger continuellement nos actions et nos paroles, peut nous permettre d’évoluer, d’être inspiré, de se défaire du superficiel pour revenir vers l’essentiel… La voix de Narada n’est-elle pas à l’intérieur de nous, sous la forme de notre conscience ?…