A une semaine d’un important procès qu’intentent conjointement la Market Trading Association et la Taxi Proprietors Union au Premier ministre, au vice-Premier ministre, au ministre Anil Baichoo, au commissaire de police et à la Municipalité de Port-Louis pour outrage envers une décision de la Cour de Médiation par rapport aux activités illégales des marchands de rue dans la Capitale, aucune solution acceptable aux parties n’a encore été trouvée.
Les autorités gouvernementales et municipales ne savent plus sur quel pied danser. D’un côté, elles sont menacées d’une éventuelle sanction de justice et, de l’autre, d’une réaction du millier de marchands illégaux privés de leurs moyens de subsistance. Pour corser l’affaire, à la surenchère pré-élections municipales de l’opposition MMM et de ses aspirants conseillers municipaux ayant trait au relogement de ces encombrants marchands, a succédé le jeu politique du groupement minoritaire PTr-PMSD au Conseil municipal qui, lui, semble bien décidé à jeter de l’huile sur le feu…
Le problème des marchands de rue n’est pas un problème propre qu’à l’île Maurice. Dans toutes les grandes villes internationales, mais plus particulièrement dans les centres ville des pays du Tiers-monde, les activités de ce type de commerçants — qui ne s’acquittent d’aucune patente/taxe mais qui accaparent les meilleures places commerciales en y faisant régner le chaos — a été toléré comme une véritable économie informelle. Mais c’était sans compter avec la volonté des commerces réguliers qui, eux, entendent s’en tenir à l’Etat de droit. C’est ainsi qu’en novembre de l’année dernière, après moult plaintes auprès du gouvernement central et la municipalité de Port-Louis qui tombaient dans des oreilles de sourds et devant la prolifération grandissante des marchands dans les rues, s’est constituée une redoutable entente entre la Market Traders Association et la Taxi Proprietors Union. La première nommée, une organisation regroupant la majorité des 750 maraîchers opérant au marché central avait obtenu, dans un premier temps, que les abords du marché soient évacués des centaines de marchands de légumes et autres brocantes qui avaient envahis la place en infraction totale à l’interdiction d’y opérer tout commerce dans un rayon de 500 mètres. De son côté, la Taxi Proprietors Union, syndicat des chauffeurs de taxis avait, elle, réussi à récupérer l’usage de la place qui était allouée à ces derniers à la Place Victoria. Ils avaient aussi fait libérer des rues obstruées par des étals de fortune.
Auparavant, le 16 août 2012, à l’issue d’une action entrée en Cour suprême, la Market Traders Association et la Taxi Proprietors Union avaient dégagé un accord avec la Municipalité de Port-Louis (alors contrôlée entièrement par l’alliance gouvernementale PTr-PMSD) et le commissaire de police donnant à ces derniers un délai raisonnable afin qu’ils prennent des mesures pour faire partir les marchands de rue des limites de 500 mètres autour du marché central. La zone comprise par ces mesures fut dessinée avec l’approbation de la Cour de Médiation. Elle comprend les rues La Reine, Sir William Newton, Farquhar jusqu’à la Gare du Nord, la Corderie, Bourbon, la route Nationale (dont l’arrière de la Gare Victoria, Pum Street, l’angle des rues Sir William Newton-Sir Seewoosagur Ramgoolam, Arsenal, Sir Célicour Antelme, rue Royale et l’angle des rues Louis Pasteur et La Reine. Mais l’accord a ensuite été bafoué.
Refus que les dirigeants du gouvernement se défilent
Après un affidavit juré par les représentants de la Market Traders Association et de la Taxi Proprietors Union et un accord conclu avec le Conseil municipal de Port-Louis avalisé par la Cour suprême, le commissaire de police mit sur pied une unité spéciale pour passer à l’action et rétablir l’ordre. Selon la Market Traders Association et la Taxi Proprietors Union, le Premier ministre, le vice-Premier ministre, Rashid Beebeejaun et le ministre des Infrastructures publiques, Anil Baichoo, sont au courant des termes de l’accord et sont tenus de le faire respecter. Or, aussitôt la proclamation de la date des élections municipales et suite à des représentations faites par le Premier ministre et les ministres Beebeejaun et Baichoo, les officiers municipaux et le commissaire de police cessèrent d’appliquer l’accord conclu devant la justice. D’où la demande que tous soient condamnés pour outrage à la Cour suprême.
Le 14 dernier, par le biais du State Law Office, le Premier ministre et les ministres Beebeejaun et Baichoo ont demandé à être mis hors de cause dans le procès. Mais la Market Traders Association et la Taxi Proprietors Union ont objecté affirmant que ces membres du gouvernement ne peuvent pas esquiver leur responsabilité dans le non-respect de la décision de justice. Pour sa part, la municipalité de Port-Louis (désormais sous administration MMM) avait répliqué qu’elle avait, elle, tout mis en oeuvre pour se conformer à la décision de la Cour de Médiation, mais que c’est la police qui ne collaborait pas.
On a, depuis, constaté que, au fur et à mesure que se rapproche l’audience de la Cour suprême, audience au cours de laquelle le Chef-juge, M. Bernard Sik Yuen, doit donner un ruling, la police s’active. A l’exemple de la rue Sir Célicourt Antelme (à côté du siège d’Air Mauritius) où, depuis lundi dernier, on ne trouve plus un seul marchand de rue !
Un véritable drame humain !
Le hic, c’est que si l’exécution de l’accord du 16 août 2012 rend une justice longuement attendue aux maraîchers en règle et aux chauffeurs de taxis en les rétablissant dans leurs droits, elle entraîne, également, un véritable drame humain pour des nombreuses familles qui dépendaient, authentiquement, du commerce de rue. Au détriment de l’accord, ils le reconnaissent, ces marchands de rues avaient bénéficié d’un moratoire pour travailler en paix durant les fêtes de fin d’année, mais, depuis, se plaint Hyder Raman, président de la Street Vandors Association :  » plus personne ne travaille en raison de l’action des forces de l’ordre ».
Il y a eu, il faut le reconnaître, beaucoup de démagogie politique, de part et d’autre, dans ce problème de marchands de rue à Port-Louis. D’un côté, avec le soutien du gouvernement central, l’administration municipale sortante PTr-PMSD, sous le mairat de Mamade Khodabaccus, avait voulu faire accroire que leur relogement dans les anciennes casernes Decaën (Place Victoria) et l’aménagement d’un nouveau centre de vente à l’ex-Place des Camions, à la Gare du Nord, allait régler la situation. Or, ces solutions se révèlent très insuffisantes pour caser prés de 1000 marchands. Il n’y aurait finalement de la place que pour la moitié de ce nombre. En sus de cela, le Conseil municipal MMM de Port-Louis vient de découvrir qu’un budget de Rs 25 millions voté par l’ancienne administration de Khodabaccus pour financer le réaménagement des anciennes Casernes Decaën avait déjà été « épuisé » avant même que le nouveau conseil ne s’installe ! Maintenant qu’il n’a plus totalement le brûlant dossier sur les bras, l’alliance gouvernementale PTr-PMSD, s’est octroyé le beau jeu d’alimenter les difficultés de la présente administration MMM au point où ses conseillers municipaux — minoritaires au Conseil municipal — ont fait walk-out lors du séance du Conseil, mardi dernier sous prétexte que la question des marchands ambulants ne figurait pas à l’agenda… On a aussi vu le 3è député de Port-Louis Sud/Port-Louis central, Abdulla Hossen, descendre à la rue Sir Célicourt Antelme pour venir conforter les marchands de rue qui s’y faisaient chasser par la police. Le député Hossen est celui-là même qui, lorsqu’il était maire de Port-Louis, avant 2005, et, en même temps président de la Banque de Développement, avait fait construire le Hawkers Palace (rue la Poudrière) dans le but de caser tous les marchands de rue dans le cadre d’un projet intégré avec le Jardin de la Compagnie et le ruisseau du Pouce. Ce projet avait été sabordé par le gouvernement PTr-PMSD avec le soutien de certains marchands de rue eux-mêmes qui refusaient d’occuper Hawkers Palace afin de ne pas voir leurs finances être soumis à contrôle par l’impôt !
Un deal du MMM nettement refusé
L’opposition MMM est très gênée. Avant les élections municipales, au moins deux députés de ce parti, en l’occurrence Adil Ameer Meea et Reza Uteem, assistés de l’avocate Roubina Jaddoo (aujourd’hui conseillère municipale) prétendaient qu’ils avaient des « idées » pour résoudre de manière humaine le problème des marchands ambulants. Avec assurance, ils allaient jusqu’à s’interposer, souvent, entre les policiers et les marchands pris en délit d’opération illégale. Or, ces « idées » se font toujours attendre. Ils ont tenté, le jeudi 10 janvier dernier, d’arranger une rencontre entre le leader du MMM, Paul Bérenger et des dirigeants de la Market Trader Association. Un deal a été proposé préconisant l’interdiction complète de vendre dans les rues rapprochées du marché central mais, avec l’autorisation accordée aux marchands de travailler ailleurs dans les rues en attendant d’autres solutions. Les dirigeants de la Markets Traders Association ont refusé net…