Peut-on changer Port-Marthurin, la capitale de  Rodrigue, utiliser l’urbanisme et l’architecture pour la “régénérer” et en faire une ville avec l’homme au centre de son développement ? Non seulement l’architecte et urbaniste Jean-Bernard Perrine répond oui à ces questions, mais il propose un plan pour le faire, en espérant que sa publication dans nos colonnes suscitera un débat public sur ce sujet.
Jean Bernard Perrine a fait ses études d’architecture à Paris avant d’ouvrir son cabinet à Beau-Bassin. Après avoir travaillé sur divers projets à Maurice, dont certains lui ont valu des prix d’architecture, il s’est beaucoup investi à Rodrigues, où il a, entre autres, dessiné les plans du bâtiment de l’assemblée régionale, du marché de Port-Mathurin et d’un centre culturel. Ses fréquents déplacements à Rodrigues l’ont poussé à réfléchir sur les moyens de moderniser Port-Mathurin tout en conservant ce qui reste de sa partie historique.
Avant l’autonomie, Rodrigues était dirigée par un groupe de fonctionnaires et de commerçants venus de Maurice
Après plus de six ans d’études sur le terrain, de réflexion et de discussions, Jean-Bernard Perrine est arrivé à une proposition pour “la régénération de la ville de Port-Mathurin”dont voici les grandes lignes :
“Comme toute proposition urbaniste, celle-ci s’inscrit dans le cadre d’un projet plus grand, plus global: la redéfinition politique et sociale de Rodrigues. Cette redéfinition s’inscrit dans l’histoire, dans le cadre du combat pour l’obtention de l’autonomie. Avant l’autonomie, Rodrigues était dirigée par un groupe de fonctionnaires et de commerçants venus de Maurice et tout le monde, c’est-à-dire les Rodriguais, suivait le modèle imposé. Mais il y avait une conscience nationale, une revendication pour que l’île soit administrée par des Rodriguais, qui a été le cheval de bataille de l’Organisation du Peuple Rodriguais. Les choses ont changé avec l’autonomie qui a redéfini les rapports et fait que les décisions se prennent plus à Port-Mathurin qu’à Port-Louis. Que les Rodriguais ne sont plus les spectateurs de leur histoire en train de se faire, mais les acteurs principaux. On est en train de redéfinir la société rodriguaise, de la mettre en marche dans une nouvelle direction. Cette redéfinition passe par la réforme du foncier qui est la base de tout dans une île. Cette réforme consiste à redéfinir, redistribuer et remettre de l’ordre  dans le foncier. Autrefois, les familles rodriguaises possédaient des arpents de terre qui ont été partagés avec leurs enfants qui ont construit dessus. Ces descendants  ont une maison mais pas de titre de propriété, c’est donc  un capital foncier qu’on ne peut pas évaluer et développer. On ne peut pas emprunter aux banques pour le développer. Il faut mettre de l’ordre dans tout ça, donner des titres, accorder des baux et, là où il le faut, faire l’acquisition et redistribuer pour les besoins de l’agriculture, du fermage, de l’industrie, du tourisme, etc. Le projet a été conçu et sera présenté comme une suite de la réforme foncière qui est en cours en ce moment même pour dynamiser l’économie rodriguaise afin de réduire la dépendance économique sur l’Ile Maurice.
— Il s’insère dans le concept du développement durable où l’homme a été mis au centre du développement et où l’équilibre entre le développement économique et la préservation de l’environnement ainsi que l’équilibre entre la tradition rodriguaise et le développement culturel et scientifique ont été la source de notre réflexion.
— Pour trouver l’équilibre entre tradition et culture, le vieux centre commercial et ses environs ont été préservés pour promouvoir la spécificité rodriguaise. Dans la même foulée, la “Résidence” sera transformée en musée  de l’histoire du peuple rodriguais. Son jardin sera ouvert au public afin de créer un lieu de confort et de repos dans le centre ville.
— Pour dynamiser l’économie à travers la ville, je propose, premièrement, la création d’un second pôle économique,  à l’emplacement de l’actuel garage et de la pompe à essence. Ce pôle de développement créera un axe commercial entre la gare, le marché, l’actuelle zone commerciale et la zone proposée. Deuxièmement, le développent du front de mer et, troisièmement, la libération des terres de l’Etat dans le centre ville pour le besoin du développent économique. Dans cette perspective, il faut envisager la démolition des anciens quartersse trouvant à l’intérieur du centre ville afin de libérer l’espace à des fins économiques.
— Et, finalement, une zone de service et d’administration  où sera également construit le futur Parlement, à la périphérie arrière de la ville, là où la terre coûte moins cher et où on peut construire en hauteur. Le reste de la ville sera libéré pour le développent mixe et intégré.  C’est-à-dire permettre le développement des petits commerces, des petites industries non polluantes et de   loisir ainsi que les résidences pour encourager les jeunes générations à habiter la ville afin de créer un équilibre entre campagne et ville en dynamisant l’économie.
— Pour la protection de l’environnement, nous envisageons de faire de Port-Mathurin une ville piétonne. Pour cela,  la construction d’une route périphérique est proposée pour la circulation des véhicules.”
Le plan de Jean Bernard Perrine pour la “régénération de Port-Mathurin”sera bientôt présenté aux autorités rodriguaises. En attendant, l’architecte espère que sa publication dans les colonnes de Week Endva lancer un débat public qui permettra de le critiquer et de  l’améliorer. En tout cas, la démarche de l’architecte §urbaniste tranche sur ce qui se fait à Maurice où les débats sur les projets d’urbanisme ont lieu après la fin des travaux. Quand, comme pour la troisième bretelle de l’autoroute à Port-Louis, on se rend compte du nombre d’erreurs contenus dans les plans…