La décision du gouvernement de réaménager l’aire des autobus de la Gare du Nord à côté des kovils Mariammen et Maha Vishnou, des lieux de culte tamouls à Port-Louis, afin de libérer de la place pour des marchands ambulants, est fortement contestée. La fronde est menée par une organisation qui s’est formée ces derniers jours sous l’appellation Plateforme Commune des Kovils. Les dirigeants de cette organisation, Varouna Renghen, Jehya Colledavelloo et Devarajen Kanaksabee ont manifesté devant le ministère des Infrastructures publiques vendredi à la mi-journée, et ont remis une lettre au ministre concerné, Anil Baichoo, par l’intermédiaire de son Secrétaire permanent, ainsi qu’au Lord-maire, Mamade Khodabaccus.
Dans sa correspondance, la Plateforme Commune des Kovils a approché les ministre et le maire de Port-Louis avec une grande civilité. Une déférence un peu poussée à l’excès, même, le ministre Baichoo se voyant affubler de la référence… « Your Excellency ». Mais les reproches adressés ensuite n’en sont pas moins sévères, au point où la plateforme parle de possibles situations « de provocations qui pourraient mener à des dérapages ».
Selon la plateforme, la proximité de la gare avec les kovils, le va-et-vient incessant des autobus, l’affluence des usagers dans les environs, la pollution par le bruit et les émissions de fumée des véhicules vont considérablement gêner les célébrations religieuses et autres activités culturelles. Une des conséquences du réaménagement, soutient-elle, sera l’arrêt immédiat de la distribution traditionnelle de repas lors des cérémonies religieuses, fréquentes, car avec les émissions de dioxyde de carbone et d’autres fumées toxiques, manger dans un tel environnement deviendrait dangereux pour la santé des fidèles. En ce qui a trait à la pollution sonore, la plateforme affirme son inquiétude que « quoi que fassent les autorités, celles-ci ne pourront jamais empêcher que les klaxons des autobus n’interrompent les dévots dans leurs méditations ».
Plus loin, la plateforme exprime l’avis que la décision du gouvernement s’apparente à « un crime, un sacrilège, voire à de l’ethnocide ». Elle craint qu’avec la pollution et les vibrations causées par les autobus, des dommages irréparables soient causés aux infrastructures religieuses. Elle rappelle que le Mariammen Kovil date de plus de cent ans, et que beaucoup d’efforts ont été déployés pour garder intact son aspect artistique. La plateforme déplore que, déjà, avec de récents développement de l’infrastructure routière à Port-Louis, le Madurai Mariammen Kovil, situé à l’entrée sud du Caudan, « n’est plus aussi visible qu’elle ne l’était auparavant ».
Tout en soutenant ne pas vouloir se lancer dans des comparaisons, selon elle, susceptibles de suggérer qu’il y aurait de la discrimination dans le traitement accordé aux uns et aux autres, la Plateforme Commune des Kovils souligne dans sa correspondance au ministre Baichoo et au Lord-maire Khodabaccus le fait que « Grand Bassin est un exemple où on peut admirer les divers éléments de la nature vivant en parfaite harmonie. Le contraire de cette réalité pourrait être interprété aux yeux du public comme étant discriminatoire et découlant d’un rapport de forces entre minorité et majorité ». Toujours selon la plateforme, « un gouvernement responsable et toute administration régionale devrait faire l’impossible pour que les gens vivent heureux et en harmonie, mais tel n’est pas le cas avec le réaménagement à la Gare du Nord ».
Toutefois, fait ressortir la plateforme, « il est encore temps pour que le gouvernement se ravise et, au contraire, pour qu’il transforme l’emplacement où il veut garer les autobus en un espace vert comparable, par exemple, à celui de la Place de la Cathédrale ». « Un tel embellissement serait un plus pour une zone dense de la capitale. Une buffer-zone près des lieux de culte est vital. Il faut donner la chance à tous d’en jouir et cela doit se voir. On doit admettre qu’une gare d’autobus à côté d’un lieu de culte constitue beaucoup plus une nuisance qu’autre chose. »
La démarche de la Plateforme Commune des Kovils met le gouvernement dans une situation cornélienne et, sans doute, vu l’angle sous lequel ses responsables l’ont abordé, le ministère des Infrastructures publiques devrait, semble-t-il, en tenir compte. Il faut souhaiter que le dialogue prime dans cette affaire. Mais il faut également rappeler que, dans un premier temps, les responsables des kovils avaient aussi protesté quand les autorités avaient envisagé de caser les marchands ambulants à la même place.