Les magistrats Véronique Kwok Yin Siong Yen (présidente de l’instance criminelle de la cour intermédiaire), Kesnaytee Bissoonauth et Azam Neerooa, ont dans un jugement rendu ce matin acquitté le magistrat Mahesh Beeharry. Il était poursuivi sous une accusation de « Using a firearm to intimidate ». Il a plaidé non coupable lors de l’appel du procès en mai.
Le Directeur des poursuites publiques (DPP) avait logé, mardi 26 avril, l’accusation formelle en vertu des articles 37 et 47 de la Firearms Act contre le magistrat Mahesh Beeharry, qui siégeait au tribunal de Rose-Hill. L’accusé était défendu par Mes Sanjay Bhuckory (SC), Sanjeev Teeluckdharry, Siddartha Hawoldar et Akil Bissessur.
L’incident remonte au mardi 14 décembre 2010 à proximité du Ruisseau du Pouce, à rue Révérend Lebrun, à côté du Jardin de la Compagnie. Selon les faits rapportés, Mahesh Beeharry aurait sommé Rashid Emamdee, un employé de la municipalité, de déplacer sa motocyclette d’un espace réservé aux deux-roues. Étant dans son droit, pensait-il, celui-ci a refusé l’injonction du magistrat. L’employé municipal a allégué que le magistrat aurait sorti son arme à feu et l’aurait pointée en sa direction.
Rashid Emamdee, appelé à la barre des témoins par la poursuite, a soutenu que Mahesh Beeharry lui aurait dit « mo pou eklat to laservel » en pointant son fusil sur lui. Selon lui, son agresseur présumé aurait lancé le fusil sur la banquette arrière de sa voiture en voyant un policier de l’autre côté de la route.
L’employé municipal a ajouté qu’il était choqué et qu’il avait eu peur au moment de l’incident. Il a été longuement contre-interrogé par le leading Counsel de la défense. Me Sanjay Bhuckory (SC) a révélé plusieurs « incohérences » dans le statement du témoin en disant qu’il se contredisait. Un transcript d’une interview à la radio a été utilisé comme référence par la défense.
La version de Mahesh Beeharry diffère de celle du plaignant. Selon lui, Rashid Emamdee l’aurait menacé et aurait tenté de lui prendre son arme à feu. Il a déclaré que l’employé de la mairie aurait pris ses clefs de voiture. Mahesh Beeharry avait d’ailleurs porté plainte contre son accusateur à la Central Investigation Division (CID) de Port-Louis. L’arme à feu avait été saisie par les enquêteurs pour les besoins de l’enquête. Entre-temps, Mahesh Beeharry est suspendu de ses fonctions de magistrat.
Dans leur jugement, les magistrats disent avoir noté que Rashid Emamdee était resté évasif à plusieurs reprises lors de son contre-interrogatoire, se contentant de reprendre la phrase : « Li fin pwint so revolver… » quand il voulait éviter de répondre aux questions, à tel point que la Cour a dû le rappeler à l’ordre à maintes reprises.
Les magistrats trouvent également qu’il n’a pas été consistant avec sa propre déclaration, notamment quant au lieu exact où il se tenait lors de l’incident ; s’il se trouvait sur une plate-forme ou dans la rue Révérend Lebrun. Ou encore quant à la radio privée qui l’avait interrogé. Il a même dit qu’il n’était pas d’accord avec la version contenue dans le transcript de sa propre interview accordée à cette radio.
« All in all, we find that the complainant was not a credible witness. He was far from being a straightforward and convincing witness. Indeed his version is not supported by the other evidence adduced by the Prosecution from independent Police witnesses. We find that it would be unsafe to rely on the testimony of the complainant to find the accusee guilty », concluent les magistrats.