« J’ai perdu une année de ma vie à étudier pour un diplôme dont je ne suis pas sûre qu’il sera reconnu en Inde. Qui plus est, j’ai investi Rs 105 000. Je veux récupérer mon argent. » C’est en ces termes que la jeune étudiante indienne s’est confiée au Mauricien hier. Depuis la semaine dernière, elle fait des démarches à différents niveaux pour connaître la marche à suivre. « Une action légale est le dernier recours. C’est pour cela que je cherche d’autres voies possibles. Mais, partout où je vais, personne ne semble pouvoir m’aider. »
L’étudiante a déposé une lettre hier à la Tertiary Education Commission (TEC), qui a accordé le permis d’opérer à EIILM University à Maurice. L’institution confirme avoir reçu la lettre, mais avance qu’il lui faut du temps pour travailler dessus. À la haute commission indienne, on lui a fait comprendre qu’il faut d’abord attendre la réponse de la TEC avant de décider de la marche à suivre.
Le temps étant précieux pour elle, l’étudiante a choisi de s’inscrire entre temps dans une autre université à Maurice. « Je suis venue ici parce que je prépare un MBA en tourisme. Maurice étant un pays touristique, j’ai jugé qu’il était plus approprié pour moi de le faire d’ici qu’en Inde. Je suis tombée des nues en apprenant que le diplôme ne serait peut-être pas reconnu dans mon pays. »
Les inquiétudes de l’étudiante commencent lorsqu’elle reçoit une correspondance de la University Grant Commission (UGC) de l’Inde. « J’avais entendu dire que la UGC n’avait pas accordé son autorisation pour une branche à Maurice. J’ai voulu en être sûre et j’ai fait une demande sous la Right to Information Act auprès du gouvernement indien. Le 29 juillet, la UGC m’a confirmé l’information qui circulait déjà dans les médias à Maurice. »
La lettre datée du 29 juillet dernier et portant la référence F No 4-2/2013 (CPP-IPU) répond aux questions qu’avait adressées l’étudiante : EIILM est-elle autorisée à ouvrir une branche à Maurice ? Les diplômes délivrés par la branche mauricienne seront-ils valides en Inde ? Quand l’université de Sikkim est-elle entrée en opération ?
Aux deux premières questions, la UGC répond : « The UGC has not granted any permission to EIILM University to run off shore or study centre to run courses under distance mode. » À la dernière question, l’institution répond : « Date of Establishment 07.07.2006. »
Or, selon un public notice des autorités indiennes en juin 2013, la UGC Regulations on Private Universities stipule : « A private university may be permitted to open off campus centres, off shore campuses and study centres after five years of its coming into existence (…) ».
Ce communiqué avait été émis après que les autorités indiennes ont noté des publicités pour des « university degrees through various franchise programmes conducted by certain private institutions ». Ces publicités étaient qualifiées de « misleading » par la UGC qui tenait à mettre en garde les parents et les étudiants.
Il est aussi précisé : « A university established or incorporated by or under a State act shall operate only within the territorial jurisdiction alloted to it under its act and in no case beyond territory of the state of its location. »
Devant toutes ces précisions, l’ex-étudiante d’EIILM se demande si son diplôme aurait été valide en Inde après ses années d’études ici. Elle ne compte pas baisser les bras pour autant car, fait-elle ressortir, dans le prospectus de l’université, mention est faite : « All the courses offered at the Mauritius Branch Campus are accredited by the TEC and internationally recognised in countries like the UK, France and India. Degrees are awarded by EIILM University India. »
L’étudiante a pris contact hier avec un avocat, pour obtenir des avis légaux sur la question et décider de la marche à suivre.