Nizam Moheeden Nasroollah, âgé de 52 ans, habitant Vallée Pitot, s’est engagé dans le travail social en 1999. Et il n’a cessé son action depuis. Il est toujours actif au sein du Klib Sportif Vallée Pitot qu’il avait mis sur pied avec le soutien des volontaires.

« La drogue faisait des ravages dans la localité à cette époque. De pères de famille mouraient d’overdose, laissant derrière eux des orphelins, des veuves qui n’avaient aucun moyen pour nourrir leurs enfants et les envoyer à l’école. Je n’avais pas pu rester insensible face à la misère, à ce drame. D’où ma décision d’agir en mettant en place des structures sportives pour que les enfants ne tombent pas à leur tour dans l’enfer de la drogue », témoigne Nizam Moheeden Nasroollah, travailleur social de Vallée Pitot.

Ce père de quatre enfants, directeur d’une petite unité de textile, prenait en charge un groupe d’adolescents et des enfants, environ une centaine, et leur donnait rendez-vous chaque samedi matin sur le terrain de football de l’école primaire Surtee Sunnee de Vallée-Pitot pour les initier au football. Et les dimanches, il les emmenait à la mer pour la natation ou faire des randonnées en montagne. « J’avais voulu qu’ils puisent dans le sport la force nécessaire pour avancer et créer un espace de rencontre inscrit dans la durée. Car il fallait à tout prix sauver cette jeunesse et préparer la nouvelle génération. »

Étant quelqu’un qui ne se contente pas que de belles paroles, le cinquantenaire organisait plusieurs rencontres avec les habitants de la localité pour les sensibiliser au fléau de la drogue. Des rencontres qui avaient abouti à un grand rassemblement le 14 novembre 1999 à Vallée-Pitot, et qui avait réuni environ 900 personnes et enfants. « Li ti côute moi ser parceki bien tigit diminue ki ti promet pou contribue financièrement pas fine respecté zot promes. » Il avait puisé, dit-il, « Rs 18 230 de ma poche pour la manifestation et environ 51 000 pour le rassemblement d’environ 800 enfants sur le terrain de l’école de Vallée-Pitot. Mo pas regrette ditou. »

Ne baissant pas les bras, Nazim a poursuivi sa campagne de sensibilisation auprès des habitants de la localité. Résultats : Quelques semaines après, des habitants et des volontaires avaient compris qu’ils devaient eux aussi participer à la construction de nouvelles bases pour renforcer la solidarité à travers des actions concrètes. Ils se sont joints au Naw-N-Shaw Social Service, une ONG que Nizam avait créée et dont il est le président. Le siège se trouve à Vallée-Pitot. « Ban habitants commence approche nou doucement et zordi nou fier kan nu constaté ki ena bocoup zenes pe pratik plisiers discipline. Et nou pe capave subvenir aux besoins de plis ki 300 diminue, parmi ban veufs, handicapés, ban madame divorcé. Nu don zot ban alimentation et nu fine capa construire quinze lakaz dans la région pou ban ki merité avec l’aide ban sponsors. »

Nazim tient toutefois à préciser que les membres de l’ONG exercent un contrôle strict avant de faire des dons à qui ce soit. « On avait mis en place un système pour veiller à ce que personne ne puisse tricher. Nous sommes très rigoureux. »

Mener combat contre la mafia de la drogue n’est pas sans risque. Nazim témoigne : « Un après-midi, un gros trafiquant qui était connu dans la localité et à travers l’île était venu chez moi. Il m’avait menacé avec une arme tranchante et n’avait cessé de me provoquer. Comme arme, j’avais gardé le silence. Je n’avais pas cédé. Je lui avais fait comprendre qu’il y avait des pères de famille qui mouraient d’overdose chaque jour dans la localité et qu’il y avait un combat à mener pour sauver la jeune génération. Il avait fini par rentrer chez lui. J’étais inquiet pour la sécurité de ma famille. Mais cela ne m’avait pas refroidi mon ardeur. La preuve : je suis toujours là. » 

Pour Nazim, le combat contre la drogue n’est pas l’affaire d’une personne, d’un groupe, d’une caste ou d’une communauté. « Cela concerne tout le monde. Regardez ce qui se passe en ce moment dans chaque coin de Maurice avec la drogue synthétique. Beaucoup de jeunes, entre 14 et 17, des étudiants et étudiantes, consomment cette drogue car elle ne coute pas cher. Il faut que chaque Mauricien soit concerné. Il faut des actions concertées », insiste-t-il avant de rappeler qu’en juillet 2003, tous les mosquées, “kovils” et “mandils” de Vallée-Pitot et des religieux avaient pris rendez-vous aux Casernes centrales avec le commissaire de police d’alors pour discuter et trouver des solutions. « Cela se faisait de manière régulière à cette époque », se souvient-il encore.

Nazim croit que le sport et l’éducation sont des moyens efficaces pour combattre le fléau de la drogue. « Nous faisons de la prévention en incitant les jeunes à faire du sport. Nous sommes conscients qu’il est difficile pour certains parents de faire sortir leurs enfants de la drogue. Nous poursuivons notre combat depuis 1999. Des actions qui, il faut le dire, ont donné des résultats. Nous continuons à mettre l’accent sur l’encadrement des enfants et nous sommes toujours sur le terrain. Nous rendons visite aux démunis. Nous faisons de sondages pour évaluer la situation pour voir à quels problèmes font face les pauvres. Nous nous retrouvons souvent en face des mères de famille dont le mari se drogue », fait-il part.

Et comment finance-t-il ces projets ? « Moi-même, je ne le fais pas par vantardise. C’est ma foi en Dieu qui dicte mes actions. Personne d’autre. Les politiciens de tous bords m’avaient déjà approché dans le passé pour soutenir financièrement nos projets. Ils m’avaient même proposé d’être candidat. J’avais refusé catégoriquement. J’aime mon indépendance. Je veux être libre dans mes actions et non être redevable envers des politiciens. Je vais poursuivre mon combat avec le soutien des bénévoles. Non, mo pas kilé, mo pou continier mange ar zot », dit fièrement le président de Naw-N-Shaw Social Service.