Le ministère de la Jeunesse et des Sports a récompensé les sportifs, aussi bien que leurs entraîneurs, ayant récemment brillé lors des compétitions internationales. C’était il y a une semaine au complexe sportif de Côte d’Or. L’occasion surtout pour le ministre de la Jeunesse et des Sports, Stephan Toussaint, de vanter et de mettre en avant les actions du gouvernement. « Le Cash Prize est une occasion pour l’Etat de reconnaître les efforts des athlètes. Aujourd’hui, athlètes et coaches se partagent Rs 4.7 millions. Au niveau du gouvernement, nous croyons fermement qu’il faut toujours encadrer et soutenir nos sportifs. Et je peux dire que nous avons un bel avenir sportif devant», disait-il.

Les mots du ministre Toussaint ne peuvent que rassurer la communauté des athlètes. Dans la forme, dirions-nous, ces belles paroles sont en phase avec la réalité sportive du terrain. Dans la pratique aussi…sauf pour certains. Car ce qui s’est passé vendredi dernier est tout simplement aberrant, révoltant. Et on comprend parfaitement la colère, voire l’amertume des boxeurs de la Fédération mauricienne de Boxe Française Savate, dont celle de Jean-Louis Polimon en particulier. Lui n’a rien inventé et pourtant. Au lieu de recevoir la somme totale de Rs 308 000 pour ses performances à trois compétitions internationales, le MJS ne lui a remis qu’un chèque de Rs 108 000 ! Sans aucune explication, sans aucun détail !

Des chiffres qui, précisons-le, ne sont ni le fruit d’une hallucination et encore moins d’un rêve quelconque. Jean-Louis Polimon s’est uniquement basé sur les faits. Il s’est appuyé sur le « Cash Prize Scheme Reviewed 2015 » du MJS et les fameux « Conditions of Award » qui s’y trouvent, pour exprimer sa déception. Désormais, il veut comprendre et c’est son droit. Nous aussi d’ailleurs. Idem pour la boxeuse Sharonne Clair. Au lieu d’obtenir une récompense de Rs 202 500 pour sa médaille de bronze aux Championnats du monde, elle n’a reçu qu’un chèque de…Rs 14 000, frisant même la «mendicité» par rapport à sa performance. Pourtant, avant 2015, d’autres boxeurs de cette fédération avaient été considérés à leur juste valeur. Pourquoi pas maintenant ? Est-ce donc ce genre d’avenir dont parlait Stephan Toussaint dans son discours ?

Ce dont nous sommes certains, c’est que ces sportifs ne méritaient pas un tel traitement après avoir autant donné pour leur pays. Surtout pas pour une fédération qui se bat contre vents et marrées pour permettre à sa petite communauté de sportifs de survivre. Sans compter que cette fédération bénéficie annuellement d’un malheureux budget de Rs 190 000 pour faire tourner la cuisine ! Et pourtant, ses boxeurs essaient tant bien que mal, avec les moyens du bord, de faire honneur au pays tant au niveau continental que mondial.

D’autres fédérations, à l’image de la Mauritius Football Association surtout, sont elles subventionnées à coups de millions. Et malgré une absence criante de résultat, la MFA continue à bénéficier des «largesses» du gouvernement. Pire. Cette discipline qui faisait jadis la fierté du sport mauricien, évoque aujourd’hui la honte et l’humiliation, sur plusieurs plans, notamment au niveau africain. Même au niveau des Jeux des Iles, le football n’a pas été capable de faire mieux que la médaille d’argent. Et pourtant, on semble sympathiser pour on ne sait quelle raison. Comme si c’était normal !

On ne comprend d’ailleurs pas comment un pays qui dépense autant de milliards dans l’organisation des Jeux des Iles n’est ensuite pas capable de reconnaître la valeur des sportifs ayant brillé à d’autres compétitions ? Comment peut-on, d’un côté, doubler les primes des médaillés à ces Jeux et, de l’autre, priver d’autres de leurs droits les plus légitimes ? Est-ce à dire que les caisses sont pratiquement à sec et qu’il faut désormais «koupe-transe» sur le dos des autres ? Avouez qu’il y a de quoi être révolté. Si ce n’est pas de la politique de deux poids, deux mesures, alors cela y ressemble.

En somme, on dira que le MJS a lamentablement failli sur ce dossier. L’effort de l’athlète, de celui de son entraîneur et de son entourage ont été tout simplement bafoués. Quitte à ce que disait le Permanent Secretary au MJS, Maubarak Boodhun, dont on ne comprend désormais plus l’importance d’un discours, quand le ministre en a déjà prévu le sien !

Espérons pour l’heure que ce problème n’est qu’administratif et que les faits seront très vite rétablis. Espérons aussi que le ministre Toussaint, qui se vante très souvent d’être le défenseur des sportifs, aura le courage de réagir et surtout d’agir. Désormais, il a le devoir de rétablir un certain degré de transparence, d’équité et d’égalité, afin de redonner confiance à cette catégorie de sportifs négligés.