Après une longue carrière en France et au Royaume-Uni en tant que conseiller financier indépendant, Jean-Christophe Chauvet, Français âgé de 47 ans, a décidé de changer de vie en s’installant en 2007 à Maurice avec sa famille et en se reconvertissant en artisan. Maroquinerie de luxe, bijoux en peau de raie (galuchat), sucres spéciaux, traitement artisanal de la vanille, cet épicurien dans l’âme se consacre à ses multiples activités avec enthousiasme.
À son domicile à Péreybère, Jean-Christophe Chauvet nous présente ses créations : des sucres colorés et parfumés naturellement. « Nous proposons une cinquantaine de types de sucres spéciaux. Pour obtenir cette variété de couleurs, j’utilise des colorants naturels tels que la spiruline et la chlorophylle », nous explique l’artisan. On trouve ainsi diverses teintes de bleu, de vert, de jaune ou de rose, entre autres. Du sucre dans toutes ses saveurs. Des fragrances étonnantes s’expriment dès l’ouverture des petits pots, et donnent naissance à une collection de condiments originaux et raffinés.
Sur une table à manger extérieure, le sucre à la vanille et au cacao côtoie celui aux épices – curcumin, curry, gingembre, poivre et herbes aromatiques comme le thym ou le romarin. Chaque sucre a son propre nom, Ginger Spice, Dodo Sugar, Vanille Fleur de sel, et est décliné sous forme granulée ou de pralines concassées. « Ils peuvent être saupoudrés comme touche de finition sur des gâteaux ou des sauces. Ils sont aussi les alliés des desserts », dit-il. Ces sucres spéciaux signés Culture Vanille sont élaborés à partir d’ingrédients exclusivement naturels : poudre de vanille, épices, zestes de fruits, souvent explorés en cuisine. La production est entièrement façonnée main, 100% artisanale. « Notre clientèle est une clientèle d’esthètes. Je suis un épicurien : j’adore le partage, la convivialité. L’idée d’avoir sur ma table des produits et partager des recettes avec l’autre, cela fait partie de la qualité humaine intrinsèque. J’ai tout appris à travers des relations, des habitudes, en partageant avec des chefs cuisiniers, en faisant des tests… C’est la maison du test ici », nous avoue cet autodidacte.
La fabrication des sucres Culture Vanille passe par différentes étapes : « Le sucre roux est macéré avec les gousses de vanille pendant six semaines. Ces deux composants sont conservés pour que le sucre s’imprègne de la saveur et du parfum de la vanille. Puis, on y ajoute la poudre de vanille, le Lazy Vanilla, conservé pendant huit semaines. En fonction de la récolte, le sucre est également agrémenté d’épices, de zestes de fruits séchés (tels que citron, citronnelle, orange, pamplemousses, ananas, longanes…) ou d’essences naturelles. Après cette étape, le sucre est à nouveau macéré pour encore 14 semaines, avant d’être soumis à une coloration naturelle sur une base d’eau ou d’huile. Enfin, le sucre est mis à sécher au soleil. Il doit être séché dans les 48 heures. Puis, il est mis en immersion avec des éléments qui lui sont destinés et placé dans de petits logements », explique l’artisan.
Lorsqu’il remplit ses petits flacons de sucres, Jean-Christophe Chauvet est loin, très loin même, de son métier de conseiller financier indépendant qu’il a exercé pendant près de 30 ans. « L’idée était de faire quelque chose à Maurice et faire rayonner à l’extérieur », dit Jean-Christophe Chauvet. En s’installant dans notre île avec sa petite famille, il a renoncé à ses activités antérieures. L’homme, souriant et très drôle tout en étant discret, s’entoure d’une bulle en ce qui concerne sa vie privée, mais parle sans réserve de ses activités artisanales. Épicurien dans l’âme, il mène de front des activités très diverses.
Sa première activité a d’abord été dans la maroquinerie de luxe. Le déclic se produit lorsqu’il découvre le galuchat – la peau de certains poissons, raies ou squales, qui après traitement et teinture, sert à gainer des objets de maroquinerie ou des meubles – dans un roman de Balzac, La Peau de chagrin. « Le galuchat viendrait de la Raja Sephen, une raie de la Mer Rouge. La noblesse d’Europe, avide de luxe mais aussi d’exotisme, le mit alors à la mode et on le trouve sur une multitude de petits objets luxueux : étuis de toutes sortes, tabatières, lorgnettes et longues vues, de montres, surtout, de poignées et fourreaux d’épées. Les plus beaux meubles des années 20 sont très souvent recouverts de galuchat ivoire ou vert. Ce fut la Seconde Guerre qui mit fin à la vogue du galuchat », raconte-t-il.
À Maurice, il découvre un maître peaussier, le seul présent dans l’océan Indien. « Je crois qu’il n’y en a que cinq dans le monde », ajoute-t-il. La compétence de celui-ci : transformer les peaux de poissons en « cuir » utilisable. « La peau de raie est la peau de poisson la plus noble. Avec ses petites dents (dentures placoïdes), très flatteurs pour le regard. Ma matière première provient aussi bien de l’Atlantique que de la Mer de Chine ».
Jean-Christophe Chauvet passe donc le cap de la création en lançant en 2008 la collection Pearl of Sea Leather. Le Français dessine et manufacture de la maroquinerie de luxe en galuchat. Une année plus tard, il crée sa deuxième collection, Square Line. « Je propose des sacs, des portefeuilles, des porte-chéquier, etc. ». La collection Pearl of Sea Leather offre aussi un assortiment de bijoux alliant élégance et simplicité. Les boutiques d’hôtel sont ses principaux points de vente, et il en exporte aussi vers l’Europe, notamment l’Espagne, la France, l’Italie, la Belgique et l’Angleterre.
Cette année, le créateur a décidé d’employer d’autres matières nobles comme le titane, l’argent massif et les perles de Tahiti pour la réalisation de ses bijoux haut de gamme, et travaille en partenariat avec Ravi Jetsan de Ravior. Entre-temps, l’ancien conseiller financier continue ses activités comme le traitement des gousses de vanille ainsi que la fabrication de sucres spéciaux.
La gousse de vanille est le fruit d’une orchidée qui comprend de multiples espèces. À Maurice, deux espèces de vanille sont cultivées pour la production des gousses aromatiques. Elles sont la Planifolia et la Tahitentis (qui provient de Tahiti). La Culture Vanille élève la Planifolia, particulièrement douces au toucher et d’un aspect luisant. Le traitement se fait toujours de manière artisanale dans le laboratoire de Jean-Christophe Chauvet. « Après l’échaudage et le premier séchage, nous organisons le doigtage des gousses et conservons uniquement celles de plus de 16 cm de long. Puis, nous réalisons l’affinage pour enfin les empaqueter sous vide ».
Les petits planteurs locaux qui cultivent la vanille dans des champs situés du nord jusqu’au sud de l’île contribuent à approvisionner l’entreprise. Cette dernière rencontre un succès grandissant, puisque la vanille issue de la célèbre variété Vanilla Planifolia s’exporte vers tous les horizons, pour une clientèle basée en Ukraine, en Allemagne, en Belgique, en Espagne et en Angleterre.
Aujourd’hui, Jean-Christophe Chauvet a pour projet de développer un champ de vanille dans la région Nord pour être plus autonome. La production énergétique avec captage d’eau de pluie, recyclage et lombri-compostage seront au coeur de ce chantier ambitieux afin de conquérir de nouveaux marchés.