“La nature c’est notre culture”, dit le panneau en bois fixé à l’entrée menant au restaurant Varangue sur Morne et au Musée Touche du Bois. Il résume l’histoire et la philosophie autour desquelles a été construit ce rêve improbable niché sur les pentes qui donnent sur le sud-est sauvage. Vingt années se sont écoulées : la magie des lieux s’est amplifiée.
Elle a vingt ans cette année. La belle varangue créole a conservé son pouvoir de séduction par un dépaysement envoûtant qui rend le cadre unique et intense. Un rapide calcul réalisé pour faire le bilan parle d’environ un million trois cent mille visiteurs locaux et étrangers qui, au cours des deux décennies passées, ont foulé les marches en pierre menant vers le restaurant.
Varangue sur Morne a reçu des invités de tous les continents et le souvenir du passage de certains demeure indélébile dans la mémoire des lieux. De grandes personnalités du pays et du monde, des présidents, des diplomates, des reines, des princes…
Au menu.
Air frais, beau paysage naturel, accueil chaleureux, cuisine gastronomique mauricienne, service méticuleux : la recette développée par José Hitié s’est avérée suffisamment savoureuse pour durer, permettant à cette partie sauvage de l’île d’exister sur la carte et de connaître un autre type de développement.
Alors que le secteur touristique passe en ce moment par une période de crise, les vingt ans de Varangue sur Morne se devaient d’être marqués. Car avant même que la conscience green ne se mette en place et que l’industrie ne jurait que par le sea, sand and sun, José Hitié avait été parmi les premiers à imaginer le potentiel éco-touristique du paysage local.
Du bois et du vin.
De l’autre côté de l’île, Le Domaine du Chasseur avait déjà commencé à opérer. Engagé dans le négoce du bois depuis 1976, José Hitié était à la recherche d’un espace où installer une maison de campagne qui lui permettrait d’être encore plus proche de la nature. Les 80,000 mètres carrés de forêts surplombant Chamarel et cette partie de l’île lui convenaient à merveille. Il ne restait alors qu’à compléter les travaux pour la rénovation de la cabane de charbonnier qui s’y trouvait déjà. Loin de tout, il avait fallu des efforts particuliers et une grande dose de débrouillardise pour amasser l’eau et faire venir le matériel de construction afin de commencer les travaux.
Un jour, le destin est intervenu. “Je venais souvent ici pour voir l’avancée des travaux”, raconte José Hitié. Un dimanche matin, il fut accosté par un touriste de passage qui l’avait vu se tenant au bord de la route. “La personne voulait savoir s’il y avait de quoi manger. Sa requête m’a surpris. Comme je n’avais que du vin sur moi, je lui en ai offert. Et il est reparti avec le vin et le verre. J’ai alors compris le potentiel que représentaient les lieux.”
Indigène.
La varangue en construction a été réadaptée pour devenir un restaurant; du bois de chemin de fer a été acheté en Afrique du Sud pour la confection du mobilier; l’ensemble du décor a été revu; le personnel recruté… L’affaire était sur les rails.
José Hitié a également voulu d’un cadre authentique et naturel pour que l’immersion dans la nature mauricienne soit complète. Un gros travail a été nécessaire pour débarrasser les lieux immédiats des goyaviers, ravenales et plantes exotiques qui s’étaient propagées au détriment des plantes indigènes.
La nature pouvait bientôt respirer et connaître un nouveau souffle vie dans cet éden. C’est ainsi que Varangue sur Morne a participé au projet visant à reconstituer la population de crécerelles au temps où le fier oiseau mauricien était sérieusement menacé d’extinction.
Ambiance.
De temps à autre, des bestioles venant de la forêt rendent à leur tout visite au restaurant. “C’est nous qui sommes chez eux. Il est normal qu’il en soit ainsi”, souligne l’un des Chefs. Que le paysage soit tributaire du temps et de ses caprices, cela aussi, les clients l’ont compris. Tantôt baignée de soleil, tantôt enveloppée de brume, l’ambiance changeante du restaurant constitue une autre de ses spécificités.
S’adapter dans un tel cadre tout en se développant a fait appel à beaucoup d’ingéniosité de la part de José Hitié et de son équipe. Imagination, système D : il a fallu souvent réfléchir pour contourner les obstacles et innover, alors que certaines facilités comme l’eau potable ne sont toujours pas disponibles. Ce fut jadis le cas pour l’électricité.
Innover.
“Si dans une rue, quelqu’un commence à vendre des gâteaux piments, d’autres personnes l’imiteront et feront le même business. C’est l’une des particularités de Maurice : les gens n’innovent pas et se contentent de copier les autres. Alors qu’il aurait été plus profitable pour un nouveau venu, dans l’exemple cité, de commencer à vendre des sacs où ranger les gâteaux piments.”
Mais José Hitié sait depuis longtemps que des choses peuvent encore être inventées. Varangue sur Morne incarne aussi ce message qu’il veut faire passer dans le cadre de ce vingtième anniversaire.
Soulignons que pour marquer cet événement, des tarifs spéciaux sont proposés à la clientèle.