La VarmaGate, soit l’affaire d’agression d’un étudiant par l’ancien Attorney General, Yatin Varma, après un accident de la route à Sodnac le samedi 4 mai, se transforme en un véritable feuilleton avec pour principale intrigue le sort réservé aux témoins. Le dernier développement en date demeure l’inculpation provisoire logée par le Central CID contre Mario Jeannot, le père de l’étudiant victime d’agression, traité initialement comme témoin, pour se retrouver par la suite sur le banc des accusés pour complot avec ceux-là mêmes qu’ils accusent encore.
Le quasi-dénouement dans cette enquête du Central CID semble justifier les appréhensions exprimées dès le début de VargaGate avec des témoins oculaires faisant preuve d’extrêmes méfiance et réticence en vue de consigner leurs versions des faits contre Yatin Varma dans cette affaire d’agression physique. Ils avaient soutenu craindre pour leur propre sécurité et ont maintenu leurs positions jusqu’aux assurances arrachées du Premier ministre, Navin Ramgoolam, suite à une question de Week-End au sujet des garanties en faveur des témoins.
Aujourd’hui, Mario Jeannot ne dissimule pas son amertume d’avoir assumé son rôle de témoin de premier plan dans le complot allégué et reproché à l’ancien ministre Varma, au Private Parliamentary Secretary Reza Issack et l’ex-Chairman de la Mauritius Ports Authority, Maurice Allet. Depuis mercredi, il est traité comme un suspect par des limiers du Central CID avec 17h d’interrogatoire under warning échelonnées sur trois jours consécutif.
Mario Jeannot a failli passer la nuit de jeudi à vendredi en cellule policière si ce n’est les appréhensions de certains au QG du Central CID quant au caractère scandaleusement abusif d’une telle décision. Pire encore reste le fait qu’il a comparu comme un vulgaire criminel devant le tribunal de Port-Louis en toute précipitation en début d’après-midi vendredi pour son inculpation provisoire de complot dans la VarmaGate.
Le comble reste le fait qu’avant d’être traduit devant le magistrat, le père de Florent Jeannot n’avait pas été informé par les enquêteurs du Central CID de la charge retenue contre lui. Ou encore, il n’avait même pas eu l’occasion de relire sa déposition et d’apposer sa signature sur le Statement Pad de la police comme tout citoyen a le droit constitutionnel de le faire.
Ce n’est qu’hier matin que le principal enquêteur a complété sa question interrompue vendredi et que Mario Jeannot a pu signer officiellement sa déposition. Me Roshi Bhadain, dont les services ont été retenus par le témoin devenu suspect, a tenu à protester de manière formelle des procédures adoptées par le Central CID tout en s’interrogeant sur les motivations derrière cette précipitation démesurée pour noircir son client.
Le plus grand réconfort viendra de la prise de position du magistrat Sudesh Callychurn, ordonnant la remise en liberté de Mario Jeannot sans exiger le versement d’une caution sauf les Rs 580 pour le paiement des frais administratifs. Cette décision rarissime est saluée par Mario Jeannot et son entourage, qui n’hésitent à parler de gifle magistrale à ceux qui ont poussé à son inculpation provisoire.
Il n’empêche que la convocation et l’interrogatoire formel au Central CID de la semaine dernière laissent des traces indélébiles sur ce père de famille en quête de justice pour son fils agressé par un ministre en fonction. Son plus grand malheur a été d’apporter des preuves irréfutables, sous forme de bandes sonores, au sujet d’un plan ourdi pour amener la victime à accepter une somme d’au moins Rs 1,5 million contre le retrait des accusations portées contre Yatin Varma à la police. Ces mêmes preuves ont été versées dans le dossier à charge pour soutenir des accusations formulées contre le trio Varma-Issack-Allet par ces mêmes enquêteurs du Central CID.
« Je ressens comme un grand sentiment d’injustice qui me dégoûte. Toute cette affaire m’a aigri de même que des membres de ma famille », déclare à Week-End Mario Jeannot à son retour de la cour. Dans la VarmaGate, il n’avait fait que répondre à une invitation du Central CID en date du lundi 17 juin dernier pour apporter des preuves sur ce complot allégué pour pervertir le cours de la justice.
« Je suis victime d’une grande injustice », martèle-t-il en refaisant pour la énième fois la chronologie de cette affaire. « Au départ mon fils avait été agressé physiquement et de manière abusive. C’est pour cela que nous nous sommes tournés vers la justice. Et voilà qu’à mon tour je me retrouve sur le banc des accusés », laisse-t-il échapper avec un air des plus désabusés.
Se disant soulagé que son interrogatoire arrive à terme, Mario Jeannot laisse aussi comprendre qu’il a passé des moments difficiles aux Casernes centrales. « J’ai été interrogé pendant plus de 17 heures. Mon avocat et moi avons aussi appris que j’avais failli être placé en cellule dans la nuit de jeudi à vendredi avant que mon interrogatoire ne reprenne. En fin de compte, la police se serait ravisée de cette initiative de peur que cela ne provoque un scandale », dit-il.
Mario Jeannot confirme que ce fut lors de sa comparution devant le magistrat du tribunal de Port-Louis que son avocat et lui-même ont officiellement pris connaissance de la charge qui pèse contre lui. « Depuis le début, même quand j’étais interrogé under warning aux Casernes centrales, personne ne nous avait fait savoir sous quel chef d’accusation je risquais d’être poursuivi », s’insurge-t-il.
En pleine séance d’interrogatoire vendredi, le père de Florent Jeannot a été escorté par quatre officiers du Central CID qui sont venus le prendre pour l’emmener à la cour, tandis que son avocat était momentanément parti dans un autre bureau. « Les policiers sont entrés à ce moment précis alors que mon avocat négociait pour que l’on me conduise en cour lundi au lieu de vendredi. Les policiers m’ont sommé de les suivre et ils ne m’ont même pas demandé de signer la déposition que j’avais faite », confirme-t-il.
Au cours de la semaine écoulée, Mario Jeannot a été confronté aux versions consignées par Yatin Varma et Maurice Allet dans leurs dépositions respectives. Ces derniers ont allégué que c’est Mario Jeannot qui les avait approchés et ont nié qu’ils ont proposé de l’argent à la famille en échange du retrait de la déposition pour agression faite par Florent Jeannot contre l’ancien Attorney General.
Mario Jeannot, qui a rejeté en bloc les allégations du tandem Varma-Allet, affirme qu’à plusieurs reprises il avait demandé à la police d’enregistrer la version des faits de Me Roubina Jaddoo, l’avocate de Florent Jeannot. L’entourage de Yatin Varma avait demandé à Me Jaddoo de préparer les documents destinés à sceller un éventuel accord entre les deux partie, notamment le vendredi 14 juin dernier.
« Cela fait un bout de temps que nous attendions que Me Jaddoo dépose dans cette affaire en vue de set the records straight. Si elle l’avait fait et si elle avait montré à la police les preuves dont elle dispose, je ne me serais jamais retrouvé dans la situation où je suis aujourd’hui », regrette ce père de famille.
Par ailleurs Mario Jeannot partage ses inquiétudes par rapport à une éventuelle campagne de character assassination contre des membres de sa famille. « Nous avons appris que certains ont commencé à fouiller dans les affaires privées de ma famille pour tenter de trouver des informations destinées à nous discréditer. Ils ont déjà approché des personnes que nous connaissons pour obtenir des informations sur nous », révèle-t-il.
Après l’épisode de témoin devenu suspect et la prochaine comparution fixée au 5 mars de l’année prochaine, Mario Jeannot ne compte pas rester les bras croisés. Dès la semaine prochaine, il envisage d’entamer des procédures pour des poursuites civiles dans cette affaire, dont une Private Prosecution contre Yatin Varma dans le volet de l’agression physique après l’accident du 4 mai car il semblerait que cette affaire n’aurait guère intéressé les autorités compétentes car des témoins formels se sont déjà manifestés à cet effet…