Vendredi
Depuis jeudi, le téléphone avait commencé à fauter. D’abord, il a commencé par sonner de temps en temps ; puis, il n’a sonna plus qu’une fois quand un appel entrait, mais l’internet continuait à fonctionner. Vendredi matin, le téléphone ayant arrêté de fonctionner, l’abonné appelle le 8902, le numéro pour contacter les services techniques de Mauritius Telecom sur son portable. Après avoir appuyé sur des chiffres pour la langue et le service concerné. Sur une musique, supposément douce, une voix, supposément suave, lui demande de patienter jusqu’à ce qu’un opérateur soit libre pour lui répondre. En attendant, il fallait écouter cette musique, supposément douce, mais qui devient irritante à force d’être entendue. Après quelques minutes d’attente, une opératrice arrive en ligne et donne son prénom :
— Je suis l’abonné du numéro XXXXXXX.  
— Restez en ligne, s’il vous plaît…
L’abonné entend les clics d’un ordinateur, puis l’opératrice revient en ligne :
— Vous êtes bien Monsieur X, habitant à Y ?
— Oui, c’est bien ça.
— Quel est votre numéro de carte d’identité ?
— Pourquoi ?
— Vous ne voulez pas donner votre numéro ?
— Le numéro de téléphone ne suffit pas ?
— Ce n’est pas moi qu’il faut réparer, mais ma ligne de téléphone 
— Ok alors. Quel est votre problème ?
L’abonné, récemment déconnecté, explique son problème.
— Quelle est la marque de votre téléphone ? Vous avez acheté votre téléphone chez Mauritiius Telecom même ?
— Non. Mais qu’est-ce que ça a à voir. C’est la ligne qui ne fonctionne pas. Pas le téléphone. D’ailleurs, le téléphone affiche le message « check your line ».
— C’était juste pour savoir.
L’abonné déconnecté se demande si les lignes de téléphone de MT ne fonctionnaient qu’avec les téléphones achetés dans de ses showrooms, mais ne pose pas la question. Il ne téléphonait pas pour faire une conversation sur les avantages comparatifs des marques de téléphone, mais pour faire réparer sa ligne réduite au silence. Le plus vite possible. L’opératrice dit alors qu’elle va procéder un test sur la ligne et demande à l’abonné de patienter. Remusique de moins en moins douce, parce trop entendue. L’opératrice revient en ligne quelques minutes après :
— J’ai fait un test sur la ligne, ça ne marche pas. Je vais faire une plainte pour vous. Donnez-moi un numéro de téléphone de contact. Le technicien va vous contacter.
— Quand ?
— Dans un maximum de trois jours, monsieur.
— Trois jours ? On est vendredi, il va donc me contacter dimanche ?
— Ah, non monsieur : les techniciens de MT ne travaillent pas le dimanche.
— Les techniciens de MT ne travaillent pas 24 heures sur 24 ? On n’est pas supposé être une cyber island ?
— Ça je ne saurais vous dire, monsieur. En tout cas, j’ai fait une plainte pour votre ligne et le technicien va vous contacter pour vous dire quand il va venir. A votre service, monsieur.
L’abonné déconnecté commence à attendre l’appel du technicien de MT. D’autant plus que dès samedi son ordinateur commence à refuser d’envoyer ou de recevoir ses emails en affichant le message : « server not found ». Après avoir connecté et déconnecté le modem et avoir utilisé toutes les ressources de la boîte à outils de son ordinateur — et résisté à la tentation de l’envoyer à travers la fenêtre — il finit par comprendre que la ligne internet aussi ne fonctionnait plus. Comme le disait le message qui s’affichait sur son ordinateur : « you are not connected to internet. Check your line ».  Et comme il n’y avait pas de ligne… L’abonné déconnecté passa également le week-end à expliquer, sur son portable, son cas à ses proches qui ne comprenaient pas pourquoi il ne répondait pas au téléphone fixe qui continuait à donner l’impression de sonner normalement.