Il commence bien, celui-là. Présenté comme le candidat du MSM, vendredi, à Rivière du Rempart, Vikash Nuckcheddy a, dans sa première allocution, impressionné, oui, par son agressivité et surtout pour ses arguments de bas étage. Sur son adversaire déclaré, cette expression d’un grand raffinement: “Baichoo ti le roi de l’Est, aster li lérat de l’Est.” Sans compter les références aux poubelles comme s’il était un spécialiste des ordures.
Il est vrai qu’il a tout à fait le profil pour prospérer au Sun Trust et qu’il n’a probablement pas de leçon d’élégance à prendre de Ravi Rutnah ou de comportement politique exemplaire de Prakash Maunthrooa et de Ravi Yerrigadoo, mais il est quand même bien moche ce qui est présenté comme le renouvellement des effectifs politiques.
Peut-être que cet intervenant régulier sur les radios privées pour défendre le recours aux travailleurs étrangers et qui se pose en grand connaisseur du secteur de la construction a été titillé par la présence de deux de ces compères des émissions “phone in”, qu’il a d’ailleurs interpellés par leurs noms à cette réunion de vendredi.
L’un est connu comme quelqu’un qui ose se permettre de menacer des journalistes de connaître le même sort que ceux de Charlie Hebdo, ce qui est franchement un délit, et qui est aussi accessoirement distributeur de friandises, de papayes et de brède mouroum, et l’autre, comme celui qui se signale comme étant un fervent adepte de l’expression “the right man in the right place” balancé à tout vent. Enfin, c’est le niveau de certains des soutiens du MSM, toujours prompts à accaparer l’antenne de toutes les radios pour livrer la profondeur de leur grande réflexion.
La campagne des élections générales a déjà démarré sous le couvert d’une hypothétique partielle. Et il y a comme une vente à l’encan qui a été déclarée ouverte. De multiples “zoli mamzel” sont de sortie en même temps que ceux, sans convictions ni morale, qui décrètent que c’est la meilleure alliance qui remportera la prochaine échéance. Et possiblement celle où ils obtiendront l’offre la plus digne et la plus sincère. Quel triste spectacle!
Tout cela ne devrait pas nous détourner des sérieux travers que le pays continue à enregistrer. Mardi dernier était le dernier Question Time. Avant peut-être celui d’un prochain Parlement. Qu’avons-nous entendu ce jour-là? Qu’il y a une clause de confidentialité dans les contrats signés avec les compagnies qui nous vendront des produits pétroliers pour les prochains six mois.
Comme si ce n’était pas déjà scandaleux, voilà que le ministre de la Jeunesse et des Sports vient fièrement dire que le contenu de l’accord signé entre Mauritius Multi Sports Infrastructure Ltd et le Liverpool Football Club pour un montant de Rs 108 millions sur trois ans ne peut être divulgué parce qu’il y a cette sacro-sainte clause de confidentialité dans le document.
Même un banal accord pour la création d’une école de foot est érigé en grand secret d’État. Et à entendre ces ministres se délecter de l’existence de tels accords opaques pour mieux cacher les travers et les dessous qu’ils recèlent, c’est comme si c’était leur argent personnel qui était engagé et qu’ils n’avaient aucun compte à rendre aux contribuables.
Ce qui est aussi une évidence: ce Parlement est le plus médiocre que le pays a connu depuis l’Indépendance. Et les Standing Orders, tels que modifiés en 1995, ne répondent plus aux exigences du monde moderne. Le Public Accounts Committee, présidé pourtant par un membre de l’opposition, Aurore Perraud, depuis décembre 2016, est en panne, le comité parlementaire sur l’ICAC, dont la conception était pourtant inspirée de ce qui se fait de mieux dans les grandes démocraties, est inexistant.
Tout le monde est aujourd’hui d’accord que le fonctionnement de ce qui est décrit comme le temple de la démocratie est dépassé. Il n’y avait qu’à voir ce qui s’est passé vendredi. Une motion datant de 2017 est tous les ans proposée un vendredi pour être débattue. Un orateur de l’opposition intervient pour rendre un petit service à l’auteur et dire quelques mots puis interviennent deux membres de la majorité pour lire le plus lentement et le plus longtemps possible des thèses savantes copiées de quelques sites. Et cela dure jusqu’à 19h, l’heure de l’ajournement des travaux.
Le système de vraies commissions parlementaires multipartites est devenu une urgence. Vous croyez que s’il y avait un tel système, capable d’auditionner ceux qui sont appelés à occuper des postes sensibles au plus haut de la hiérarchie dans le service public et d’enquêter sur leurs antécédents et vérifier leur degré d’aptitude, nous aurions eu le cirque permanent qu’est la MBC depuis cinq ans?
Où quatre directeurs se sont succédé pour perpétuer la même honte nationale, sinon faire en sorte de toujours l’améliorer. Et où la chaise musicale est devenue un emblème de la maison. Cela a commencé avec Pritam Purmessur. On l’a ensuite remplacé par Armoodalingum Pather. Lorsque ce dernier n’était plus dans les bons papiers du Sun Trust, celui qui était président de la MBC, Meckraj Baldowa, quitta son siège pour occuper celui de directeur.
Lequel fut, à son tour, débarqué pour laisser sa place à un directeur par intérim, Anooj Ramsurrun, qui, lui aussi, a été éjecté sur fonds de propos sectaires pour être remplacé par le président Bhijaye Ramdenee. C’est celui qui, interrogé sur sa présence l’année dernière à une activité du KIib Soley, une organisation satellite du MSM, avait dit qu’il avait été invité, qu’il a une vie sociale et qu’il ne pouvait “rester dans une cave.”
Et il dirige le service audiovisuel public. Bientôt, lui aussi dira, comme Anooj Ramsurrun, qu’il n’est pas MSM mais qu’il est Pravind Jugnauth. Comme si on ne le savait pas. Comme si on ne les connaissait pas cireurs de pompes professionnels.

JOSIE LEBRASSE