Les opérateurs légaux dénoncent une dangereuse confusion tolérée par les autorités

Que font-elles face à ces marchands improvisés qui vendent  légumes et autres produits sur les trottoirs ? se demande l’association des commerçants

C’est un vrai bazar. L’interdiction des marchés et autres foires dans le cadre du confinement généralisé a provoqué une dangereuse confusion dans le pays. Des points de vente se sont organisés un peu partout sur le trottoir des villes et sur les rues des villages. Sans que les autorités n’aient levé le petit doigt pendant des jours. En sus de l’absence de mesures sanitaires adéquates, c’est à un véritable cocktail indigeste et nocif auquel les acheteurs sont exposés.

Ils ne sont pas contents et, alors là, pas du tout. Les commerçants regroupés au sein de leur association ont dénoncé en cette fin de semaine une dangereuse confusion tolérée par les autorités, caractérisée par la présence un peu partout dans l’île et surtout à des points stratégiques des villes et des villages de marchands improvisés qui vendent des légumes et d’autres commodités, et même de la viande et du poisson à prix fort à des consommateurs soucieux de se procurer un peu de ces produits devenus rares et qui ont été monopolisés par les supermarchés. Est également mise en exergue une situation de favoritisme en faveur des gros exploitants que le regroupement des commerçants impute à la proximité du gouvernement avec la Chambre de Commerce et d’Industrie au sein de laquelle siège l’actuel ministre des Finances, Renganaden Padayachy.

C’est la queue devant la succursale de la Mauritius Commercial Bank à Rose-Hill il y quelques jours qui a le plus surpris les commerçants comme les Mauriciens de cette agglomération d’ailleurs. En regardant de plus près, ceux qui se rendaient à la pharmacie, au supermarché un peu plus loin ont constaté que ce n’était pas pour accéder au service bancaire ou retirer du liquide au distributeur automatique, mais pour s’approvisionner en pommes de terres et oignons auprès d’un marchand de légumes venu on ne sait d’où. Et cette activité illégale se déroulait tranquillement à 200 mètres du poste de police de la localité.

Ni police ni inspecteurs municipaux dans les parages. Et un marché noir qui s’exerce en plein jour et au nez et à la barbe des forces de l’ordre. Alors même que les membres du comité national sur le Covid-19 répètent quotidiennement que les policiers veillent au grain partout sur le territoire. C’est comme si l’administration avait démissionné et que les consignes de sécurité sanitaire avaient été levées pour ces marchands illégaux, déplore l’association des commerçants. Cette situation perdure alors que les maraîchers des villes sœurs cherchent désespérément à entrer en contact avec le maire et ses cadres pour discuter de leur situation dramatique avec les marchés fermés et trouver ensemble une solution temporaire à cette interruption de leur activité.

On ne voit ni le maire et surtout pas Anwar Husnoo, vice-Premier ministre et ministre des Administrations régionales. Comme s’il était en confinement permanent depuis les dernières élections générales. Le seul maire qui a pris une initiative pour mettre fin à ce bazar est celui de Quatre-Bornes, Nagen Mootoosamy, qui est en discussion avec les maraîchers de la ville pour voir comment reprendre la vente des légumes avec l’imposition de strictes mesures sanitaires.

En attendant que cette situation soit réglée, chacun y va de sa vente illégale dans sa camionnette et de son petit fourgon sillonnant les quatre coins du pays. Des consommateurs ont rapporté à Week-End que des marchands d’occasion, se déplaçant à bicyclette ou à moto, vendent même à la criée « bred sousou, bred malbar, bred cresson !» en passant dans des lieux résidentiels. D’où proviennent ces légumes ? Viennent-ils par des planteurs qui les cultivent dans leurs champs ? Quels sont les critères de vente de l’Agricultural Marketing Board ? Vend-il à des grossistes, aux supermarchés, à des détaillants ou à des particuliers qui ont envie de profiter de la situation ? Ce sont autant de questions que se posent commerçants et consommateurs.

Les commerçants soutiennent aussi, dans la foulée, que les inspections pour voir s’il n’y avait pas d’abus et non-affichage des prix avaient, dans un premier temps, ciblé surtout les petits exploitants, alors que, selon eux, ce sont les grandes surfaces qui s’adonnent au stockage illégal et à du profiteering. Ce n’est qu’en cette fin de semaine que l’on a pu constater qu’il y avait un début de réaction des autorités policières avec des saisies de légumes et autres produits ici et là, alors que la pratique est généralisée.

Moralité, avec la fermeture des marchés autorisés, les bazars improvisés avec des produits peut-être volés dans les champs se sont installés un peu partout. Et on est censé être encore en confinement strict !