Le marché des médicaments affiche une très bonne santé, à en juger par le volume de médicaments importés en 2014, soit 5 000 tonnes, ce qui correspond à un millier de tonnes de plus que l’année précédente. Toutefois, les “small & medicum” importateurs de médicaments, eux, sont très énervés en cette fin d’année. En cause : la décision du ministère de la Santé de revenir à la charge avec son projet d’introduction de deux “fees” concernant l’enregistrement des médicaments. Cette mesure, selon eux, ne joue pas en faveur des malades, qui devront davantage mettre la main à la poche, sans compter que certains devront mettre la clé sous le paillasson car devenant incapable de payer une telle somme. Quant à ceux qui applaudissent la décision, ils arguent qu’il est grand temps de mettre de l’ordre dans le marché des médicaments.
Les Mauriciens consomment beaucoup de médicaments, à en juger par les statistiques. Pas moins de 5 000 tonnes de produits pharmaceutiques ont en effet été importées en 2014, contre 4 000 tonnes en 2013. Ainsi, les importateurs ont déboursé l’année dernière une somme totale de Rs 3 milliards, l’ardoise se chiffrant à « seulement » 2,8 milliards l’année précédente. Notons toutefois que ces importations incluent aussi les achats du ministère de la Santé, qui tournent autour d’un millier de tonnes. Jusqu’au début des années 90’, les pays européens – et particulièrement la France, l’Angleterre et l’Allemagne – étaient les principaux exportateurs de médicaments vers Maurice. Mais selon les acheteurs, l’Inde est aujourd’hui en pôle position dans les importations mauriciennes, suivi de la France et de l’Afrique du Sud sur la dernière marche du podium. « L’Inde arrive en premier en termes de volume mais, au niveau du coût, ce pays est nettement moins cher par rapport aux réclamations des autres pays exportateurs », souligne l’un d’eux.
De la trentaine d’importateurs, on en dénombre quatre principaux, qualifiés par les opérateurs du secteur de « gros importateurs ». Ces quatre “major players” sont HEALTHACTIV (du groupe IBL), Pharmacie Nouvelle Ltd (du groupe Leal), Unicorn Trading et Scott Health. Selon la Small & Medium Pharmaceutical Importers Association, ensemble, ces « gros importateurs » occupent pas moins de 80% du marché de l’importation. « Ce n’est pas vrai », réfute un cadre d’une de ces entreprises. « Le marché est assez bien réparti aujourd’hui. Ces quatre groupes ne pèsent pas plus de 45% du volume total d’importations », affirme cet interlocuteur.
Le marché des médicaments à Maurice est d’environ Rs 4 Mds, témoignant ainsi de la bonne santé du marché. Mais les opérateurs du secteur ne sont pas d’accords lorsqu’on leur fait remarquer que ce dernier est plutôt juteux. « Le public a l’impression que les importateurs et les “retailers” se font beaucoup d’argent sur le dos des malades. Ce n’est pas vrai ! Croyez-le ou non, nous avons beaucoup de frais. Si ce marché était si lucratif, plusieurs pharmacies n’auraient pas fermé leurs portes ces dernières années. Sans compter que plusieurs “retailers” sont en “overdrafts” », réagit le responsable d’une petite compagnie d’importation. « Il y a beaucoup de “hidden costs” », ajoute pour sa part un importateur très connu.
Et voilà que le ministère de la Santé veut aujourd’hui ajouter une nouvelle dépense aux frais de fonctionnement des entreprises d’importation. Une décision qui, on s’en doute, est diversement accueillie dans les milieux concernés. En effet, le ministère propose une somme de Rs 10 000 pour l’enregistrement de tout nouveau médicament et un “processing fee” de Rs 2 500. Les autorités envisagent aussi un “fee” de Rs 4 000 en guise de “annual renewal registration” pour chaque type de produit commercialisé. Rs 20 M, telle est la somme que récoltera d’ailleurs annuellement le ministère par le biais du renouvellement des “registrations”. Ces nouveaux “fees” fâchent terriblement la Small & Medium Pharmaceutical Importers Association. Ses dirigeants ont d’ailleurs commencé à faire entendre leur voix depuis quelques jours à ce sujet. « Nous contestons ces nouveaux “fees” et nos arguments sont valables », lance Nawaz Dauhoo, président de cette association. Ces importateurs affirment qu’ils auraient à débourser « une somme très conséquente » pour le renouvellement annuel du “registration”, ajoutant qu’ils seraient obligés de mettre un terme à leurs activités au cas ils n’arriveraient pas à respecter ce règlement du ministère.
Si, pour démarrer leurs activités commerciales, il leur fallait avoir en stock d’au moins 50 types de produits afin que l’entreprise soit viable, les petites et moyennes entreprises ont aujourd’hui entre 300 à 500 items différents dans leur stock. Selon leurs calculs, ils auraient ainsi à payer entre Rs 1,2 million et 2 millions chaque année. Autant dire qu’ils appréhendent une augmentation du prix des médicaments au bout de la chaîne, car ils n’auront d’autre choix que de passer la note aux pharmacies pour la survie de leur business. « Ce “renewal registration fee” est une absurdité. Que fera le ministère avec cet argent ? » se demande pour sa part Siddique Khodabocus, le secrétaire. Les membres de cette association se demandent aussi si la mesure n’a pas pour objectif d’éliminer l’importation parallèle (à ne pas confondre avec l’achat des médicaments génériques), la principale source d’approvisionnement des petites et moyennes entreprises. « L’importation parallèle est une pratique autorisée et permet aux consommateurs d’obtenir des produits moins chers. Elle concerne aujourd’hui un grand nombre de médicaments couramment utilisés et les gros importateurs sont mécontents de cette pratique car nous grignotons leur marché », pense le président de cette association. « Une manière de contourner l’importation parallèle, c’est de faire payer. Et si on n’arrive pas à s’acquitter des “renewal fees”, on devra alors obligatoirement fermer. Les consommateurs, eux, n’auront plus beaucoup de choix pour obtenir des médicaments à des prix accessibles », prévient le secrétaire de la Small & Medium Pharmaceutical Importers Association. Les dirigeants de cette association disent avoir analysé tous les aspects de l’introduction de ces nouveaux “fees”, affirmant arriver à la conclusion que la mesure va au détriment des consommateurs.