« Quand nous sommes partis, il n’y avait aucune restriction. Personne ne nous a conseillé d’annuler le voyage»

«Le confinement au quotidien est très lourd à supporter. Je me sens privée de liberté. Qui plus est, l’approvisionnement au supermarché est un autre calvaire »,

Ils étaient venus à Maurice pour des vacances mémorables. Des vacances planifiées depuis plusieurs mois pour être avec leurs proches qu’ils n’avaient pas vus depuis longtemps. Au moment de leur départ, la situation dans leur pays d’adoption ni dans leur terre natale ne présageait qu’ils vivraient de telles aventures. Le Covid-19 c’était l’histoire de la Chine ou de l’Italie. En arrivant à Maurice, ils ont cependant déchanté. La crise sanitaire liée au coronavirus s’est accélérée et les mesures de confinement sont tombées. S’ils ont eux “la chance” de ne pas être placés en quarantaine, leurs vacances à Maurice ont été totalement gâchées par le confinement. Pas de sorties, pas de possibilité d’être avec leurs proches. Même pas de possibilité de rentrer chez eux. Récit de deux Mauriciennes coincées à Maurice depuis le début du mois de mars.

D.J., qui réside en Australie depuis plus de dix ans, a préparé les vacances de sa famille à Maurice depuis août 2018. Des vacances qui coïncidaient avec le mariage de sa cousine germaine. Une réelle expérience qu’elle voulait faire vivre à ses deux filles pour leur apprendre les traditions culturelles des familles tamoules mauriciennes. Un mariage sur plusieurs jours auquel d’autres proches venant des quatre coins du monde devaient aussi assister. Pour l’occasion, D.J. et son époux ont pris un mois de congé. Cela devait être de vraies retrouvailles avec la famille et les amis. Des vacances pour se ressourcer et faire voir leur pays natal sous tous ses angles à leurs deux filles. Certes, le coronavirus avait déjà pris de l’ampleur, notamment en Chine et en Italie. Mais si Maurice avait établi un contrôle strict à l’aéroport, les frontières n’étaient pas encore fermées. D’ailleurs, pour arriver à Maurice, la petite famille est d’abord passée par Singapour pendant une semaine, où elle a pu apprécier quelques jours dans un hôtel.

Si elle avait quelques appréhensions quant à l’arrivée de sa famille à Maurice, redoutant néanmoins d’être placée en quarantaine, D.J. a pris toutes les précautions nécessaires pour que ses enfants, son époux et elle-même ne soient touchés par aucun symptôme de grippe. Tout allait pour le mieux. « Quand nous sommes partis, il n’y avait aucune restriction. Personne ne nous a conseillé d’annuler le voyage. D’ailleurs, si nous l’avions fait, tous les frais engagés auraient été à notre charge. Pas de remboursement possible », dit-elle. Et à son arrivée, la petite famille passe le contrôle sanitaire haut la main. Ils peuvent se rendre chez leurs parents.

« J’ai apporté mon thermomètre pour un contrôle quotidien, des masques et des désinfectants pour nous et les membres de notre famille immédiate. La dernière chose que je voulais, c’était de contaminer mes parents et mes amis. Nous n’avions absolument aucun symptôme », raconte D.J. Ils passent une première semaine farniente, chez ses parents, à préparer le mariage qui arrivait à grands pas. « Dans la famille, l’excitation était palpable, car nous nous retrouvions tous pour un événement familial après dix ans. Cela devait être une grande fête », dit D.J.

Mais les choses ne se sont pas déroulées comme prévu. Et ce n’était pas la faute au mauvais temps que la famille craignait. Alors que les rites de cérémonies de mariage avaient commencé le mercredi matin, la nouvelle annoncée tardivement dans la soirée de jeudi par le Premier ministre a fait tomber de haut toute la famille. « L’île Maurice est en confinement ! » La nouvelle est tombée comme une bombe et le mariage tant attendu a dû être annulé.

Famille séparée

Face à la situation, D.J. décide de rentrer en Australie. Elle entreprend des démarches, achète un autre billet d’avion pour sa famille. Cette fois, elle obtient un vol d’Emirates qui transite sur Dubaï avant d’atterrir à Melbourne. Les valises faites, la petite famille se prépare pour prendre l’avion dans la soirée du 25 mars. Mais le matin, un coup de fil de l’agence de voyages l’informe que Dubaï avait fermé ses frontières et qu’il n’y aurait plus aucun vol. La petite famille était coincée à Maurice. Découragées, D.J. et sa famille ne jette toutefois pas l’éponge. Le confinement à Maurice était pour une durée de 15 jours. Donc, après cela, tous pourraient repartir chez eux. Certes, il est difficile de tourner en rond à la maison, qui plus est sans grandes provisions, l’accès aux commerces étant interdit à la population. Mais l’attente ne devait pas être si dure.

Une semaine plus tard, inquiète pour sa belle-mère qui vit seule dans le sud du pays, elle encourage son époux à s’y rendre pour que la vieille dame ne reste pas seule en ces moments de confinement. C’est ainsi en famille séparée que D.J. et ses deux filles passent la deuxième semaine de confinement qui suit. « Le Premier ministre avait annoncé quinze jours de lockdown. Ce n’était pas facile pour nous, mais pour le bien de la famille, nous nous sommes dit qu’une semaine supplémentaire à la maison, à tourner en rond, ce n’était pas si grave. Les activités nationales allaient reprendre bientôt et peut-être même que nous pourrions assister au mariage durant la dernière semaine de vacances qu’il nous restait », pensait D.J..

C’était mal présager les choses à Maurice. « Chaque jour qui a suivi, il y avait plus de cas. Il y a un jour où il y a eu 41 cas. Nous étions totalement découragés. Surtout que le lendemain, les autorités mauriciennes annonçaient un prolongement du confinement jusqu’au 4 mai. » Dépitée, d’autant que le jour de reprise à son travail en Australie était arrivé, elle se met en contact avec le haut-commissariat d’Australie de Maurice et expose son cas, et le souhait de sa famille de rentrer. Surtout qu’après avoir acheté à deux reprises quatre billets d’avion pour rentrer sans résultat, la famille se retrouvait sans le sou à Maurice. Malheureusement, l’aéroport de Maurice étant fermé, il n’y avait aucune possibilité de retour immédiat pour cette famille, comme pour beaucoup d’autres Mauriciens et touristes qui voulaient regagner leur domicile.

C’est ainsi dans un véritable stress que D.J. passe la semaine qui suit. « Certes, j’étais chez mes parents avec mes filles, mais mon mari était à l’autre bout de Maurice. Qui plus est, les factures commençaient à tomber par mail et nous étions loin de pouvoir trouver des solutions pour régler nos problèmes en Australie. Et ici, nous étions coincés dans un pays paradisiaque », raconte D.J.

Soutien du haut-commissariat d’Australie

En début de semaine, elle apprend qu’il y a un vol pour Paris qui doit quitter Maurice jeudi soir. Si les finances manquent, avec l’aide de sa famille, D.J. entreprend tout de même des démarches pour qu’au moins son époux puisse rentrer en Australie en passant par Paris. Toutefois, après une journée de coups de fil et de mails, l’agence de voyages leur apprend qu’il n’y avait plus de place sur ce vol. « Nous étions dépités. Il faillait rester encore deux semaines à Maurice. Sans le sou. Coincés à la maison. Et avec un stress pas possible quant à nos factures impayées en Australie. C’était un véritable cauchemar. Nos vacances de rêves s’étaient transformées en martyre ! » dit D.J.

Toutefois, un coup de fil du haut-commissariat d’Australie mardi soir l’informe qu’elle pourrait rentrer en transitant par Paris, sur ce même vol de jeudi sur lequel le mari de D.J. n’avait pu trouver de place. Le haut-commissariat d’Australie à Maurice avait entrepris toutes les démarches pour le rapatriement des citoyens coincés à Maurice. Même le coût des billets d’avion pour toute la petite famille a été pris en charge, moyennant un remboursement dans les prochains mois. « C’était un miracle. Et surtout un réel soulagement. Car même si j’aime mon île natale, ce n’était pas facile d’être bloqués ici. Sans voir ma famille, mes amis. Sans rien voir du tôt que les quatre murs de la maison. Heureusement que le haut-commissariat d’Australie nous a soutenus », dit D.J. Elle et sa famille ont pris l’avion jeudi soir pour Paris, le coeur gros, mais content de rentrer chez eux.

Comme D.J., plusieurs autres Mauriciens venus passer quelques jours dans l’île ont vu leurs vacances totalement gâchées. C’est le cas d’A.M., arrivée le 12 mars. Cette jeune Mauricienne est venue de France pour voir sa mère malade, qui vit dans une maison de retraite dans les basses Plaines Wilhems. Très préventive, elle est arrivée dans l’île sans aucun symptôme de grippe ou de fièvre, et passe le contrôle sanitaire sans problème. Donc, pas nécessaire d’être placée en quarantaine. Heureusement. Elle passe les quatre premiers jours de son séjour prévu pour deux semaines à visiter quotidiennement sa mère. A.M. doit aussi rencontrer ses proches et amis qu’elle n’a pas vus depuis plusieurs mois. Son agenda pour ses vacances est chargé.

Impossible de voir sa mère en maison de retraite

« Il n’y avait aucun cas à Maurice et je me sentais en sécurité. D’autant qu’il y a eu un très bon suivi des services sanitaires qui ont quotidiennement vérifié par téléphone mon état de santé les premiers jours de mon arrivée. Je n’avais pas de Covid. Donc, pas d’inquiétude », raconte-t-elle. Elle compte faire un maximum de choses pour profiter de ces vacances bien méritées. Au programme également, une soirée avec des amis qu’elle n’avait pas vus depuis 20 ans. Des vacances planifiées depuis un an. Mais le 19 mars, l’annonce du confinement à Maurice chamboule tous ses plans.

« Maurice, comme la France, était en confinement et les frontières fermées. Le pire c’était que je suis à deux pas de la maison de retraite de ma mère et je ne peux pas la voir », explique A.M. Une situation difficile, surtout qu’elle se voit devoir passer plus de jours que prévu chez sa famille d’accueil. Elle multiplie les démarches pour obtenir un billet de retour, en vain. « C’est un long combat auprès de la compagnie aérienne, la compagnie d’assurances, l’ambassade de France, etc. pour un retour le plus rapidement possible. Malheureusement, toutes les portes sont fermées et aucune solution sur rentrer. Certes, il y a eu un vol sur Paris jeudi, mais je ne vis pas à Paris. Je vais devoir prendre un train ou un avion pour rentrer chez moi, et ce n’est pas possible. Aussi, je ne veux prendre aucun risque pour ma santé en allant à Paris, l’épicentre du Covid-19 en France », dit la Mauricienne.

Ses vacances de rêve se sont transformées en cauchemar. « Surtout que je ne peux pas voir ma mère, la véritable raison de mon séjour à Maurice. C’est une vieille personne malade qui ne comprend pas forcément pourquoi je ne peux pas la visiter alors que je suis là. Qui plus est, j’ai fait d’énormes sacrifices financiers pour pouvoir payer ces vacances pour que, finalement, tout tombe à l’eau », dit A.M., le cœur lourd.

À Beau-Bassin, où elle réside actuellement, sa famille d’accueil essaye tant bien que mal de la soutenir. « Mais le confinement au quotidien est très lourd à supporter. Je me sens privée de liberté. Qui plus est, l’approvisionnement au supermarché est un autre calvaire », dit-elle. Durant la première semaine du confinement, A.M. a pu s’y rendre. « J’ai fait la queue pendant trois heures pour 20 minutes de courses. Une expérience traumatisante », dit-elle. Expérience qu’elle ne renouvellera pas, quitte à « manz dipin-diber tou lezour. » Depuis trois semaines, c’est dans un nuage noir qu’A.M. passe ses jours à Maurice. « J’ai un mélange de sentiments, de crainte, de colère, de tristesse, d’angoisse Je suis complètement perdue par cette situation. Je suis bloquée à Maurice sans date de retour. Et le prolongement du confinement m’a totalement découragée », dit-elle.

Coincée à Maurice pour une durée indéterminée

Si au début du confinement A.M. a passé beaucoup de temps à dormir, manger et surfer sur le Net, après quelques jours, l’angoisse a pris place. « Outre la situation à Maurice, la situation en France m’inquiète. L’avenir est incertain et noir », dit-elle, craignant pour son poste à son retour, on ne sait quand en France. « Est-ce que j’aurai toujours un travail à mon retour, est-ce que j’aurai toujours un salaire pour payer factures et autres dettes ? Il y a beaucoup de questions qui me viennent à la tête et depuis quelques jours, mon moral est au plus bas », explique A.M.. Si elle est en contact avec sa compagnie pour le suivi de sa situation, elle estime que la conjoncture est délicate, car elle est bloquée à l’étranger pour une durée indéterminée.

Après plusieurs négociations, son entreprise a finalement pu établir un programme pour qu’elle fasse du télétravail à partir de Maurice. « Mais ce n’est pas facile, car non seulement la connexion n’est pas fiable, mais en plus, je dois squatter l’ordinateur de la famille d’accueil chez qui je suis. Qui plus est, je travaille au ralenti en raison du décalage horaire. La situation est très frustrante », raconte A.M., dépitée que des vacances de quinze jours qui étaient censées être familiales, de rêve, de détente, de retrouvailles de retour aux sources, aient viré au cauchemar à cause d’un virus, un ennemi invisible !