C’était la panique entre hier soir et ce matin à Verdun, Saint-Pierre : l’entrepôt de matières premières de la Compagnie mauricienne de textile ltée (CMT) a en effet été ravagé par un incendie d’une rare intensité. Pour preuve, il aura fallu près de 12 heures à une soixantaine de sapeurs-pompiers, sous la supervision du Divisional Fire Officer Dorsamy Ayacootee, pour venir à bout des flammes. En outre, l’entrepôt contenant des produits chimiques, les responsables des opérations n’ont voulu prendre aucun risque en procédant à l’évacuation d’au moins 13 habitants des alentours, et ce tandis que trois autres étaient conduits en urgence à l’hôpital Jeetoo pour y recevoir des soins. Au final : le bâtiment de la CMT, porte-drapeau de secteur textile à Maurice, aura été complètement rayé de la carte, les dégâts étant déjà estimés à plusieurs millions de roupies.
Vers 17 h hier, une épaisse colonne de fumée noire dans le ciel de Verdun, par ailleurs visible depuis Ébène, laissait clairement comprendre qu’un grave incendie venait de se déclarer dans cette partie de l’île. À leur arrivée sur la route principale de la localité, dans les parages du bureau de poste, les premiers pompiers et policiers se sont immédiatement rendu compte de l’ampleur de la catastrophe. Treize personnes, qui se trouvaient alors à l’intérieur de l’entrepôt de la CMT, sont parvenues à sortir du bâtiment en feu saines et sauves. Pendant ce temps, les flammes commençaient à s’étendre sur plusieurs centaines de mètres jusqu’à atteindre l’arrière de l’entrepôt, soit sur la route menant à la rivière de Dagotière. À 19 h 30, l’ampleur du sinistre était tel que le Divisional Fire Officer Dorsamy Ayacootee, assurant la supervision des pompiers, concédait que la tâche de ses hommes s’annoncerait déjà des plus difficiles.
« La situation n’est pas encore sous contrôle, comme vous pouvez le constater. Le feu continue à prendre de l’ampleur avec une intensité assez conséquente. Au départ même, nous avons éprouvé des difficultés car des produits inflammables étaient entreposés dans le bâtiment. Nous avons aussi relevé une épaisse fumée noire se dégageant de l’entrepôt, laissant clairement comprendre que des produits toxiques se trouvaient à l’intérieur. Notre tâche est alors devenue plus compliquée encore. Au début, nos opérations étaient basées sur la défensive, le temps d’élaborer une stratégie d’attaque du feu. Un peu plus tard, nous passerons à l’offensive afin de pénétrer dans le bâtiment. Nous avons tenté à plusieurs reprises d’y accéder mais c’est quasi-mission impossible compte tenu de l’intensité des flammes », faisait comprendre Dorsamy Ayacootee tout en indiquant que l’opération aurait été plus simple s’il y avait une meilleure gestion de l’aspect “housekeeping” du bâtiment. À ce stade, le Divisional Fire Officer Ayacootee devait prévoir que le feu serait maîtrisé aux petites heures de ce matin et qu’il faudrait environ deux jours pour travailler sur les débris de l’incendie.
En outre, ayant rapidement soupçonné la présence de produits chimiques, les responsables des opérations ont préféré jouer la carte de la sécurité en établissant une zone de sécurité et en forçant l’évacuation d’habitants des alentours. La collaboration de la Special Mobile Force et de la Special Support Unit a alors été sollicitée pour coordonner les autres opérations sur le terrain. Des chiffres de sources policières autorisées indiquent que cinq habitants ont été évacués vers le centre de refuge de l’endroit, soit le centre social de Saint-Pierre, tandis que huit autres ont préféré se rendre chez des proches tout en emportant avec eux leurs objets de valeurs. Trois autres personnes, dont deux retraités et une femme de 39 ans, ont été transportées à l’hôpital. Leur état de santé n’inspire toutefois aucune inquiétude, celles-ci ayant d’ailleurs ensuite gagné le St Pierre Social Welfare Centre. A noter que la route principale de Dagotière, soit reliant Verdun à Valetta, devait être fermée hier soir à la circulation compte tenu de la visibilité réduite résultant de la fumée.
Toute la nuit, une soixantaine de pompiers – provenant des casernes de Quatre-Bornes, Port-Louis, Flacq, Curepipe et Coromandel – se sont relayés sur le terrain en vue de venir à bout des flammes. Les prévisions du Divisional Fire Officer Ayacootee devaient se confirmer aux alentours de 5 h ce matin, le feu étant finalement maîtrisé. « Depuis 5 h ce matin, l’incendie a été maîtrisé et est sous contrôle. Cependant, il y a toujours des flammes à l’intérieur et l’accès demeure difficile. Depuis ce matin, nous sommes sur place avec une trentaine de pompiers, soit un effectif plus réduit qu’hier soir, et ce compte tenu de la situation », explique Dorsamy Ayacootee. Et ce dernier de prévoir que le feu sera complètement éteint d’ici cet après-midi.
Les sources approchées indiquent qu’il est trop prématuré d’avancer un chiffre en ce qu’il s’agit des dégâts enregistrés dans cet entrepôt de matières premières de la CMT. Mais une première indication officieuse faisait cependant état de plusieurs millions de pertes pour la société. Pire encore : ceux habitués aux rouages et au système de fonctionnement de la CMT avancent que l’usine pourrait être paralysée quelques jours du fait de la disparition de ces matières premières, importées d’Afrique du Sud. Mais une fois l’opération des pompiers terminée, la direction de l’entreprise, en collaboration avec la police, devrait pouvoir effectuer une première évaluation des dommages enregistrés. Dans un deuxième temps il sera du ressort de la police de St-Pierre, en collaboration avec les pompiers, d’établir la cause et les circonstances du sinistre.