Il arrive parfois que sa responsable fasse tellement corps avec son entreprise, la défende et la représente si bien qu’on finit par les confondre, qu’on lui donne son nom. C’est qui est arrivé à Véronique Mongelard, que l’on surnomme respectueusement – et sans doute affectueusement – Madame Otayo. A l’occasion du dixième anniversaire de la première entreprise de billetterie mauricienne, nous vous proposons le portrait de sa responsable.
Contrairement à ce que l’on pourrait imaginer, Véronique Mongelard a eu une vie professionnelle avant Otayo. Avant de proposer aux Mauriciens un service de billetterie pour les spectacles, Véronique était debt collecterchez Mamouth, avant de commencer àtravailler pour Paul Olsen en l’an 2000. A cette époque, Paul Olsen, jamais a court d’idées, vient de lancer la chaîne de télévision par satellite, Parabole, et engage Véronique comme responsable de projets. Cette collaboration dure trois ans jusqu’à ce qu’en 2003 Véronique décide de faire un enfant et démissionne pour « accoucher et profiter des joies de la maternité. »En février 2004, Paul Olsen vient voir le bébé et demande à sa maman si elle ne veut pas se lancer dans un nouveau projet. Véronique ne dit pas non, mais demande du temps pour réfléchir et surtout pour continuer à materner. Paul Olsen refait sa proposition au mois d’août, Véronique accepte et la première entreprise mauricienne spécialisée dans la billetterie est créée sous le nom Otayo, quimélange deux mots typiquement réunionnais et mauricien puisque la nouvelle entreprise a une vocation régionale : oté et ayo. La nouvelle entreprise a juste un nom et un concept qu’il faut développer. « Quand on démarre le projet pour lequel je suis engagée, il n’y a rien et il faut tout faire. Il faut comprendre ce qu’est la billetterie, comment elle fonctionne à l’étranger, s’équiper d’ordinateurs et de logiciels, monter un réseau et surtout le faire comprendre et accepter par les Mauriciens. En commençant par les organisateurs de spectacle. Nos débuts ont été difficiles parce que les gens ne comprenaient pas ce qu’on faisait. Ils se demandaient pourquoi faire la queue chez nous pour acheter des billets au lieu d’aller à la salle de spectacle ou chez le producteur de l’évènement. On a monté rapidement le réseau avec quatre points de vente dans les centres commerciaux au départ, avec un petit kiosque. Dès le départ, des personnes nous ont fait confiance, comme les responsables du Caudan, puis Gérard Sullivanqui vient nous voir pour nous demander de nous occuper de la billetterie de son spectacle Starmania. C’était le début d’une collaboration qui continue aujourd’hui puisque nous sommes responsables de toute la billetterie de la nouvelle version de Zozef ek so plato larkensielqui sera jouée en novembre. »Mais comme à l’époque de sa création il n’y avait pas suffisamment de spectacles pour faire tourner la nouvelle entreprise, Otayo décide de se lancer dans la production de spectacles. Grâce aux contacts de Paul Olsen, Otayo propose quelques spectacles de qualité : de la musique classique, du lyrique, le ballet de l’Opéra de Paris, le sublime Rughoonuth Mané, danseur de bharat natyam, les archets de Paris et même de la pop avec Syndicate. Mais après quelques spectacles, les responsables d’Otayo se rendent compte que la production comporte un gros risque financier. « Non seulement il y avait ce risque, mais l’activité n’était pas rentable et nous n’étions pas suivis par les entreprises qui traditionnellement agissent comme sponsors. En 2009, on décide d’arrêter de produire des spectacles et de nous spécialiser dans la billetterie. » L’entreprise crée le magazine Ayo Culturepour annoncer le calendrier des spectacles, mais pas que. « Dans ce magazine, on ne se contentait pas de parler de l’actualité et des évènements, mais aussi des artistes, du patrimoine, bref tout ce qui tournait autour de la culture. Mais on a eu du mal à trouver de la publicité pour le financer. Car malheureusement à Maurice la Culture ne se vend pas. Nous avons continué tant bien que mal et avec beaucoup d’efforts, mais au numéro 25 de Ayo Culture, on a été obligé d’arrêter le magazine. Avec le recul, on se dit qu’on a eu la chance de créer le premier magazine culturel de Maurice, c’était chouette, c’était une belle aventure et j’espère qu’elle n’est pas terminée, juste stoppée pour un moment. » 
Depuis Otayo est devenue une entreprise avec dix points de vente qui innove et fait appel aux dernières technologies pour mieux satisfaire sa clientèle. « Aujourd’hui, nous ne faisons que de la billetterie, mais avec de la communication autour. C’est ainsi que nous avons choisi pour nos dix ans de lancer une application culturelle – Apli mobile – qui nous permet de revoir le fonctionnement de la billetterie. Au lieu d’attendre que le client vienne à nous, nous allons chez lui pour lui monter nos propositions. Ce n’est pas la newsletter qui sort chaque mercredi, qui, nous l’avons découvert, ne suffisait plus. Lors d’un petit déjeuner d’entrepreneurs au Board of Investment j’ai rencontré le Canadien François Marte qui a une petite entreprise électronique et qui me propose une association et une application qui permet au client d’avoir accès, sur son téléphone ou son ordinateur, à tout ce qui se passe a Maurice  au niveau évènements, concerts et spectacles pendant plusieurs mois. Il y a des informations sur chaque évènement annoncé, les dates, le nombre de places, tout ce qu’il a besoin de savoir et la capacité de réserver et de payer on line. »Mais tous les Mauriciens amateurs de spectacles ne disposent pas d’un téléphone qui peut télécharger une application, une tablette ou d’un ordinateur !« C’est vrai, mais il faut que l’on aille dans le sens du progrès. Pour ceux qui ne sont pas équipés, il reste le téléphone conventionnel et notre standard qui est à leur service pendant toute la journée. »Quel est le principal concurrent d’Otayo dans le domaine de la billetterie ?« Au départ, nous ne pouvions pas vendre tous les spectacles organisés à Maurice, parceque certains organisateurs ne voulaient pas payer pour avoir le service que nous proposons. Mais les choses ont changé, les producteurs de spectacles ont compris que nous confier leur billetterie leur enlève un gros piquant du pied. Nous proposons un téléphone qui répond toute la journée, des gens qui savent répondre, un site internet, l’application dont nous avons parlé et nous maîrisons la communication autour d’un évènement. Aujourd’hui, notre plus grand concurrent est la billetterie papier mise en place par des producteurs qui vendent leurs billets dans des magasins, alors que nous offrons un service professionnel à tous les niveaux».Donc, dix ans après sa création Otayo est une entreprise qui marche bien. « Pas suffisamment. Notre chiffre d’affaires annuel est de Rs 3 millions et suffit tout juste à payer les salaires et les frais. Il faut développer des services annexes en parallèle pour nous faire gagner de l’argent. Aujourd’hui la billetterie ne nous suffit pas, nous ne voulons pas rentrer dans la production, nous allons vers d’autres éléments qui vont nous permettre de compléter notre offre. C’est-à-dire, l’application gratuite qui, nous l’espérons, sera financée par de la pub. » Puisque nous sommes dans la période de célébration de l’anniversaire, évoquons les souvenirs. En commençant, pour changer, par les mauvais ?« Il y a eu, certes, des mauvais moments au cours de ses dix années, mais ce sont les bons souvenirs qui me reviennent tout de suite en mémoire. Je vous citerai tout de suite les archets de Paris jouant dans une église. C’était un instant magique et il y en a eu pas mal au cours de ces dix ans. »Et le plus beau de ces beaux souvenirs ? « Il est à la fois lié à l’entreprise et d’ordre personnel. Mon plus beau souvenir de ces dix ans, c’est quand Paul Olsen m’a offert la direction d’Otayo, dont j’ai été l’employé au départ. C’était pour moi une reconnaissance de mon travail, de mon engagement. Les gens croient que j’ai toujours été là et m’appellent madame Otayo, mais pendant cinq ans je n’ai été qu’une employée. »
Tournons-nous maintenant vers l’avenir : quel est celui d’Otayo selon sa directrice ? Véronique Mongelard répond avec l’enthousiasme et la passion qui semblent l’habiter et lui donnent parfois des allures de militante engagée, dans le sens noble du terme. « Avant de répondre à cette question, j’aimerais souligner quelque chose d’essentiel : La culture n’est pas reconnue à Maurice, il en va de même pour l’activité culturelle. Les autorités ne jouent pas le jeu et les artistes se plaignent, avec raison, de ne pas être soutenus. Sans entrer dans l’aspect politique, il faut dire que nous aurions dû avoir un ministre de la Culture qui maîtrise mieux ses dossiers et soit un peu plus présent sur le terrain. La culture, c’est l’âme d’un pays. Il ne suffit pas de dire que nous avons le plus beau théâtre à l’italienne de l’hémisphère sud et de le laisser pourrir, tout comme le Plaza. Le manque d’intérêt de nos dirigeants pour le patrimoine et la culture mauricienne est enrageant pour ceux qui travaillent dans ce secteur et surtout pour le vivier d’artistes locaux qui n’est pas mis à contribution. Il faut utiliser le CSR pour protéger et entretenir le patrimoine et donner au secteur culturel les moyens de se développer. Revenons à la question : à Otayo, aujourd’hui, nous savons où nous sommes, où nous voulons aller, mais aussi ce que nous ne ferons pas. Je crois dans l’avenir du spectacle à Maurice et j’espère que et les entreprises privées et les ministres de la Culture et des Finances finiront par comprendre l’importance pour Maurice et les Mauriciens de continuer à soutenir les partenaires et les acteurs culturels. Il faut que la mentalité des décideurs change. J’ai de l’espoir dans l’avenir, c’est pourquoi à Otayo nous continuons nos effortset que nous célébrons nos dix années d’existence. C’est notre manière de dire : nous croyons dans l’avenir. »