Cet artiste de Bon-Accueil éprouve des idées qui bouleversent tout son travail artistique. D’une certaine façon, la démarche protéiforme de Vick Shibdoyal, artiste et enseignant dans le secteur tertiaire, est une quête de ce bouleversement. En toute liberté, il met en objet une idée afin qu’elle soit vraiment éprouvée. Vick Shibdoyal matérialise une expérience personnelle à travers des objets récupérés qui sont d’abord à voir tels qu’ils sont et suggèrent ensuite qu’il y a autre chose au-delà. Tout cela avec un certain pragmatisme mâtiné d’une aspiration mystique. Ce qui pourrait être perçu comme une entreprise d’alchimie du bizarre s’éclaire par son concept. “The main purposes being the promotion of sustainability through the Arts and as a human being I feel and firmly believe that I have to bring my contribution into the protection of our degenerating environment and depletion of the natural resources…” dit l’artiste au sujet de son oeuvre, en particulier ses sculptures qui exploitent les matières premières. Il trouve ses sources d’inspiration dans la nature et l’environnement. Vick montre que l’artiste d’aujourd’hui est comme son spectateur submergé par des tas d’objets qui traînent dans la nature. Il est donc obligé de réinventer ou tout du moins d’adapter sa pratique artistique s’il veut en assurer la pertinence dans un monde où la technologie tend à engloutir l’émotion. Face à la société de production de masse, Vick, lui, utilise les déchets et autres matières issues de cette production pour construire un “fait d’art” qui conduira le spectateur à une expérimentation de l’objet. Notre artiste peint, sculpte, grave pour créer des oeuvres d’art porteurs de messages positifs. Pour Vick Shibdoyal, il semble que l’art doive poser certaines questions auxquelles on ne peut parfois pas répondre logiquement. Il pratique avec finesse un mélange de métaphore et de narration – des oeuvres entre fait et fiction. “We live in a world which is abounded with consumables which we use and discard them away as they become obsolete or once it has fulfilled its purpose. I am intrigued by mysterious objects from our past and to human made things eroded by time and the weather. Sculptural parts are then reinvented and resurged in such a way as to emphasize their form and texture…” De ses sculptures, se déversent des couleurs sanguines ou marines et une technique qui va jusqu’à l’incandescence. Son désir, c’est d’incarner quelque chose derrière ces matériaux qui peuvent paraître inutiles ou sans signification aucune et de les transformer en objets d’art. Les matériaux utilisés vont du fer à la pierre en passant par le corail. Leur transformation en de nouveaux objets, assemblages (Marina Princess, Et L’Ecriture Reste) nous font prendre la mesure du potentiel ou du danger de notre société. L’étrangeté des éléments résument la singularité des oeuvres et montre le trait d’union entre la matière et la nature dans le travail de Vick. La matière a un pouvoir déstabilisant de transformation et sa traduction en signes visuels amène Vick Shibdoyal à donner une autre vie aux matériaux récupérés et à privilégier une forme, un medium, un style. Passionné par le processus de réalisation, Vick tente dans ses oeuvres, d’établir les conditions d’un nouvel espace relationnel et de continuation. Réalisation poétique et onirique qui peut investir un espace baigné de lumière. “My sculptures can be displayed as individual standing pieces as 3-dimensional art pieces, or sometimes hung on the wall, or placed on a flat pedestal. In some cases the original colors of the found metal are preserved and intensified by varnish coating, while in other works the surfaces are manipulated and painted in order to enhance the beauty of the artifact. The reflection of the light adds an element of excitement and strength, as it hits he different planes of each piece…” Voilà qui donne une idée de l’achèvement de l’oeuvre (en 3D, dans les couleurs originales mêlant grâce et rudesse organique) et d’un intérêt pour les conditions de sa pérennité. Vick a donc de la suite dans les idées et se donne les moyens pour forger une nouvelle esthétique.
Il exposera à partir de juillet quelques unes de ses oeuvres au Hennessy Park Hotel, Ebène.