Les 12 familles qui vivaient dans des habitations précaires au bord d’une rivière à Anse-Courtois et qui sont logées temporairement depuis les inondations du 30 mars dans un bâtiment à Beau-Bassin passeront leur dernière nuit aujourd’hui dans ce lieu de transit. Après un mois d’incertitude et d’attente stressante concernant la promesse pour l’obtention d’une des maisonnettes neuves à Gros-Cailloux et destinées aux plus pauvres, elles en recevront les clés cet après-midi. Le visage de ces pères et mères de famille que nous avons rencontrés hier soir pendant qu’ils ramassaient leurs affaires est désormais éclairé par un large sourire. « Enn soulazman ek osi enn nouvo depar dan lavi », confient ces adultes. 
Après les inondations du 30 mars, les ex-habitants de River Bank Anse-Courtois ont transité d’abord par la salle-d’oeuvres de l’église St Vincent de Paul à Pailles où ils sont restés pendant trois jours. Depuis le dimanche 7 avril, les 12 familles ont été dirigées vers un bâtiment du gouvernement qui abritait autrefois un centre pour le traitement de toxicomanes. Elles devaient y être pour seulement 15 jours mais leur séjour a duré plus longtemps.
Même si les familles se côtoyaient depuis plusieurs années sur la berge de la rivière Anse-Courtois à Pailles, la cohabitation à Beau-Bassin est devenue difficile. Il y a uniquement deux dortoirs, un pour les hommes et un pour les femmes et les enfants. La séparation des couples, l’absence de vie familiale et de nombreux petits problèmes au quotidien ont donné lieu, de temps en temps, à des frictions. La tension était palpable depuis 15 jours et l’incertitude de la date du départ a aggravé la situation. Sans le comité de soutien aidé de nombreux bénévoles et sans l’apport de l’ONG Family Care – administrateur de ce séjour –, la cohabitation aurait été impossible.
L’incertitude quant à la date du départ de ces 12 familles dans des maisonnettes individuelles situées à Gros-Cailloux a régné jusqu’à mercredi. Des officiers de la National Empowerment Foundation (NEF) sont venus en effet sur place ce jour-là pour un tirage au sort désignant les occupants de chaque maison.
Les familles ont été conviées cet après-midi par la NEF pour la remise des clés. « C’est un soulagement pour tout le monde et particulièrement pour ces familles dans une précarité complexe », dit Jean-Marie Pazot, responsable de Family Care. Elles déménageront demain vers 13 heures et entreront enfin dans des vraies maisons, rien à voir avec ces abris rafistolés avec de la tôle rouillée percée de tous côtés.
Certes, ces habitations qui leur sont proposées à Gros-Cailloux sont très petites, mais ces familles seront dans un endroit beaucoup plus sûr et décent. Fini les nuits angoissantes à chaque menace de pluie torrentielle et d’alerte cyclonique.
Les ex-habitants d’Anse-Courtois sont visiblement heureux de cette nouvelle étape de leur vie comme en témoignent les sourires des adultes et le ton détendu des bavardages. Alors que quelques-uns, particulièrement les hommes, étaient plutôt timides et réservés depuis leur arrivée à Beau-Bassin, tous se joignaient volontiers à la conversation avec le Père Mongelard, leur bienfaiteur et accompagnateur. Pas de réticence cette fois pour la photo souvenir de leur passage d’un mois dans ces locaux de Beau-Bassin. « Ayo enn gran soulazman pou nou », disent tous ces habitants. « Enn rev ki finn vinn realite azordi ! » poursuit Vinod, père de deux enfants en bas âge et qui a habité pendant 17 ans sur la berge de la rivière d’Anse-Courtois et les autres d’abonder dans la même direction.
« Sa lakaz nef kot nou pe ale li reprezan osi enn nouvo depar dan nou lavi », ajoute Christian, père d’un enfant de six ans qui a vécu pendant 23 ans dans ce hameau d’Anse-Courtois. « Sa lakle ki mo pou al pran demin-la (NdlR : aujourd’hui) li pou enn moman for pou mwa, pou ena bokou lemosion pou toudimoun », confie Vinod.
Le Père Mongelard qui a pris le risque de faire déloger ces familles le mercredi 4 avril en les conduisant vers l’église de Pailles pousse lui aussi un soupir de soulagement. « Il a fallu prendre une décision avec la menace de cyclone juste après les inondations. Je savais que je prenais un grand risque puisque je n’avais aucune réponse à leur donner pour leur logement futur à cette date. Chaque jour qui passait les familles nous demandait la même question “Kan pou ale monper ?” et aucun d’entre nous n’avait de réponse exacte à leur donner. C’est la solidarité qui nous a permis de continuer la mission jusqu’aujourd’hui. Je suis particulièrement heureux de voir l’aboutissement d’un combat de plus de dix ans aux côtés de ces familles. Mo finn trouv zot soufrans mo finn viv avek zot sa soufrans-la », confie le Père Mongelard.
La PPS Aurore Perraud qui a suivi ce dossier de relogement de ces familles a été parfois agacée par l’impatience de certaines familles qui faisaient preuve d’incompréhension face aux procédures administratives. « Je suis heureuse… Ces familles pourront avoir un logement décent et commencer une nouvelle vie. Elles ne vivront plus dans la peur constante. Il faut tourner la page sur cette exploitation humaine dont elles étaient victimes. C’est un avenir meilleur pour les familles et les enfants. Je leur demande de payer régulièrement leur loyer pour qu’elles ne se retrouvent pas en situation difficile. Chacun a fait sa part pour faire aboutir ce projet de relogement et je remercie tous les ministères concernés », dit-elle.