Soyons bons joueurs. Reconnaissons sportivement que Pravind Jugnauth et le ministre mentor, sir Anerood Jugnauth, ont remporté deux victoires sans appel devant des arbitres internationaux de haut niveau. Il n’y a pas lieu de pinailler, comme c’est souvent le cas après des rencontres de football opposant par exemple Liverpool à Manchester United.

Une victoire est une victoire, même par une différence d’un but seulement, même si le but a été marqué à la limite du hors-jeu et que le juge de touche n’a pas levé le drapeau. Même si l’ICAC est entrée en scène dans le cadre d’une stratégie bien menée dans le cas de l’appel interjeté devant le Judicial Committee du Privy Council. Félicitons Pravind Jugnauth pour avoir remporté cette affaire après quelque sept ans d’attente, de tergiversations et d’arrestations.

Il a poursuivi sa lutte dignement jusqu’à le dénouement final.
Cette victoire a été accueillie dans tous les milieux, y compris politiques, avec un certain soulagement. Visiblement, le résultat contraire aurait provoqué une crise politique de grande ampleur et déstabilisé le gouvernement et le pays. Même le DPP a accueilli le jugement des Law Lords, qui fait désormais figure de jurisprudence, avec un esprit positif, estimant qu’il sera désormais très utile pour traiter les cas de conflits d’intérêts. Pravind Jugnauth s’est débarrassé d’une « lake ferblan », comme souligné par son conseiller légal Désiré Basset. Il est peu probable désormais que ce dossier vienne empoisonner la compagne électorale, qui a déjà commencé, en vue des prochaines élections générales, que les observateurs politiques prévoient pour cette année.

Les partis devront par conséquent venir avec des arguments plus convaincants et plus crédibles.
Mais l’opinion émise par la Cour internationale de Justice concernant les Chagos est, elle, d’une autre dimension. Les Mauriciens dans leur ensemble ont reconnu l’engagement personnel de sir Anerood Jugnauth dans la lutte ayant finalement débouché sur l’opinion prononcée par 13 juges sur 14 pour demander aux Britanniques de mettre un terme à l’administration illégale des Chagos et de rendre l’archipel à Maurice au plus vite. Cette étape historique dans le cadre d’une lutte qui s’est échelonnée sur de nombreuses années est le résultat d’un travail collectif d’un très grand nombre de personnes, tant à Maurice qu’à l’étranger, qui ont œuvré dans l’ombre pour soutenir le travail des politiciens et des décideurs.

Saluons tous ceux et celles qui ont consenti toutes sortes de sacrifices pour maintenir une mobilisation permanente autour des revendications mauriciennes sur les Chagos. Et il ne faut pas oublier le travail abattu par les Chagossiens eux-mêmes, par des avocats mauriciens et britanniques, par des leaders politiques. Il faut également souligner le travail colossal abattu par la diplomatie mauricienne. Des centaines de notes verbales et de lettres ont été adressées à tous les pays membres des Nations Unies. Des “lobbyings” et des discussions ininterrompues ont été maintenus avec des ambassadeurs à travers le monde. Tout cela a été fait en veillant à ce que les démarches mauriciennes concernant les Chagos n’affectent pas les relations avec la Grande-Bretagne. Ce fut, dit-on, une véritable prouesse diplomatique pour les diplomates mauriciens.

Dans le succès remporté à La Haye, il ne faut pas non plus négliger la part de la diplomatie africaine pratiquée par Maurice. Sans le soutien indéfectible de l’Union africaine, il est en effet peu probable qu’on aurait obtenu ce résultat. Grâce à son soutien, Maurice a pu sortir du piège des discussions bilatérales avec la Grande-Bretagne, qui n’aurait pas permis d’ouvrir la porte de la Cour internationale de Justice, pour porter l’affaire au niveau de la décolonisation de l’Afrique. Ce n’est pas un hasard si c’est le Congo qui a présenté la résolution pour demander que l’affaire soit portée devant la cour de La Haye pour obtenir une opinion consultative.

C’est la raison pour laquelle Maurice doit désormais revoir le niveau de ses représentations auprès de l’Union africaine et de l’Afrique en général. Addis-Abeba devrait prendre pour nous la même importance que Bruxelles, centre stratégique pour les relations entre les pays ACP et l’Union européenne. Cessons d’envoyer des diplomates de deuxième catégorie dans ces pays. C’est toute l’île Maurice qui en bénéficierait, que ce soit dans la sphère politique, diplomatique ou économique.