Une heureuse coïncidence fait qu’au moment où sort Eve, le nouvel album qu’Angélique Kidjo dédie à toutes les femmes africaines, le réseau d’artistes Femlink propose une soirée vidéo exceptionnelle à l’Institut Français de Maurice. « Une artiste, un pays et une vidéo sur un thème commun », tel est le principe qui a permis de réunir les travaux vidéo de 64 artistes du monde entier. Ce projet a été initié et piloté par la plasticienne française Véronique Sapin et l’artiste américaine C. M. Judge qui ont recueilli des films de deux minutes auprès de ses homologues, pour réaliser huit « collages-vidéo » que les visiteurs pourront découvrir samedi 26 avril de 16 h à 22 h.
Un peu à la manière de la chanteuse béninoise qui a invité sur son nouveau disque des choristes et chanteuses de différents pays à faire entendre leurs chants, l’idée de Femlink est de permettre à des artistes talentueuses mais encore inconnues de faire connaître leur travail aux côtés de leurs consoeurs plus chanceuses. La démarche est clairement féministe en ce sens qu’elle vise à favoriser l’affirmation et la reconnaissance de l’expression artistique des femmes, si longtemps considérée comme mineure ou secondaire, et qui nécessite encore trop souvent une attention particulière pour pouvoir faire son chemin.
Finalement 134 vidéo-plasticiennes de 64 pays ont réalisé des vidéos d’art de deux minutes, chacune constituant une oeuvre en soi. Un travail de montage et d’assemblage de ces travaux a permis de composer dix collages-vidéos multiculturels. Huit d’entre eux seront projetés sur écrans géants ou diffusés sur moniteur samedi prochain, les thèmes traités étant : agression, fragilité, homme, préoccupation, protestation, résistance, vital et merveilleux. Œuvres en soi aussi, ces montages illustrent la diversité culturelle et créent un lien indélébile entre des femmes artistes aux ancrages et préocccupations très variés.
Elle-même vidéaste en plus de ses talents de peintre, Nirveda Alleck fait partie du collectif Femlink depuis plusieurs années. Elle a choisi le thème de la fragilité. Fenêtre sur la diversité de la création, ces vidéos portent aussi les créations de ces femmes à travers le monde, dans les différents pays participants notamment, s’associant aussi parfois à certains rendez-vous culturels.
L’intention du collectif est de favoriser l’expression des femmes sans pour autant imposer un discours féministe. Elle pourrait être résumée par ces mots : « Longtemps, l’esthétique s’est vue imposer des frontières, s’est vue dominée par des questions de délimitations, d’exclusions, de légitimités et de hiérarchies. Et elle servait à défendre les territoires ainsi cloisonnés, à légitimer ces frontières tenues par certains (e) s, à assurer la souveraineté d’un certain type d’art contre tout autre. Femlink s’est constituée contre cette exclusion à la parole, pour effacer les frontières entre les oeuvres et le monde et pour que d’autres points de vue, d’autres façons d’approcher le monde soient provoquées… Nous voulons Femlink, en résistance à l’uniformité, comme passeuse d’oeuvres entre flux et territoires. » Si la démarche est féministe, en ce sens qu’elle défend des vidéos réalisées par des femmes, les créations et choix esthétiques ne le sont pas forcément, chaque participante étant libre de produire des oeuvres liées ou non au féminisme, liées ou non à la condition de femme. L’objectif demeure de faire connaître la singularité d’une création quelle qu’en soit la démarche ou l’esthétique. Parmi les thèmes en cours de réalisation, celui des femmes va être réalisé par des hommes artistes.