L’Institut d’art contemporain de l’océan Indien (ICAIO) présente, ce mardi 19 juillet à 18h30, la vidéo d’art de Shiraz Bayjoo intitulée “Île de France”. Il faut oublier ce qu’on trouve habituellement derrière ce genre de titre à Maurice. Île de France n’est ni un documentaire, ni la narration de l’histoire coloniale française. Familier des créations picturales, installations et vidéo d’art, l’artiste y propose plutôt une exploration sensorielle, auditive et visuelle – pour ne pas dire physique, en raison de la barrière de l’écran – de différentes formes de vestiges du passé colonial qui demeurent présents dans l’île Maurice actuelle, parfois même dans le quotidien des habitants de manière plus ou moins intime.
Le point de départ de cette réflexion critique concerne la conscience de soi en ce sens que nous sommes le résultat d’un processus historique, qui a laissé en chacun une infinité de traces sans pour autant en laisser l’inventaire… Cette évocation du journal de prison d’Antonio Gramsci est le préambule des intentions que formulent Shiraz Bayjoo à propos de cette vidéo. Île de France met l’accent sur les objets, l’architecture et les milieux naturels qui témoignent de la rencontre entre Maurice et son passé colonial.
L’artiste mauricien propose des évocations visuelles et sonores des traces de cette histoire dans l’île Maurice actuelle, qui montre à la fin que la façon dont la nature a été modelée, l’architecture, les objets, les habitations offrent des preuves des pouvoirs de la globalisation et de l’impact de la domination coloniale. L’île Maurice contemporaine fait partie elle-même des archives du pays – des archives à ciel ouvert en quelque sorte –, où la société contemporaine laisse transparaître une superposition complexe d’acquisitions, d’intégrations et de transformations culturelles, qui se sont produites et restent perceptibles aujourd’hui.
Concrètement, le vidéaste commence en évoquant l’arrivée des premiers colons, leurs premiers pas sur ce qui allait devenir la terre mauricienne, sur une côte accidentée puis, à travers la savane, puis la forêt tropicale. La puissance motrice de la mer revient comme une métaphore des voyages maritimes et de l’interdépendance continuelle de cette petite terre avec l’immensité du monde. Des ruines des premières implantations à Grand-Port, celles d’une plantation, d’une sucrerie, le moulin à eau de la fabrique de poudre à canon, des noms gravés dans les murs du même type que ceux de l’Île de la Passe, des murs envahis, et même dévorés, par les lianes de banyans…
La caméra se déplace lentement sur une bande sonore faite de bruitages, de sons d’ambiance. Ici les pas dans la végétation, là la brise marine ou, ailleurs, le chant des oiseaux. Puis, lorsque le cinéaste s’introduit dans l’intimité de quelques maisons en bois, arrivent des chuchotements qui semblent émaner de la matière, des murs et des parquets, le son des voix et fourchettes d’un déjeuner familial, ou encore le chant mélancolique d’une femme… La lecture d’un extrait poignant sur la répression du marronnage, issu du récit d’un voyageur, des enregistrements radiophoniques historiques, tels le compte rendu de la cérémonie de l’Indépendance, un discours du Mahatma Gandhi à Genève, ou encore Ti Frer chantant Roseda font la matière sonore de ce film.
La projection sera suivie d’un échange avec l’auteur ainsi qu’avec la commissaire d’exposition, Celina Jeffery, qui travaille par ailleurs avec cet artiste basé à Londres, sur le projet Ephemeral Coast. Shiraz Bayjoo a étudié au Pays de Galles. En 2011, il était en résidence à la Whitechapel gallery et a exposé à la Tate Britain. Le nombre de places étant limité, il est vivement conseillé de les réserver au 240-8235 pour assister à cette projection gratuite.