Traiter le bégaiement avec un sentiment d’humanité et, avec ce précepte en tête, permettre aux personnes bègues de suivre régulièrement une thérapie qui peut éventuellement les amener à se défaire de leur trouble de la parole : tel est l’objectif de l’Association de Soutien et de Rééducation aux Personnes Bègues (ASRPB) dont la création, en 2008, est l’aboutissement d’une action menée par Roselyne Bugwondeen.
En 2008, gagnée par un sentiment de frustration en voyant son jeune fils (voir encadré) se morfondre dans un coin à cause de son trouble de la parole, Roselyne Bugwondeen prend son bâton de pèlerin pour aller à la rencontre d’autres personnes se trouvant dans une situation analogue à la sienne. Son but est de trouver une solution durable à son problème. Sa quête se déroule évidemment sous le signe du hasard, mais, la chance aidant, elle réussira finalement à réunir autour d’elle d’autres parents ayant un enfant bègue à leur charge. S’ensuit la création de l’Association de Soutien et de Rééducation aux Personnes Bègues (ASRPB). Ce faisant, ils saisissent l’opportunité d’offrir à ces bègues un encadrement empreint de compréhension mutuelle.
Selon Roselyne Bugwondeen, l’un des problèmes majeurs pour le bègue est celui de s’exposer à subir les moqueries des autres quand il essaye de dire quelques mots. Pour cette raison, les bègues préfèrent rester dans l’anonymat quand ils sont en public. Notre interlocutrice profite de l’occasion pour dire qu’elle souhaite que les bègues soient sujets à une meilleure compréhension de la part de tous, que le bégaiement cesse d’être considéré comme un sujet tabou…
L’association compte dans ses rangs une vingtaine de bègues de différentes tranches d’âge et de toutes les catégories sociales, en sus de leurs parents et de quelques volontaires qui ont à coeur le sort de cette catégorie de personnes.
« Grâce à la collaboration de la municipalité de Beau-Bassin/Rose-Hill, notre association bénéficie du privilège d’utiliser l’une des salles du Centre Alex Vellin, à Beau-Bassin, pour y tenir ses réunions avec ses membres. Celles-ci ont lieu à une fréquence de deux fois la semaine, avec chaque vendredi après-midi l’Atelier de Lecture et chaque samedi matin une session de thérapie de groupe. Je tiens à ajouter que l’Atelier de Lecture fait de la place également pour d’autres personnes, autre que les bègues, qui ne savent pas lire et qui nous ont préalablement demandé de se joindre à nous pour apprendre les rudiments de la lecture », affirme Roselyne Bugwondeen.
Les sessions de thérapie se déroulent sous la direction de Mme Bugwondeen, qui nous explique comment elle a été formée en vue de s’acquitter de cette tâche : « Antérieurement à la création de notre association, en 2007, j’ai eu la chance de faire la connaissance de Anne-Marie Simon, une célèbre orthophoniste française venue à Maurice, cette année-là, à l’invitation d’un groupe de bègues dans le but d’exécuter des sessions de thérapie à leur intention. Par une chance providentielle, j’ai été parmi les bègues qui suivaient ses séances de thérapie et c’est de cette manière que j’ai reçu une formation qui me permet, aujourd’hui, de conduire moi-même des sessions de rééducation à la parole. »
L’association, qui ne reçoit aucune subvention d’aucune institution, n’a pas les moyens pour retenir les services d’un orthophoniste professionnel en permanence.
Tout en admettant que le bégaiement est héréditaire dans certains cas, notre interlocutrice nous dit qu’il ne faut pas pour autant se croiser les bras face à ce défaut de la nature puisque, grâce aux sessions de thérapie, un bègue peut à la longue se défaire de son bégaiement. D’ailleurs, elle est en présence de plusieurs cas de réussite sur ce chapitre. Par ailleurs, le livre intitulé « Thérapie Globale du Bégaiement », qu’elle utilise couramment durant ses séances de thérapie, a été écrit par un bègue qui a réussi à se défaire de son bégaiement, l’Américain Philip J. Roberts.
Notre interlocutrice souligne que nos hôpitaux publics sont pourvus d’une unité de service pour les bègues. Mais en raison du caractère sporadique de ce service, les bègues préfèrent se tourner vers d’autres horizons pour trouver la satisfaction dans une thérapie à base régulière.
Saira Khoodruth a été l’une des premières personnes à se joindre à Roselyne Bugwondeen pour l’épauler dans la création de l’association. Sa fille Samira, 22 ans et son fils Isham, 19 ans, sont tous deux sujets au bégaiement. « Mes deux enfants participent régulièrement et avec enthousiasme aux différents types d’activités qui sont organisées par notre association, c’est-à-dire, les sessions de thérapie aussi bien que les activités récréatives. Par exemple, de temps à autre, il y a une sortie en plein air. Au sein de notre association, tous ensemble, nous formons une grande famille et mes enfants s’épanouissent en ayant la chance de rencontrer d’autres personnes bègues. Ils y sont à l’aise. Bref, comme dit le proverbe, si cette association n’existait pas il faudrait l’inventer », nous dit-elle.
C’est le 22 octobre de chaque année qu’est observée la Journée mondiale du bégaiement. Ce jour-là, dans le but d’être présente dans l’opinion publique, l’association exécute une activité en collaboration avec les diverses radios de l’île. Ainsi, elle est présente pendant quelques minutes à l’antenne, pour lancer un appel au public en vue d’une meilleure compréhension vis-à-vis des personnes bègues.