Au cours de ces cinquante dernières années, s’il y a une marque de référence indélébile qui a porté haut l’étendard de l’île Maurice que ce soit sur le plan local ou international, c’est bel et bien le produit-phare de Phoenix Beverages. Installés à, un point névalgique, littéralement le nombril de l’axe routier du pays, le QG et la brasserie de Phoenix n’échappent pas à l’attention du commun des Mauriciens ou encore des étrangers qui débarquent au pays pour la première fois. Pour Phoenix Beverages , J’u suis et J’y reste semble être le motto au cours de ces cinq dernières décennies en accompagnant le développement économique, technologique et social du pays.
Aujourd’hui, Phoenix Beverages brasse un chiffre d’affaires de Rs 4,23 milliards, soit en progression de 12,8% en 2012 comparativement au précédent exercice financier. Elle emploie aujourd’hui un millier de personnes contre 35 en 1963 et produit 1,3 millions d’hectolitres de boisons, dont 14 sans alcool et 16 alcoolisées. Des profits de Rs 192 millions ont été réalisés lors de la dernière année financière même si le volume des ventes a accusé une baisse de 3,9% d’une année à l’autre. Cette performance s’explique d’abord par une compétition plus accrue sur le marché de la bière à Maurice, avec l’arrivée de nouveaux concurrents et une gamme de produits plus élargie mais aussi en raison de la baisse du pouvoir d’achat des Mauriciens.
Toutefois, la société Phoenix Beverages ne compte nullement baisser les bras même dans une conjoncture marquée par des difficultés. Le maître-mot au cours de ces 50 dernières années a été l’investissement pour assurer la progression de l’entreprise avec comme résultat qu’aujourd’hui, la capacité de production a été décuplée, passant de 30 000 hectolitres au démarrage de la brasserie en 1963 à   300 000 hectolitres cette année.
Les investissements consentis récemment de l’ordre de Rs 2,7 milliards contrastent avec le Seed Capital engagé dans la brasserie au tout début. Avec une consommation annuelle de quelque 1,8 millions de litres de bière au début des années 60, la Phoenix Camp Mineral flaire un potentiel de percée sur un marché nouveau. Les contacts établis avec le groupe Meura en Belgique débouchent sur un projet de brasserie avec une capacité de trois millions de litres et des facilités de paiements étalées sur quatre ans.
L’investissement requis pour concrétiser cette première brasserie mauricienne alors que le pays était engagé dans des négociations et consultations menant à l’indépendance, dont la proclamation du Self-Government, était de Rs 2 millions. Aux normes d’aujourd’hui, cette enveloppe financière permet difficilement de faire l’acquistion d’un appartement avec un minimum de confort. Mais pour le début des années 60, Rs 2 millions représentaient une somme énorme. Ce n’est pas Pierre A. Hugnin, un des fondateurs de la brasserie de Phoenix, qui dira le contraire.
Dans ses réminiscences, Pierre A. Hugnin se rappelle encore comme si c’était hier les difficultés pour assurer le montage financier nécessaire ou encore le Marketing de cette souscription d’actions. «Un propectus fut émis invitant des souscriptions publiques, mais suite aux difficultés rencontrées par les nouvelles industries, le public ne manifesta pas d’intérêt, malgré les facilités offertes aux souscripteurs», fait-il comprendre.
L’acquittement de l’action de la Mauritius Breweries Limited à valeur faciale de Rs 10 était échelonné en trois étapes, soit Re 1 en décembre 1961, Rs 4 en mars 1962 et Rs 5 le 30 juin 1962. «Les Mauriciens n’étaient pas conditionnés à souscrire dans de nouvelles industries. Il a fallu donc approcher personnellement des commerçants et des connaissances qui ont bien voulu nous faire confiance, car nous avions refusé des capitaux étrangers afin de garder une entité mauricienne», souligne le père-fondateur de la Mauritius Breweries Limited.