Est-ce que l’interdiction à l’exportation décidée par le ministère du Commerce pour combattre le vol de vieilles ferrailles, plus particulièrement le cuivre, aurait été levée ? C’est la question que se posent les acteurs du milieu concerné depuis qu’ils ont appris qu’un container contenant des lingots de cuivre serait sur le point d’être embarqué sur un cargo à destination de Dubaï.
L’exportation de la vieille ferraille est gérée par la loi de 2112 qui stipule que les métaux exportés doivent l’être dans leur forme originale. C’est, officiellement, pour tenter de mettre fin au vol organisé de la vieille ferraille — plus particulièrement du cuivre — que le gouvernement a décidé d’interdire son exportation. Cette mesure est combattue par une majorité d’acteurs du secteur qui disent être en mesure de prouver la provenance de la marchandise qu’ils veulent exporter. Mais cet argument n’a pas été retenu par le ministère du Commerce qui a maintenu l’interdiction.
Le 15 janvier, le Conseil des ministres décidait qu’avant d’être exportés les métaux devaient être fondus. Cette décision a provoqué un autre tollé, car une seule entreprise mauricienne semble pouvoir fondre les métaux : la compagnie Samlo appartenant à l’ex-ministre Gowressoo. Les exportateurs affirment que les nouveaux règlements semblent avoir été taillés sur mesure pour les intérêts de la firme Samlo, dont le directeur principal est une « star witness » du gouvernement dans l’affaire Betamax.
En effet, l’ex-ministre de Navin Ramgoolam — récemment décoré par le gouvernement de l’Allliance Lepep — a témoigné contre son ancien Premier ministre et leader en affirmant qu’il avait été forcé de signer certains documents dans l’affaire Betamax. Les exportateurs ajoutent qu’une chose étrange s’est passée lors de leurs discussions avec les officiels du ministère du Commerce sur les règlements annoncés le 15 janvier. Non seulement Samlo n’était pas représentée dans ces négociations, mais certaines déclarations des officiers du commerce peuvent donner le sentiment qu’ils défendent les intérêts de la firme de l’ex-ministre Gowressoo.
Alors que les négociations sont actuellement en cours entre le ministère du Commerce et les entreprises du secteur de la vieille ferraille sur cette décision gouvernementale, on vient d’apprendre qu’un conteneur chargé de cuivre est sur le point d’être embarqué sur un cargo. Selon les renseignements disponibles, une entreprise aurait demandé et obtenu l’autorisation du ministère du Commerce d’exporter un conteneur de cuivre qui attend d’être chargé sur un cargo à destination de Dubaï. Selon ces informations, ce conteneur a été déclaré comme étant un chargement de copper lingots (new), autrement dit des lingots de cuivre neufs. Le cargo qui devait arriver à Maurice la semaine dernière a subi des retards sur son programme. Il arrivera à Port-Louis le 22 mars pour repartir le 24 avec, théoriquement, le container chargé de lingots neufs de cuivre et aurait déjà obtenu les autorisations nécessaires
Cette information suscite des protestations et des interrogations dans le secteur de la vieille ferraille. Les acteurs de ce secteur s’interrogent sur la provenance du cuivre fondu et sur l’endroit où la fonte — qui doit se faire à plus 1000 degrés — a été effectuée ? Mais la question la plus importante est la suivante : est-ce que le ministère du Commerce a levé en catimini l’interdiction sur l’exportation des métaux ?