Avec Ros pou bos, Arlette Perrine Bégué vient en quelque sorte souligner le potentiel politique de la poésie et l’inverse si la politique est entendue dans son sens le plus noble. L’ancienne commissaire à la culture de Rodrigues a su exploiter pour ce livre l’aspiration à la justice sociale et au développement de son île, ainsi que le caractère poétique de sa géographie comme de ses paysages et ses habitants souvent très touchants.
Ces rêves et aspirations communs à l’ensemble d’un peuple sont nés sur un terreau d’injustice, de délaissement et de désoeuvrement, qui semblent avoir été les principales caractéristiques de la politique qu’ont successivement mené les colonies françaises puis britanniques, et contre toute attente le gouvernement de l’île Maurice indépendante, qui n’a semblé le plus souvent s’intéresser à l’île lointaine qu’au moment de rassembler des votes.
Tout le lyrisme et toute la nostalgie d’un monde rêvé que ces constats peuvent engendrer se trouve concentré dans le petit ouvrage que vient de publier Osman Publishing. Ros pou bos ou un rocher en plein océan dresse à travers une collection de textes en vers ou en prose une vision assez complète des sentiments mêlés de désoeuvrement et d’espoirs infinis, que peuvent ressentir les Rodriguais.
La nature, la géomorphologie et la constitution basaltique sont particulièrement présentes dans Ros pou bos, faisant à chaque pas corps avec le destin des humains. « Met ou lipie la / Bouz bouze dans sa mazok-la / Napa pour ripe la / Parski pa enn dal siman sa / Pa nonpli enn platform tif sa / Me ros an pavman. » Ailleurs la démographie déclinante avec le départ de nombreux jeunes vers une vie outremer est opposée à l’immobilité et la durabilité des roches basaltiques, des suites basaltiques qui semblent constituer l’ossature de l’île depuis des millénaires et pour des millénaires encore. Et le poète en Arlette Perrine Bégué s’amuse bien à décrire la structure géologique de l’île.
Espoir et louanges
Les textes sont parfois éminemment politiques, probablement autobiographiques aussi. Elle invite à faire sortir la rage, relever la tête et exprimer son sens de la dignité pour ne pas être traité comme les malingres galets de plage « lisses et arrondis avec le temps et l’oubli ». La désillusion après ces années de gouvernement régional s’exprime, mais l’espoir est clamé d’autant plus fortement : « Comme du piment brûlant les yeux / La vérité ne peut pas les aveugler / Qu’elle sert donc à ce que / L’inutile se courbe devant les perspectives / Pourquoi pas à la mesure de celle du récent passé / Qui avait si bien su être porté / Quand on se concentrait sur la nécessité. »
Œuvre patriotique par excellence, cette ode à Rodrigues démontre une grande ambition pour son pays et une admiration sans limite, un peu à la manière des grands chantres romantiques de la république dans d’autres pays. Ros pou bos invite à relever la tête et incite à la bravoure, dans un style parfois un peu emphatique, mais le plus souvent riche du soucis de toucher, de transmettre et d’instruire. Le linguiste Arnaud Carpooran a trouvé le mot juste en parlant d’un ouvrage « stimulant » et en louant « ses grandes qualités littéraires ». Amédée Nagapen écrit pour sa part ceci : « Soyez vivement félicitée de votre talent à susciter une relation vivante et vigoureuse avec le sol rodriguais. »
Un texte à découvrir donc pour lequel l’auteur a su aussi s’entourer de conseils judicieux pour garantir la qualité de ses textes.