Le 180e anniversaire de l’Abolition de l’esclavage a amené la parution de plusieurs ouvrages dont un a priori destiné aux jeunes lecteurs, que l’auteur a intitulé selon la formule très répandue se terminant par « raconté à mon fils et à ma fille »… Vu l’enjeu crucial de la transmission de l’histoire de l’esclavage aux nouvelles générations, l’ouvrage de Benjamin Moutou a le grand mérite d’exister, mais le résultat s’avère décevant, notamment à cause de son style adulte et des nombreuses coquilles et fautes d’orthographe, si regrettables dans un livre distribué gratuitement dans les collèges.
L’intérêt de tous ces livres très en vogue « raconté à mon fils, à ma fille » ou « à mes enfants » est qu’il suscite l’attention et la curiosité des jeunes lecteurs en traitant, sous la forme d’un dialogue personnalisé et stimulant, des sujets d’histoire, de géographie ou de sciences émanant du monde des adultes. Cette forme d’ouvrage à lire hors des heures de classes rend accessible à des jeunes en plein apprentissage, des notions fondamentales pour comprendre la société où ils voleront de leurs propres ailes plus tard…
La littérature jeunesse à vocation didactique exige un important travail éditorial dont l’objectif est de restituer les informations de manière claire et suffisamment précise pour ne pas induire de fausses interprétations ou créer des confusions, tout en ne rentrant pas trop dans les détails pour que cela reste assimilable… Lorsqu’on aborde des sujets aussi complexes, sensibles et émouvants que l’histoire de l’esclavage, la tâche est d’autant plus délicate. Aussi, l’entreprise en est-elle courageuse, qui plus est après des auteurs de la dimension de Christiane Taubira, qui « a raconté l’esclavage à sa fille » il y a quelques années. Malheureusement, la lecture du livre de Benjamin Moutou lancé à l’ouverture du colloque international, à la veille du 1er février, nous indique que l’équipe qui a réalisé ce livre est allée trop vite en besogne.
« De l’esclavage au marronnage raconté à mon fils et à ma fille » a pris le parti de dire l’essentiel de manière chronologique sachant que l’auteur va heureusement jusqu’au dénouement de l’Abolition, qui a permis d’établir les premiers grands principes d’égalité entre tous les citoyens. Le texte se présente sous la forme d’un enchaînement de questions censées être posées par les enfants, auxquelles l’auteur censé être le père, répond.
La formulation des questions par la fille ou le fils fictif a le don d’interroger sur l’âge du lectorat espéré… car les expressions choisies sont à l’évidence très souvent celles d’un adulte et les réponses fournies sont écrites dans un style tel que l’on destinera ces textes à de grands adolescents qui maîtrisent bien le français et qui ont de l’esprit critique, autrement dit qui ont plus de 16 ans…