Priya N. Hein vit en Allemagne mais elle y cultive assurément avec passion et enthousiasme, le souvenir de ces histoires mauriciennes que l’on a coutume de raconter aux petits le soir quand la nuit tombe. Écrits en anglais, ses contes de l’île Maurice ont été traduits par Petiot Nahaboo, une première pour ce scientifique qui ne lit guère de fictions, ce qui donne un petit livre bilingue à retourner, assorti d’une jolie petite couverture illustrée.
Préfacé par Alexandra Webber Isaacs (auteur chez le même éditeur de Nana), cet ouvrage vient enchanter l’idée d’une terre mauricienne en donnant corps à la sirène qui hante les abords de Gris Gris et La roche qui pleure, en racontant les fées de Grand Bassin, en narrant une triste histoire d’excision et de déportation bien de chez nous, de ces histoires chagossiennes dont les Anciens de l’archipel ont le secret gravé en lettre de feu dans le coeur.
Priya Hein nous parle aussi de La Buse, ce fameux pirate qui a hanté les Caraïbes puis écumé l’Océan Indien avant d’être pendu en 1730 à Saint-Paul de la Réunion… Cette histoire qui remonte à une époque où il fallait véritablement être kamikaze pour prendre la mer, Olivier Le Vasseur a si bien laissé son empreinte dans nos eaux que bien après sa mort, un criminel d’une autre catégorie, complice lettré de Sitarane, le fameux Saint-Ange, prétendait avoir volé un os dans la tombe de La Buse, relique qui le protégeait du malheur.
En fait, si cette tombe existe bel et bien, si elle est visitée par de nombreux touristes et signalée par les guides, les historiens savent bien qu’il est impossible qu’Olivier Levasseur ait été enterré au cimetière marin de Saint-Paul qui n’existait tout simplement pas à l’époque où il a été exécuté sur ordre du gouverneur. Voilà pourquoi ce personnage effrayant a donné naissance à tant de légendes qui se racontent depuis plus de trois siècles, et que des chercheurs d’or traquent encore ses secrets sonnants et trébuchants enfouis dans quelque terrain, caverne ou cache de nos îles, et que des Mauriciennes exilées en font parfois des contes tels que celui de L’île au trésor, que Priya N. Hein écrit dans son livre aux côtés de Paglididi ou de l’étrange Mamzelle Saint-Jean…
Priya Hein (née Raghooputh) n’en est pas à sa première publication avec ce livre puisqu’elle a déjà publié et illustré des ouvrages pour la jeunesse dans différentes langues, en anglais, français, créole ou allemand. Elle est déjà éditée chez Orphie à la Réunion, elle publie aussi chaque mois une histoire dans un journal britannique. Et son éditeur de nous confier qu’elle entend bien continuer cette collaboration.