Le magazine souvenir publié par le Morne Heritage Trust Fund (MHTF) dans le cadre des commémorations du 180e anniversaire de l’Abolition de l’esclavage présente, dans un ensemble richement illustré, les différents aspects de l’histoire et de la mémoire de l’esclavage. Cet ouvrage, tiré à 3 000 exemplaires, est largement distribué dans les collèges, et toute personne intéressée peut en demander une copie gratuite en s’adressant aux représentants du MHTF.
Le magazine souvenir vient marquer les 180 ans de l’Abolition de l’esclavage d’une pierre blanche en faisant appel à une grande diversité d’expertises, qui illustrent et valorisent dans toute sa richesse, le travail de réflexion et de création que la mémoire de l’esclavage et du marronnage peut engendrer. Cet ouvrage montre d’une belle manière que nous sommes effectivement dans une phase de résilience, comme l’indiquait le thème du colloque international Yer rezistans, zordi rezilians.
Même si nous savons que du chemin reste à parcourir pour que chacun vive avec ce sentiment qui permet de transcender les traumatismes, nous pouvons en trouver des exemples tout à fait concrets dans ce magazine. Le texte de Colette Le Chartier sur le sega de Ti Frer permet de comprendre clairement le rôle fondamental qu’a joué cette expression dans la vie quotidienne de la population mauricienne. Le poème flamboyant d’Edouard Maunick et les paroles de la chanson de Menwar en donnent une autre illustration par le verbe, de même que le poème de Jean Erenne Sega de la liberté ou le texte de Jean-Clément Cangy sur le sega, qui cite plusieurs extraits de chansons.
Ce magazine s’ouvre sur le texte même de la proclamation de l’Abolition dans ses versions anglaise, française et créole. Il rappelle, de manière synthétique, les missions attachées au statut de paysage culturel décerné par l’Unesco. Plus loin, différents chercheurs présentent leur travail dans un langage accessible, apportant chacun un éclairage différent et complémentaire sur l’histoire de l’esclavage et ses conséquences. Alain Romaine se consacre à l’histoire maritime avec la présentation du projet de reconstitution du navire négrier Le Saturne. Stephan Karghoo, du centre Nelson Mandela, évoque, lui, le bassin aux esclaves qui vient enfin d’obtenir une reconnaissance officielle, tandis que Maya de Salle-Essoo résume son travail sur les rites et rituels hérités des ancêtres. Les Africains libérés avec Satyendra Peerthum, des histoires familiales avec Sophie Le Chartier, les premiers éclaircissements sur le lieu appelé Makak avec Chip Colwell, les découvertes archéologiques du cimetière aux esclaves avec Krish Seetah, ou, plus loin, différents sites à connaître à travers le pays, sans oublier le témoignage transmis par la tradition orale de Tantinn Mirten… Tout cela contribue à se faire une idée assez complète de tout le travail accompli. Un seul regret, le texte imprimé sur des photographies est à certains endroits trop sombres et, donc, difficile à lire.