Le journaliste et poète Richard Sedley Assonne a conclu l’année en apothéose, à travers la parution de son ouvrage intitulé Ségatiers. Agrémentée de plusieurs photos de têtes bien connues de notre séga national, la couverture donne déjà une idée à la fois de la richesse de l’ouvrage et de son côté assez fouillis, ce qui enlève malheureusement à son charme. Toute personne qui s’intéresse au séga et aux cultures de l’océan Indien se fera un devoir de lire cet ouvrage qui rassemble sur 650 pages une présentation de tous les hommes mauriciens qui ont fait du séga leur passion et leur passe-temps favori, un chant qui se partage de village en cité, d’île en île et d’un continent à l’autre.
Ce livre représente à l’évidence un immense travail de collecte d’information auprès de tous ces hommes qui font le séga ou qui en transmettent la mémoire. Les textes sont truffés d’anecdotes et l’on est régulièrement surpris de découvrir au détour d’une page le nom d’un artiste inconnu que l’auteur est allé dénicher dans nos plus beaux souvenirs et ceux d’amis du patrimoine oral que sont les Fanfan et autres Marclaine Antoine. Ce livre fera date dans la mesure où il ne s’en tient pas seulement aux têtes d’affiche les plus connues qui ont abreuvé quitte à se répéter plusieurs ouvrages publiés dans le passé sur notre art national. Il fera date car il passe en revue un panel extrêmement large de chanteurs, y compris ceux qui affectionnent un autre style musical et n’ont été que de passage dans l’univers du séga.
Avant les quelque 540 pages qui alignent portraits et anecdotes sur ces personnages qui ont apporté joie et nostalgie au public, le tout étant le plus souvent assorti des paroles des chansons les plus marquantes, l’auteur brosse en préambule l’état d’esprit de ce livre rappelant qu’il navigue lui-même depuis longtemps dans le milieu du séga ayant écrit sur les femmes du séga, sur Kaya et Gérard Louis, ayant aussi proposé un essai sur l’américanisation de notre folklore. Un bémol avant d’énoncer d’autres atouts à ce livre : ses futurs lecteurs devront s’armer de patience pour se retrouver dans un ouvrage de 650 pages appelé à être feuilleté en tous sens, pour lequel l’absence de sommaire se fait douloureusement sentir. Aussi devra-t-on mettre un mouchoir sur le style parfois très parlé de ce qui peut y être écrit et sur la mise en page des textes qui n’a visiblement pas été achevée. Une fois dépassées ces faiblesses qui pourraient aisément être réparées dans une prochaine édition, on dégustera tout cela avec gourmandise et fraîcheur.
Reprenant des éléments historiques, définitions et instruments, il ouvre ainsi plusieurs pistes de réflexion qui pourraient intéresser ceux qui se pencheront un jour sur un tant espéré musée du séga, ou encore sur le dossier de candidature au classement de notre forme d’expression la plus populaire au patrimoine mondial de l’humanité. L’auteur publie aussi de larges extraits du mémoire de master de Posheela Paniken et Bernard Terramorsi sur la représentation de la femme dans les textes de séga mauricien, un texte qui laisse songeur quand on pense que nos féministes ne se soient guère émue de ces grossières pratiques. Ce texte est édifiant tant dans la réflexion sur le genre et la création que dans l’importance considérable du séga en tant que « laboratoire social de la société mauricienne ».