Cela aurait pu être une belle plongée dans l’histoire, une balade ponctuée par les édifices d’antan. Mais le spectacle est désolant. Il témoigne d’un profond mépris pour le patrimoine et pour le passé. Face à cette indifférence, le village de Vieux Grand Port et ses ruines tentent de faire vivre les traces du berceau de l’histoire mauricienne.
C’est un vrai champ de désolation. Des tombes en piteux état réduites à des amas de pierres, des épitaphes illisibles pour la plupart. Quelques vieilles pierres tombales tentent de résister au temps. Le souvenir s’effrite. Avec lui, des pans entiers de l’histoire ont été abandonnés, quand ils ne sont pas dévalisés par des pilleurs venus voler les pierres taillées et le marbre. Des feuilles mortes et des racines ont pris possession de cet endroit, Protected by law as a National Monument, comme le précise le panneau érigé sur les lieux. Aussi invraisemblable que cela puisse paraître, nous sommes bien sur le site du premier cimetière hollandais de Vieux Grand-Port. Il aurait suffi d’un peu de volonté pour restituer sa vraie valeur aux lieux. Mais l’histoire est tombée dans l’oubli.
Miguel Matombé, pêcheur de son état, éprouve un sentiment de colère et de honte. “Cela fait des années que plusieurs habitants tentent de sauver ce cimetière hollandais. Personne ne semble intéressé à nous écouter. Personne n’est venu faire un constat de la situation. Pourquoi avoir mis un panneau et classé ce lieu monument historique pour le laisser ensuite dans cet état ? Il n’y a pas de clôture, la terre est lavée à chaque grosse averse. Les racines détruisent les tombes et des gens viennent également voler les pierres. C’est un manque de respect envers les morts. J’ai honte que notre village n’arrive pas à préserver un lieu aussi chargé d’histoire.”