Maurice a suivi le pas et réalisé son tout premier Stigma Index sur les Personnes Vivant avec le VIH (PVVIH). L’exercice vise à évaluer dans le réel et sur le terrain le degré de discrimination dont sont victimes les PVVIH. Ce document sera très bientôt rendu officiel. Il sera également inclus dans le nouveau National Strategic Framework (NSF) sur cette maladie, qui devrait être présenté sous peu par le PM. Ce Stigma Index a été élaboré par le National AIDS Secretariat (NAS), avec le concours de Divya Dethier, étudiante américaine à Maurice depuis novembre dernier.
Amita Pathak, responsable du NAS, a de quoi être fière : d’abord, l’organisme a réalisé le tout premier Stigma Index pour Maurice, « un document inestimable, un outil de travail qui va nous permettre, dans le court et long termes, de définir nos stratégies face à la discrimination rencontrée dans le quotidien ». Ensuite, parce que « dans le monde entier, c’est la société civile qui normalement s’acquitte de réaliser ce document. Or, Maurice est l’un des rares pays au monde où c’est le gouvernement, via donc le NAS, qui a pris cette responsabilité. »
Le NAS a bénéficié de l’apport d’une jeune étudiante américaine, Divya Dethier, pour la réalisation et l’élaboration du Stigma Index. « J’ai toujours été très intéressée par l’aspect humain dans la dispensation des soins, explique la jeune femme au Mauricien. De fait, le VIH étant un domaine qui touche à tous les aspects de la vie et du quotidien, j’ai pensé que ce serait bien de réaliser un projet en ce sens. »
L’étudiante, de père belge et de mère indienne, habitant Washington, fait ainsi une demande de bourse de la Fulbright Alumni et atterrit à Maurice, au NAS. Elle participe alors à l’élaboration du Stigma Index, qui comprend : la traduction d’un questionnaire très élaboré, s’attachant à tous les aspects de la vie des PVVIH, en créole mauricien ; la sélection des field workers qui ont procédé aux interviews ; la formation de ces derniers, entre autres ; de même que la rédaction et la compilation des données.
« L’idée, explique D. Dethier, était d’évaluer quantitativement et qualitativement, le degré de stigmatisation dont sont victimes les PVVIH mauriciens. » Le questionnaire, « est un prototype utilisé à travers le monde entier ; c’est-à-dire, qu’il est universel et comprend donc les grands axes de la vie. Nous avons cependant ajouté un pan très spécifique au contexte mauricien, pour rester dans la conjoncture locale et vu que l’épidémie, ici, est concentrée auprès des groupes vulnérables que sont les Usagers de Drogues Injectables (UDI), les travailleuses du sexe, entre autres. »
Pendant ces huit derniers mois, l’étudiante, soutenue par l’équipe du NAS et des bénévoles de PILS et d’autres ONG ont oeuvré pour compiler les données relatives à la discrimination vécue et subie dans les endroits publics ; surtout les centres de santé, les lieux de travail et la maison. « On doit dire que les résultats sont loin d’être aussi alarmants que l’on redoutait, estime Amita Pathak. Nous pensions sérieusement que la situation était beaucoup plus grave. » Pour D. Dethier, « on peut dire qu’il y a une dizaine d’années, si on avait réalisé ce rapport à ce moment-là, les retombées auraient été aussi inquiétantes. »
Or, s’accordent nos deux interlocutrices, « depuis ces dernières années, fort des activités soutenues tant par la société civile, les ONG, les agences de l’État, entre autres, une certaine campagne d’information fait que le degré de discrimination est moins fort que l’on estimait ».
Certainement, soutiennent A. Pathak et D. Dethier, « là où la stigmatisation est ressentie de manière plus accentuée, ce sont dans les services hospitaliers et les centres de santé. Sans vouloir généraliser, nous avons été témoins de situations où il y a eu non respect de la confidentialité, par exemple. Ou d’autres où les médecins ou personnel paramédical ont manqué de respect envers les PVVIH… », soutiennent nos deux interlocutrices.
Ce premier Stigma Index « est un outil de travail qui sera circulé aux acteurs dans la lutte contre le virus, maintient Mme Pathak. Il sera également inclus dans le NSF qui sera validé et présenté dès que le Premier ministre jugera le moment venu ». Qui plus est, ce document sera « revu et remis à jour dans trois ans. C’est le processus normal. Et dans trois ans, nous espérons que ce sera la société civile qui le réalisera ! »