Procédant à l’ouverture d’un atelier de travail sur la recommandation N° 200 de l’Organisation Internationale du Travail (OIT), portant sur le VIH/Sida sur le lieu du travail, Shakeel Mohamed s’est montré très critique envers les syndicalistes. Le ministre du Travail les a accusés de ne pas s’intéresser à la mise en oeuvre de cette recommandation, car « cela ne rapporte pas de fonds ». Jane Ragoo, présidente de la Confédération des Travailleurs du Secteur Privé (CTSP), qui assistait à cette cérémonie, a quitté la salle. Elle s’est dit blessée par les propos du ministre et a laissé entendre qu’elle compte lui adresser une lettre pour énumérer tout ce que la confédération a fait depuis l’adoption de cette recommandation en 2010.
Cet atelier de deux jours est organisé par le ministère du Travail, en collaboration avec l’OIT. La Malgache Farah Juliette Razafiarisoa, spécialiste de l’OIT sur la question du VIH/Sida, a d’ailleurs fait le déplacement à cet effet. Le but de cet atelier, qui regroupe les employeurs, les organisations non-gouvernementales (ONG), les syndicalistes et les représentants du ministère du Travail, entre autres, est de mettre au point les actions nécessaires pour appliquer la recommandation N° 200 sur les lieux de travail à Maurice.
Le ministre Shakeel Mohamed a d’abord fait ressortir que la question revêt d’une extrême sensibilité et nécessite une certaine confidentialité. « Nous avons toujours suivi les conseils de l’OIT, mais il faut aussi savoir que la société mauricienne est très curieuse. Certaines personnes refusent de faire un dépistage simplement pour ne pas subir les conséquences. »
Tout en faisant ressortir que le gouvernement ne peut amener les gens à changer leurs mentalités, le ministre du Travail a parlé de la responsabilité des représentants des travailleurs. « Malheureusement, les syndicalistes ne s’intéressent pas à la question. Qu’ont-ils fait pour aider le gouvernement à implémenter la recommandation. Où est leur part de responsabilité ? »
Shakeel Mohamed est allé plus loin en avançant que la question du VIH/Sida n’intéresse pas les syndicalistes car « cela ne rapporte aucun fonds. » Il a par la suite ajouté que le gouvernement lui, ira de l’avant avec la recommandation. « Les syndicats et la MEF n’ont pas fait ce qu’il fallait. J’attends le jour où les représentants des employés et les employeurs assumeront pleinement leurs responsabilités sur cette question. Je ne veux pas de demi-mesure. »
Devant une telle sortie du ministre du Travail, Jane Ragoo, qui assistait à la cérémonie, n’a pas tardé à quitter la salle. « Je suis profondément blessée par les propos d’un ministre qui n’a pas fait son homework avant de critiquer », a-t-elle déclaré au Mauricien. La présidente de la CTSP fait ressortir que dès l’adoption de la recommandation n° 200 en juin 2010, Reaz Chuttoo et elle-même ont porté la question au Health and Safety Advisory Council. « Nous avons également organisé un atelier de travail sur la question avec la participation d’un l’expert de l’OIT. Ce qui nous a permis de voir que Maurice ne pourra ratifier la recommandation n°200 car tous les travailleurs étrangers doivent obligatoirement faire un test de dépistage du VIH. »
L’article 1 de la recommandation, stipule en effet que les travailleurs séropositifs ne doivent pas être victimes de discrimination.
Dans le même souffle, Jane Ragoo indique que la CTSP n’a jamais oeuvré pour obtenir des fonds. De même, la présidente de la CTSP regrette que malgré l’existence de la National Aids Committee, « jamais nous n’avons été approchés en tant que syndicalistes pour avoir une formation sur le VIH/Sida. Nous ne sommes pas invités non-plus aux séminaires où n’assistent que des fonctionnaires. Il y avait même un syndicaliste de la fonction publique qui siégeait sur le board de la Natresa, qu’a-t-il fait ? »
Jane Ragoo ajoute que c’est grâce à son affiliation à IndustriAll Global Union que la CTSP a pu bénéficier des formations sur le VIH. « Depuis trois ans, nous organisons des campagnes de sensibilisation à Maurice et à Rodrigues, avec la collaboration de Vimla Judoonundun. C’est malheureux de constater combien de femmes ne sont pas au courant de l’existence d’un préservatif féminin. Nous avons même réalisé un film, des pamphlets et un magazine sur le sida pour sensibiliser les travailleurs. Nous avons également des accords collectifs signés avec les employeurs et comprenant des clauses de protection pour les travailleurs séropositifs. »
La recommandation 2010 (N°200) reconnaît le monde du travail comme une plateforme importante dans la lutte contre le sida. Elle stipule également que les employés séropositifs ne doivent être victimes de discrimination et que la confidentialité sur leur état de santé doit être assurée par l’employeur.