D’octobre 1987 à décembre 2013, le nombre total de personnes vivant avec le VIH/sida recensées à Maurice s’élève à 5 768. Parmi, 1 242 sont des femmes. Quant aux nouveaux cas, le National Aids Secretariat en a enregistré 260 en 2013 contre une moyenne de 545 entre 2004-2010, ce qui représente une baisse. Pour le National Aids Coordinator, Dr Amita Pathack, si les chiffres sont encourageants, le soutien de la communauté en général dans ce combat est nécessaire.
Suite à des mesures préventives telles la distribution de nouvelles seringues et de méthadone parmi les toxicomanes, le pourcentage de transmission par voie intraveineuse a considérablement diminué de 92 % en 2005 à 68,1 % en 2011, 47,2 % en 2012 et 38,1 % en 2013. Durant le mois de décembre 2013, les Virology Laboratory Services du ministère de la Santé ont enregistré 20 nouveaux cas de VIH/sida parmi la population mauricienne. La moyenne mensuelle des nouveaux cas, qui était de 46 en 2006 a chuté à 33 en 2011, 27 en 2012 et 22 en 2013.
Entre 2004 et 2010, la moyenne annuelle de nouveaux cas de contamination s’élevait à 545 à l’exception de 2005 où 921 cas avaient été rapportés, principalement dans le milieu carcéral. En 2011, le nombre de cas a chuté à 401 contre 568 en 2010. D’autre part, une baisse de 19 % a été enregistrée entre 2012 et 2013 lorsque le nombre a diminué de 320 (2012) à 260 (2013).
En fonction des sexes, 1 242 des 5 768 contaminés (d’octobre 1987 à décembre 2013) étaient des femmes, soit une représentation de 21,5 %. Les nouveaux cas de femmes contaminées ont par contre accusé une hausse ces dernières années, allant de 25,7 % en 2011 à 32,8 % en 2012 et 41,9 % en 2013. Ceci s’explique principalement, dit le National Aids Secretariat (NAS), par la « tendance décroissante dans l’incidence du VIH/sida et la réduction de la transmission par voie intraveineuse ».
S’agissant des modes de transmission, le NAS indique que de tous les cas de VIH/sida enregistrés depuis 1987, 71,1 % étaient dûs à la prise de drogue par voie intraveineuse. Une hausse drastique de la transmission par cette même voie a été notée dans un premier temps avant que l’on enregistre ensuite une baisse constante. En effet, en 2000, 2 % seulement des nouveaux cas étaient attribués à ce moyen de transmission. En 2005, le pourcentage avait atteint 92 %. Mais, suite à l’introduction de mesures préventives en 2006, le pourcentage a diminué, passant de 68,1 % en 2011 à 47,2 % en 2012 et 38,1 % en 2013.
Analysant ces chiffres, le Dr Amita Pathak indique que « plusieurs indices montrent que le nombre de transmissions a diminué. Quand on procède à des dépistages parmi les toxicomanes en milieu carcéral, d’où sont issus la majorité des infectés, on trouve que le nombre a diminué ». Elle note par ailleurs une baisse constante au niveau des nouveaux cas de transmission entre 2011 et 2013. « Tout laisse croire que ce sont les mesures qu’on a prises en distribuant des seringues propres aux toxicomanes et en leur donnant de la méthadone pour qu’ils n’aient pas à se piquer qui ont aidé à cette baisse ».
Homosexuels et travailleuses du sexe
Si le travail porte ses fruits en milieu carcéral, pour le Dr Pathak, il importe de renforcer les mesures préventives parmi les autres groupes à risques tels les homosexuels et les travailleuses du sexe. « Celles-ci se protègent mais ce sont les clients qui sont les plus vulnérables. Ils ne se protègent pas ». Il y a par ailleurs, souligne la National Aids Coordinator, « des couples où un des deux partenaires est séropositif et souvent dans les couples on ne fait pas usage de préservatifs. Il faut se concentrer sur tous ces groupes ».
Depuis les nouveaux guidelines de 2013 en la matière, ajoute-t-elle, « aussitôt une personne diagnostiquée, on lui prescrit des médicaments ». Si les campagnes de sensibilisation sont généralement bien accueillies parmi les divers groupes, « changer de comportement, par exemple se protéger quand on a des relations à risques et ne pas se partager une même seringue, s’avère plus difficile. Il faut se dire que tout le monde est à risque et qu’il importe de prendre des précautions ».
Les jeunes sont-ils plus à risques ? « Beaucoup des moins de 25 ans sont à risques. Il y a ceux qui s’injectent des drogues avant l’âge de 20 ans ; il y a les jeunes filles qui travaillent dans les rues et dans les massage parlours. L’initiation au travail du sexe se fait normalement entre 15-18 ans et à cet âge, il leur est difficile d’imposer au partenaire le port du préservatif ».
Parmi les nouveaux cas, indique Mme Pathak, on compterait entre 18 et 20 % de jeunes chaque année.
De 921 nouveaux cas en 2005 à 260 en 2013, le chiffre est « très encourageant », affirme notre interlocutrice. « Le programme jouit du soutien du Bureau du Premier ministre. Mais, ce qui manque, c’est le soutien de la communauté. Souvent, surtout pour ce qui est de la méthadone, les habitants d’un quartier ont tendance à protester. Ils sont bien d’accord pour qu’il y ait prévention à travers la distribution de la méthadone mais pas près de chez eux car les toxicomanes ont tendance à s’attrouper. Ils se sentent alors menacés ». Une meilleure compréhension de la part des habitants de ces quartiers serait bénéfique, dit-elle.
D’après un mathematical modeling effectué par le NAS, « si nous continuons à appliquer les méthodes de prévention et la prise en charge, la baisse dans le nombre de transmissions se poursuivra ».
Le NAS, qui est reconnu au niveau international, a été cité par Best Practice et Smart Investment, une publication de l’ONUsida.