Ceux qui souhaitent avoir un aperçu de la manière de vivre des anciens habitants de Trou-Chenille sont invités à se rendre au village du Morne qui abrite depuis vendredi une réplique de quelques habitations de cette localité, jadis le berceau des esclaves. Ce coin reconstitué est ouvert au public jusqu’au 10 février.
Construite côté mer dans le village du Morne en face du bureau du Morne Heritage Trust Fund (MHTF), cette réplique est une occasion donnée de revivre une époque, révolue certes, mais dont les vestiges demeurent puisque certaines traditions perdurent. Au village reconstitué, le visiteur a la possibilité d’avoir une visite guidée des lieux, les habitants du Morne, à la demande du MHTF se faisant une joie de parler de leur histoire.
C’est au bout d’une petite allée sablonneuse sur une pelouse verte que se trouve le village reconstitué. Au centre, un espace circulaire est réservé au séga tipik. Le Morne était réputé pour être le berceau de cette expression à la fois orale et corporelle des esclaves. Le jour de l’ouverture du village, soit le 1er février, date marquant l’abolition de l’esclavage, des groupes locaux et des invités ont animé la journée avec des ségas tipik mauriciens ou chagossien.
À partir du centre, l’on peut se rendre dans les différents coins aménagés en étoile. La première exposition a lieu sous un chapiteau et elle est dédiée à la localité : situation géographique de Trou-Chenille — au sud de la montagne Le Morne Brabant ; carte des lieux en papier mâché ; plan de Trou-Chenille ; arbre généalogique de deux familles, Verloppe et Auguste et exposition archéologique — boutons de nacre, bouteilles, pièces de monnaie…
La prochaine étape : visite de la maison du guérisseur. Elle passe par un parterre de plantes médicinales. De l’ayapana, de la citronnelle, du patte poule, du bois de ronde, du Palma Christi, du manioc… autant de plantes qui servaient à alléger tout ennuis de santé au quotidien, selon le frère Julien Lourdes, présent à l’ouverture du village. Il donnait généreusement des explications à qui en voulait et a émis le souhait que la culture de ces plantes soit encouragée.
Le visiteur arrive ensuite devant la porte d’entrée de la hutte du guérisseur où, comme son nom l’indique, on venait chercher guérison et réconfort. Ces lieux servaient aussi à mettre au monde des bébés. L’on est accueilli par deux femmes habillées en robe d’époque — de grandes robes coupées dans un tissu à carreau en coton. Elles moulent le café de chamarel.
Construite en bois d’oiseau, d’acacia et d’aloès, la hutte abrite un petit lit, un tabouret sur lequel est posé un verre avec du miel, des feuilles de bétel et de l’huile. Quelques ingrédients pour des recettes anciennes ! L’espace est relativement exigu et seul le guérisseur et le malade peuvent y prendre place.
Dans une brochure diffusée à cette occasion, le MHTF définit le corps humain tel qu’il était conçu par les anciens : « Un organisme vivant qui comprend l’esprit, le corps et l’âme. » « Les anciens sont convaincus que la médecine traditionnelle maintient en bonne santé », peut-on y lire dans la brochure. Ainsi, ce sont des méthodes de guérison naturelles qu’ils utilisaient.
En outre, souligne la brochure, les habitants de Trou-Chenille partagent une relation spéciale avec la Montagne du Morne et ses environs. « En plus de la connaissance apportée des pays d’origine, ils ont incorporé les éléments de la riche biodiversité de l’environnement naturel. Ce savoir-faire traditionnel et les compétences ont survécu jusqu’à ce jour et sont considérés comme une partie du patrimoine culturel local. » Selon le MHTF, presque toutes les familles du Morne ont un jardin où elles cultivent des plantes médicinales. « La transmission de cette connaissance concernant l’utilisation des tisanes les plus communes et de leurs propriétés est assurée pour les générations futures », indique le MHTF.
En sortant de la maison du guérisseur, le visiteur se dirige vers la réplique d’une hutte selon une construction des années 50. Son regard s’arrête sur le parc à cochon à l’arrière de l’habitation : un cochon de couleur rose fouine. Il s’arrête ensuite sur la plantation de maïs. À l’intérieur de la case en paille constituée de deux pièces dont une servait de chambre à coucher à quasiment toute la famille, le visiteur peut voir un moulin à maïs. Il est constitué de deux roches taillées en forme circulaire avec un trou au milieu, l’une posée sur l’autre. À l’aide d’un bâton, on fait tourner celle du haut pour moudre le maïs. Encore plus rare à trouver de nos jours, le four en tôle posé sur un réchaud. Une petite porte la referme pour conserver la chaleur à l’intérieur. Dans la chambre à coucher, l’on découvre le katiyya, un lit en bois avec un matelas de paille.
« La pêche à Trou-Chenille était considérée comme une activité économique indépendante et pratiquée par de nombreux anciens esclaves qui recherchaient une existence autonome », souligne la brochure. Par conséquent, au fil des années, la communauté des pêcheurs de Trou-Chenille ont développé une connaissance solide de la mer et de la pêche. Toutefois, bien qu’elle fut l’activité principale, un certain nombre d’habitants « travaillaient pour M. Cambier en tant que serviteurs, gardiens, pêcheurs ou laboureurs ». En période creuse, c’est le partage entre les familles qui les nourrissait. La maison du pêcheur était différente de la case en paille. Elle avait une seule pièce, pas très grande. À l’extérieur, vendredi dernier, un pêcheur vaquait à construire ou à réparer ses casiers. Une démonstration ! Il est aussi le guide, le temps de cette exposition.
Vendredi dernier, ceux qui avaient fait le déplacement pour Le Morne, ont eu l’occasion de voir l’emplacement de Trou-Chenille à partir de la mer : les pêcheurs de la région ont, à la demande du MHTF, conduit plusieurs sorties en mer à partir de la jetée.