L’immense région de l’Est, avec ses très nombreux villages et agglomérations – et en point de mire Centre de Flacq –, n’a pas été épargnée durant cette campagne pour les villageoises 2012. Les candidats des grands partis étaient à pied d’oeuvre durant ces derniers jours de campagne pour convaincre la majorité des habitants de se déplacer ce 2 décembre, jour du scrutin. La relativement forte présence féminine est venue conférer un caractère original à la présente campagne… Paroles.
Sunitee Bistonauth, 45 ans, mère de deux fils – âgés de 13 et 23 ans –, et Bharatee Lokheeram, 38 ans, également mère de deux garçons – de 14 et 19 ans –, sont membres du Mouvement social de Poste de Flacq. Toutes deux croient dur comme fer que « la situation peut et doit changer ! » La première citée, employée dans un hôtel du littoral, est convaincue que « si nous ne faisons pas des efforts pour améliorer notre région, personne d’autre ne le fera. » Dans la même veine, Mme Lokheeram est d’avis que « ces élections villageoises, marquées par une importante présence féminine, nous aidera, nous les femmes, à prouver notre vraie valeur ». Elle poursuit : « On dit beaucoup que les femmes sont très actives et débrouillardes. Qu’elles savent gérer et faire preuve de sagesse. C’est pour cela que l’on demande aux électeurs de voter. Donnez-nous notre chance d’améliorer votre quotidien ! »
Le leader de ce mouvement de Poste de Flacq, Vikash Jeebun, explique : « Notre région est le second endroit historique du pays, après Ferney. Pourtant, quand on visite notre village, on ne trouve aucun signe de développement et encore moins des sites qui doivent être aménagés pour attirer tant la population locale que les touristes à venir le découvrir ! »
Ce raisonnement rejoint celui d’André Canniah, du Mouvement progressiste de Montagne-Blanche. « Le type de problèmes que nous rencontrons ici et auxquels nous pouvons remédier sont basiques et propres à tous les endroits. Ce sont des problèmes d’aménités, comme des drains qui ne sont pas bien débouchés, un ruisseau qui inonde l’école primaire dès qu’il y a de grosses averses, des eaux stagnantes qui nuisent à la santé. »
V. Jeebun rappelle que « l’une des raisons pour laquelle nous avons monté ce groupe, avec uniquement des jeunes, c’est parce que quand on a tâté le pouls de la population locale, la plus grosse frustration venait du fait que nos jeunes sont comme qui dirait ‘encouragés’ à devenir des délinquants potentiels ! » Il élabore : « Il n’y a pas d’espace pour s’adonner à une activité sportive ou autre, qui seraient saines. » À Montagne-Blanche, même son de cloche : « Il n’y a qu’à voir l’état de décrépitude dans lequel se trouve le centre communautaire ! Où nos jeunes vont-ils quand ils veulent se distraire ? Anba la varang la boutik ! » déplorent les habitants.
Violences et inquiétudes
Tarunha Jeetah, du Mouvement progressiste de Flacq, mère et femme d’affaires, également impliquée dans le social et le sport dans sa localité, abonde dans le même sens : « Nos enfants représentent notre avenir. Si, alors qu’ils sont encore très vulnérables, nous ne nous occupons pas comme il le faut d’eux, on ne devra pas s’étonner qu’ils tournent mal en grandissant ! »
Nos interlocuteurs rappellent que « le manque de distractions saines se fait encore plus cruellement ressentir de nos jours avec la présence d’internet et d’autres technologies ». Candidats, parents et habitants des villages de l’Est ne cachent pas leur inquiétude face à « la montée de la violence. » Ils déclarent : « Nou lir lagazet, nou ekout radio. Seki nou tende arive, zour en zour, fer gayn boukou traka. Pa zis pou nou zenn, me pou sakenn de nou. Zordi, lavil, vilaz mem zafer… » Raison pour laquelle, estiment-ils, un « changement » est nécessaire. « Nous avons besoin d’une nouvelle direction. Non pas simplement parce que le moment est arrivé. Mais les régimes se sont succédé et pas grand-chose de concret n’a été réalisé, sinon par le gouvernement central, dans la majeure partie des cas… » De ce fait, nombre de ces villageois de l’Est ont décidé « de prendre notre vie, notre destin entre nos mains. Nou ki viv isi. Abe nou mem ki bizin okip nou lavi ! »
Mais ce n’est pas qu’au sein des villages et des agglomérations que se recensent les problèmes. « A Cité Hibiscus, par exemple, les gens sont carrément des laissés pour compte ! Il n’y a même pas de rues là-bas », explique un habitant. D’aucuns parmi ceux qui vivent aux alentours, et même au coeur de ce quartier, estiment qu’il s’agit « d’une politique purement communale… »
À la veille de la tenue des élections, la plupart des habitants des villages de l’Est vaquaient à leurs occupations habituelles. Les seuls indices témoignant d’un scrutin imminent étaient les affiches placardées et quelques attroupements de férus de politique qui s’adonnaient à leur passe-temps favori : les pronostics !