Les opportunités de développement urbain durable dans la région de l’océan Indien et sur le continent africain seront au centre du séminaire “Ville Durable dans l’Océan Indien”, prévu les 19 et 20 juin au Caudan Arts Centre. La Réunion et Maurice serviront éventuellement d’exemples vers l’émergence de la ville africaine du futur. Cette initiative de l’ambassade de France à Maurice intervient en marge du prochain sommet Afrique-France en 2020, qui aura pour thème le développement urbain durable.

Emmanuel Cohet, ambassadeur de France à Maurice, répond aux questions de Scope sur ce projet et parle de la ville durable.

Alors que le terme est utilisé de manière récurrente depuis quelque temps, le concept demeure néanmoins flou pour d’aucuns : qu’est-ce qu’une “ville durable” ?

Le concept de “ville durable” constitue un horizon qui vise à initier une dynamique de développement durable en ville; un idéal vers lequel on peut s’efforcer de tendre, sans prétendre le réaliser dans sa globalité. Selon Curia Emelianoff, géographe spécialiste de la ville durable, celle-ci peut se définir en trois points. C’est une ville capable de se maintenir dans le temps, capable de se redéfinir pour s’adapter aux nouveaux enjeux en démontrant résilience et inventivité. Elle offre une bonne qualité de vie en tous lieux, préserve la mixité sociale et favorise la proximité des services, commerces et lieux de travail et de loisirs. Elle prévoit par exemple l’insertion de parcs naturels en ville ou des schémas piétons d’agglomération. Elle porte un projet politique et collectif, celui d’un développement local respectueux de l’environnement et des hommes. Il s’agit de réduire les inégalités sociales ainsi que les dégradations écologiques, tout en veillant à ne pas reporter les coûts du développement urbain sur d’autres territoires – au travers de l’externalisation du traitement des déchets par exemple – ou les générations futures.

La ville durable est ainsi une ville qui parvient à articuler les trois piliers du développement durable, à savoir les dimensions environnementale, sociale et économique.

Quels sont les changements que pourra apporter une ville durable dans la vie et/ou le comportement des citoyens ?

Une meilleure santé, au travers de la limitation des émissions de polluants, par exemple avec la promotion de mobilités douces permettant de limiter l’usage de la voiture.

Une meilleure qualité de vie, grâce à l’intégration d’espaces naturels en ville, ou encore par la promotion de la proximité, permettant de réduire les déplacements contraints et de favoriser une plus grande sociabilité à l’échelle du quartier.

Une ville durable doit également apporter plus d’opportunités d’emplois au niveau local, avec la mise en œuvre de stratégies de proximité ainsi que de projets innovants dans des domaines divers comme le bâtiment vert, les énergies renouvelables ou encore l’économie circulaire.

Qu’est-ce qui est attendu des citoyens pour permettre à la ville durable de devenir une réalité ?

Les citoyens peuvent participer à l’émergence de villes et de quartiers durables au travers de projets associatifs (par exemple des jardins de ville ou potagers urbains), mais également en mobilisant leurs élus tant locaux que nationaux sur le sujet, afin de favoriser l’émergence d’un environnement favorable à l’épanouissement d’initiatives citoyennes. Le budget participatif est un exemple de gouvernance inclusive permettant une plus grande participation des habitants aux décisions d’investissement locales.

Où en sont les choses s’agissant de l’initiative française pour la ville durable en Afrique de l’est, lancée en 2018 ?

L’initiative française pour la ville durable en Afrique de l’Est, lancée en juillet 2018 à Nairobi et Dar es Salaam, vise à promouvoir le savoir-faire français en matière de développement urbain. Elle a débouché sur la création d’un “Club Ville Durable” destiné aux acteurs français actifs ou intéressés par la région. L’un des résultats majeurs à ce jour est la constitution d’un consortium français pour la réhabilitation d’une ligne de train urbain à Nairobi.

Le Président Macron, lors de sa visite au Kenya en mars 2019, s’est rendu à la Gare centrale de Nairobi en compagnie de son homologue, le Président Kenyatta. À cette occasion, il s’est engagé à soutenir ce projet emblématique pour la France en Afrique de l’Est.

L’initiative s’inscrit dans la dynamique générale du sommet Afrique-France 2020, qui sera consacré à la ville durable. Le ministère des Finances y contribue notamment au travers d’un appel à projets urbains innovants en Afrique pour une enveloppe de 5 M EUR. Lancé en mars 2019 à Nairobi en marge de la visite présidentielle, il devrait déboucher sur la mise en œuvre d’une dizaine de démonstrateurs de technologies urbaines innovantes d’ici au sommet de 2020 dans toute l’Afrique.

L’événement que nous organisons à Maurice les 19 et 20 juin s’inscrit également dans la continuité de l’initiative est-africaine et dans la préparation du sommet Afrique-France, qui mobilisera en juin 2020 à Paris et Bordeaux des délégations de haut niveau de tous les pays africains et les acteurs de la ville durable, tant publics que privés et associatifs, tant africains que français.

Éventuellement, à quoi devrait ressembler la ville africaine du futur ?

En tant que représentant de la France à Maurice, il ne m’appartient pas de définir la ville africaine du futur, qui doit être élaborée par et pour les Africains. Néanmoins, la forte expansion démographique et économique des villes africaines représente une opportunité pour intégrer des principes de développement urbain durable, comme la mobilité douce, l’agriculture urbaine, ou encore la résilience au changement climatique, et mettre en œuvre localement des technologies et des modes de gouvernance innovants et adaptés au contexte de chaque ville.

Qu’est-ce qui rend nécessaire une réflexion sur ce thème, tel que ce sera fait lors du séminaire prévu les 19 et 20 juin ?

Le séminaire des 19 et 20 juin vise à rassembler les acteurs de l’océan Indien de la ville durable en vue de les sensibiliser au prochain sommet Afrique-France, auquel les représentants des îles africaines de l’océan Indien seront conviés. Les entreprises y auront également leur place au travers d’un espace d’exposition dédié, qui visera à mettre en valeur l’expertise française et africaine, et à favoriser l’émergence de partenariats.

En quoi Maurice et La Réunion peuvent-ils être des exemples ?

La Réunion est un territoire français et européen qui s’est engagé sur le développement durable depuis plus de dix ans. L’île sœur a ainsi entamé sa transition écologique à travers des axes tels que la transition énergétique, l’économie circulaire, l’agriculture durable, la préservation de la biodiversité. Dans la même logique, l’île a développé une compétence importante dans l’architecture et la construction bioclimatique. Construire mieux, de façon durable et en utilisant les ressources naturelles à disposition (vent, soleil, mer). Le village Beau Séjour, ou l’écocité de St-Paul sont des exemples que nous pouvons citer.

Du côté de Maurice, l’île connaît depuis quelques années un engouement certain sur le sujet du développement durable. Le déploiement de milliers de panneaux photovoltaïques couplé au programme d’Efficacité Énergétique (PNEE) démontre que le territoire a entamé sa transition énergétique. La construction des smart cities, la venue du Metro Express, et les initiatives telles que Porlwi et PLDI, illustrent le fait que l’aspect durabilité des villes est de plus en plus recherché.

Qui sont les entreprises et les organisations qui prendront part au séminaire ? Comment ont-elles été choisies ?

Le séminaire est ouvert à tous les acteurs, et s’adresse à la fois aux déployeurs de smart cities, aux cabinets d’architectes, aux entreprises impliquées dans le BTP ainsi qu’aux décideurs politiques.

Les intervenants ont été sélectionnés en fonction du programme et de leurs compétences. Leurs contributions permettront d’alimenter les réflexions mais aussi les feuilles de route (pour les territoires qui sont à ce stade).

Comment se passeront les travaux lors du séminaire ?

Pendant deux jours, le Caudan Arts Centre accueillera des conférences et tables rondes sur le thème de la ville durable. En parallèle, des rendez-vous B2B, sur demande, seront proposés par Business France et la Chambre de Commerce et d’Industrie France-Maurice. Un cocktail de networking clôturera également le premier jour du séminaire.

Qu’est ce qui sera fait pour maintenir la coopération entre La Réunion et Maurice sur le sujet ?

La coopération entre Maurice et La Réunion a connu un certain essor ces cinq dernières années grâce à une représentation organisée de l’île sœur sur le territoire mauricien. L’Ambassade de France (ainsi que l’Institut français de Maurice et l’Agence française de développement), partenaire historique, est désormais appuyée par l’antenne de la Région Réunion (située à Ébène) et par le Club-Export de La Réunion (qui a un “volontaire de solidarité internationale” auprès de Business Mauritius).

Le rôle de ces deux dernières est de promouvoir la coopération à la fois économique et institutionnelle entre les deux territoires. Nous pouvons citer l’organisation annuelle des Rencontres du Développement Durable par le Club-Export et la CCIFM/Business Mauritius financé par la Région Réunion et l’Europe.

Ces événements qui réunissent à la fois le secteur privé et le secteur public des deux îles permettent de porter des projets de coopération et d’alimenter le processus de rapprochement. Maurice et La Réunion ont décidé de coopérer sur des sujets qui concernent les deux territoires (sécurité alimentaire, économie circulaire, transition énergétique…). Cela permet non seulement de créer un écosystème avec des entreprises et experts, mais surtout de donner une occasion aux îles sœurs de présenter leurs offres de services ensemble afin de s’exporter dans la zone Océan Indien et en Afrique.

La coopération régionale se développe dans ces domaines et une commission mixte se tiendra en juillet prochain.

Les secteurs privés des deux îles ont démarré un rapprochement depuis 2015 avec la création d’une plate-forme d’animation des échanges économiques.

L’ensemble de ces initiatives permet d’animer la coopération entre deux îles bien plus proches que nous le pensons.

Quelle est la structure qui s’occupera du suivi des observations et des recommandations ? Comment travaillera-t-elle ?

Les institutions publiques et privées telles que l’AGORAH et la Région Réunion pour La Réunion, Landscope pour Maurice, mais aussi Business Mauritius, l’Economic Development Board (EDB) et la Mauritius Chamber of Commerce and Industry (MCCI). Ils ont une certaine capacité à orienter les décideurs politiques et privés et participeront donc pleinement à cet événement. Il revient ensuite à chacun de s’approprier les conclusions qui permettront d’alimenter la réflexion et la feuille de route de chaque territoire.

Pourquoi la France a-t-elle choisi de faire du développement urbain durable la thématique dominante du prochain sommet Afrique-France en 2020 ?

Un processus d’urbanisation rapide est à l’œuvre en Afrique, de l’ordre de 3 à 4% par an en moyenne. Le nombre de citadins y a doublé entre 1995 et 2015, et devrait doubler encore d’ici à 2035. Ce phénomène est porteur d’autant de défis que d’opportunités. Les villes offrent généralement un meilleur accès à l’emploi, aux services publics, aux infrastructures de base, à la santé et à l’éducation. Mais si le rythme d’accroissement de la population dépasse celui des infrastructures et des services, un cercle vicieux peut s’enclencher, au sein duquel la ville, au lieu de représenter un espace de mobilité sociale, maintient au contraire les populations les plus fragiles dans un état de pauvreté. Faire de la ville durable le thème du sommet Afrique-France 2020 signifie donc mettre l’accent sur un développement urbain créateur d’opportunités économiques pour les citadins. D’autre part, l’Afrique est l’une des régions du monde qui sera la plus impactée par le changement climatique. Il s’agit donc de combiner développement économique, résilience climatique et respect de l’environnement, au travers de l’intégration de nouvelles technologies propres et l’application des meilleures pratiques au développement urbain africain.

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“L’Afrique est l’une des régions du monde qui sera la plus impactée par le changement climatique. Il s’agit donc de combiner développement économique, résilience climatique et respect de l’environnement, au travers de l’intégration de nouvelles technologies propres et l’application des meilleures pratiques au développement urbain africain”

“Une ville durable doit également apporter plus d’opportunités d’emplois au niveau local avec la mise en œuvre de stratégies de proximité ainsi que de projets innovants dans des domaines divers comme le bâtiment vert, les énergies renouvelables ou encore l’économie circulaire”