C’est seul au volant de sa voiture que le ministre de la Jeunesse et des Sports et du Développement communautaire aux Seychelles est arrivé à son rendez-vous avec Le Mauricien hier matin au Stad Linité. Malgré un agenda surchargé, il a trouvé le temps de répondre à nos questions, dans les gradins même du stade.
Vincent Mériton, comment s’est passé votre jogging de ce matin (Ndlr : hier matin) ?
Très bien. C’est la meilleure façon que j’ai trouvée pour combattre le stress.
Qu’est-ce qui peut bien faire courir chaque matin un ministre des Sports seychellois ?
Ce jogging matinal est important pour ma santé, mais je me tiens en forme afin d’avoir plus de proximité avec mes athlètes. Des fois, il m’arrive de les rejoindre lors d’une séance d’entraînement et de la partager avec eux.
En tant que ministre des Sports, comment vous sentez-vous du fait que votre pays accueille les 8es Jeux ?
J’avoue que je stresse. Le Coji apporte les derniers réglages. Même si l’ouverture officielle est dans trois jours (Ndlr : deux jours), nous sommes néanmoins en plein dans les Jeux. Le Village et le restaurant sont opérationnels avec l’arrivée de la délégation des Seychelles et de l’équipe de football des Maldives. Tout à l’heure (ndlr : hier), j’aurais une réunion importante avec le Coji afin de faire le point sur les différentes commissions. Je gère la situation puisque j’ai autour de moi des gens motivés pour la réussite de ces 8es Jeux.
Estimez-vous que les Seychelles sont prêtes ?
Évidemment ! Nous sommes en train de tout vérifier, que ce soit au niveau du transport, des accréditations, du protocole, de la cérémonie d’ouverture, des compétitions, du Village et de la restauration. Mais la réussite de ces Jeux va dépendre de la cérémonie d’ouverture, du Village et du restaurant.
L’engagement du peuple seychellois est-il acquis ?
Ces Jeux sont organisés aux Seychelles pour la deuxième fois, les gens connaissent très bien l’ambiance qui règne durant les Jeux et mes compatriotes seront sans aucun doute de la partie. Sachez quand même que si nous avons été en mesure d’organiser ces Jeux, c’est en grande partie en raison du fait que les forces vives de ce pays et la population dans son ensemble ont été avec nous depuis le départ. Je sens encore de l’émotion quand je parle de ces petits marmailles qui sont venus apporter leurs petites économies pour contribuer à notre organisation. Des fois, la somme a été de 10 roupies ou 100 roupies. Peu importe, le plus important a été cet élan du peuple seychellois derrière les JIOI.
Quel est le niveau d’investissement du gouvernement dans l’organisation ?
Élevé, ça je peux vous l’affirmer. Pour les rénovations des sites de compétitions, nous avons investi Rs 40 millions afin que nos stades et gymnases soient aux normes pour accueillir les compétitions. Le gouvernement, à travers le ministère du Logement, a financé la mise en condition de 276 appartements sur l’île Persévérance afin de mettre en place le Village des Jeux. Sans oublier la cuisine et le restaurant, qui est une nouvelle infrastructure. Nous avons eu à trouver Rs 42 millions pour assurer la bonne organisation des compétitions. Alors que pour la préparation des athlètes l’État a déboursé Rs 18 millions pour l’ensemble de nos sélections. Nous avons aussi décidé de mettre en place un package spécial pour nos athlètes en cas de victoire. La médaille d’or vaudra Rs 15 000, les médaillés d’argent et de bronze auront droit à une récompense de Rs 6 000 et Rs 5 000 respectivement. C’est vous dire toute l’importance que nous accordons à ces Jeux.
En retour, vous avez certainement des grosses attentes de la part de vos sportifs ?
Pas uniquement de moi ou du gouvernement, mais de toute la population des Seychelles. Vous savez, les JIOI aux Seychelles ne sont pas qu’une affaire du Coji. C’est l’affaire des volontaires, des entreprises, des fans, des jeunes, bref les JIOI, c’est une question nationale aux Seychelles.
Comme par exemple gagner vos Jeux ?
J’ai demandé à mes athlètes de faire mieux que 2007 et aussi d’avoir un comportement exemplaire sur et hors du terrain, afin qu’ils soient de vrais ambassadeurs des Seychelles.
Meilleur que 2007 veut aussi dire plus de 35 médailles d’or ?
Oui, car il faut toujours viser plus haut.
N’avez-vous pas l’impression que ces 8es JIOI seront les plus disputés de l’histoire ?
Ce sera effectivement le cas. La Réunion et Maurice se sont bien préparées, les Seychelles également. Puis, il y a Mayotte qui veut imposer sa marque dans ces Jeux. C’est dans la logique des choses que ces 8es JIOI soient le plus disputés. Comme vous le savez, d’année en année, la technologie prend de plus en plus de place dans la préparation des athlètes. De ce fait, cela me pousse à dire qu’aucun pays ne vient faire de la figuration.
Cependant, on n’a pas cette impression que les Seychellois attendent vraiment les JIOI avec impatience…
Laisser les Jeux débuter et vous verrez. Sachez quand même que pour donner l’opportunité aux habitants de Praslin d’assister aux trois matches de football, nous avons décidé d’accorder une demi-journée de congé aux habitants de cette île. Ce sera aussi le cas à Mahé pour la première journée de compétition ce samedi.
Les JIOI sont plus que jamais une affaire nationale…
Ces Jeux sont d’une importance capitale pour nous, Seychellois.
Pourtant, il y a eu des doutes au départ…
Je n’en ai jamais eu. Ces Jeux, nous les devons à la jeunesse seychelloise et à celle de l’océan Indien. Et c’est aussi pour les Seychelles sa façon à elle de pérenniser ces Jeux.
La jeunesse semble dans tous les discours ces derniers jours, y compris dans celui du président. Peut-on savoir pourquoi ?
La jeunesse, c’est le poumon de notre société et face aux tendances qui se dessinent sur le plan international avec la mondialisation, il est important que la jeunesse trouve ses repères. Ici, nous avons mis en place un comité pour la renaissance morale et dont je suis le président. Nous avons aux Seychelles, comme dans beaucoup de pays, des problèmes liés à la société. Ce qui fait que le sport est un tremplin pour une société meilleure.
Et l’après-Jeux ?
Après les Jeux, il va y avoir des changements importants dans la gestion du sport aux Seychelles. Nous allons revoir tout notre concept et amener de nouvelles avenues tant pour le sport de masse, touristique, scolaire et d’élite.
En quoi les Jeux de 2011 seront-ils différents de ceux de 1993 ?
Les conditions et les moyens ne sont pas les mêmes. Toutefois, s’il y a une chose qui sera la même, c’est bien notre volonté de donner une chance à cette jeunesse de l’océan indien de s’exprimer.
Quel est votre message à cette jeunesse, justement ?
Je lui souhaite de tout coeur la bienvenue dans mon île. Nous avons mis tous les moyens possibles pour faire de ces Jeux un espace de rencontre et de partage. Je serai réconforté à l’idée que tous les sportifs se sentent chez eux. Maintenant, la balle est dans leur camp et c’est à eux de gagner des médailles pour leurs pays.
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Sociologue de formation
Vincent Mériton, 50 ans, est le ministre de la Jeunesse et des Sports des Seychelles depuis 2007. Entre 2003 et 2004, il a occupé des fonctions ministérielles au sein du ministère du Développement communautaire, portefeuille qu’il a récupéré lorsqu’il a été appelé à remplacer Sylvette Pool. Mais il a aussi été ministre de la Santé durant la période de 2005 à 2006. Marié et père de deux enfants, il a été un haut cadre dans l’administration gouvernementale, ayant été secrétaire permanent et député du district de Plaisance de 1998 à 2002. À son retour aux Seychelles après ses études en sociologie en Union Soviétique, il fut aussi appelé à occuper le poste de Labour Commissioner.