Burty a toujours donné l’image d’un homme de principes. Dans sa tête, il a cru bien faire en imposant sa manière de penser aux siens. Quitte à leur imposer ses décisions par la violence. Il a fini par faire de leurs vies un enfer. Pour son épouse, cela a duré vingt-deux ans…
En marge de la Journée contre la violence à l’égard des femmes, qui sera observée le 27 novembre, il témoigne.
Pour faire valoir son autorité, pour faire comprendre “ki momem mari dan lakaz”, Burty a tout le temps agi avec “agressivité” envers sa femme et leurs deux enfants. “J’aime que les choses se déroulent à MA façon. Je croyais que je faisais une bonne chose à ma famille en leur imposant une certaine discipline.”
Le fait de ramener de l’argent dans la famille en travaillant jusqu’à tard le soir, et parfois même le week-end, méritait un peu plus de considération. Hors de question d’accepter que sa femme lui demande d’aider au niveau des tâches ménagères, ne serait-ce que pour faire le thé. Et si jamais cette dernière ne l’entendait pas de cette oreille, Burty savait comment lui rappeler les règles de la maison… Pendant vingt-deux ans, les prises de bec violentes, agrémentées de menaces et d’insultes, ont été fréquentes.
Impulsif.
“J’aime la droiture. Quand j’ai quelque chose à dire, je le dis franchement et sans détour. Comme je suis impulsif de nature, tout ce qui ne me faisait pas plaisir était dit avec des jurons. Je ne me souciais pas de savoir comment mon vis-à-vis le recevait. Moi, je me sentais bien après avoir exprimé ce que j’avais sur le coeur.”
Un jour, il a dépassé les insultes. Sa femme avait reçu un coup parce qu’elle n’avait pas préparé le thé pour lui. Elle avait porté plainte et Burty avait eu des démêlés avec la justice. “Je suis de forte corpulence. J’évite de frapper, mais je ne peux m’empêcher de me défouler à travers des invectives que j’adresse aux membres de ma famille quand quelque chose ne se passe pas comme je le voudrais. Ce jour-là, j’étais tellement exaspéré par sa remarque que cela m’a mis hors de moi.”
Contrairement à l’image que l’on pourrait avoir d’un homme violent, Burty ne consomme pas d’alcool ni ne fume. Il mène une vie qu’il estime rangée. Son épouse est libre de sortir. Lui ne connaît que son travail et sa maison. Son plaisir, il le trouve dans les matches de football qu’il regarde chez lui. “Du moins quand on me laisse regarder la télé. C’est moi qui paie les factures; je m’attendais à bénéficier de certains privilèges… Mais ce n’est pas le cas.” Il laisse parfois faire sans broncher, mais ne peut se retenir dans d’autres circonstances.
Autorité.
Burty a mené sa famille comme l’avait fait son père. Il a toujours gardé une certaine distance entre lui et les membres de sa famille, “pou ki zot pa mont lor mo latet”. Il dit les aimer profondément. “J’aime ma femme et mes enfants. Je n’ai jamais su le leur dire. Si je m’escrime dans mon travail, c’est pour leur bien-être. Tout ce que j’attends d’eux, c’est qu’ils respectent mon autorité.”
Cette difficulté à s’imposer l’a finalement fait passer à côté d’une vie de couple épanouie. “Je suis passé à côté de quelque chose de bon.”
Cette violence envers sa femme et ses enfants aura duré vingt-deux années. Mais tout cela n’est plus que mauvais souvenirs pour Burty et sa famille. Il est désormais un homme transformé par les sessions de Zezi vre zom, proposées par l’église catholique. Il a pris du recul sur ses actes pour réaliser à quel point il avait fait souffrir les siens. “J’ai réalisé l’importance de la communication dans la famille et comment on peut éviter qu’un différend ne dégénère.” Il regrette toutes ses mauvaises actions.
Burty est désormais un homme heureux. Son épouse et son fils sentent bien le changement qui s’est opéré en lui. “Au lieu de vouloir changer les choses, j’ai décidé de changer mon regard, en espérant que cela porte ses fruits. Je souhaite que d’autres hommes mais aussi des femmes puissent profiter de telles sessions.”
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Les chiffres concernant la violence domestique ne cessent d’augmenter. Selon un relevé du ministère de l’Égalité des genres pour l’année 2010, 1,799 cas de violence ont été rapportés. Rien que pour la période allant de janvier à septembre de cette année, le nombre s’élève à 1,344. Il est bon de préciser que ces chiffres ne concernent que les cas qui sont rapportés. Car d’autres femmes souffriraient en silence…
Soulignons qu’il existe une hotline pour rapporter les cas de violence domestique. Vous pouvez téléphoner au 213-0001 ou au 213-0002.