La sensibilisation des hommes est un élément crucial dans le combat contre la violence à l’égard des femmes. Mais comment s’y prendre pour atteindre la cible visée, précisément les hommes agressifs ? La question est un véritable défi pour ceux qui sont appelés à soutenir des femmes victimes de violence domestique.
En peu de temps, cinq femmes ont perdu la vie dans des circonstances atroces. La violence appliquée par les auteurs de ces crimes à l’encontre de leurs victimes a bouleversé le pays. Cette violence qui conduit jusqu’au meurtre interpelle. Aujourd’hui, la société civile s’interroge, remet en question les structures et protocole en place pour protéger les femmes contre la violence et s’indigne. Depuis ces crimes en série, des plateformes de réflexion sont organisées pour sensibiliser l’opinion sur la problématique de la violence. « On met en place des programmes axés sur la femme. On l’informe sur ses droits et les recours qui lui sont destinés pour la protéger. On demande aux hommes de la respecter. Cependant, nous ne disposons d’aucun moyen pour faire de la prévention auprès des hommes ! » observe un volontaire d’une équipe Zéro Tolérance (envers la violence) actif dans une région de l’Ouest. Dans cette région qui compte près de 6 000 habitants, plusieurs foyers sont rongés par la violence, visible et invisible. Des altercations où les coups sont accompagnés de menaces du genre « Mo pou touy li » sont courants. « Ces menaces ne sont pas à prendre à la légère », prévient l’animateur de Zéro Tolérance.
Guy, 48 ans : « Si mo explozé, zafer pa bon »
Guy (nom modifié), 48 ans, est loin des plateformes de réflexion. Gardien de sécurité, il a d’autres préoccupations. Comme tous, il a appris dans les médias les conséquences dramatiques de la violence domestique de ces derniers temps. Mais, pour lui, les choses s’arrêtent là… Pourtant, Guy, qui habite cette région de l’Ouest, fait partie de ces hommes qui gagneraient à être sensibilisés sur la violence contre les femmes. Séparé depuis quelques années de son épouse, avec qui il a trois enfants, il s’empresse de dire, ou plutôt de rassurer : « Monn bate enn fwa, sa mem… « 
Les hommes, concèdent nos deux interlocuteurs, reconnaissent difficilement leur agressivité. Ils en parlent peu, par honte, par orgueil. Contrairement aux femmes qui, pour la plupart, sont disposées à chercher de l’aide quand elles n’en peuvent plus, les hommes, eux, sont moins enclins à admettre leur tendance à l’agressivité. « Mo pa enn zom agresif mwa… Mo pran boukou lor mwa. Mo tini ziska mo nepli kapav. Si mo exploze, zafer pa bon », confie Guy. Un jour, cet homme qui a une historique familiale fragile, raconte qu’il a explosé. Ce jour-là, sa femme, de dix ans sa cadette, s’est éclipsée pendant une fête familiale. Guy est allé à sa recherche et a compris qu’elle le trompait. « C’était, paraît-il, une vieille histoire. Quand elle est rentrée à la maison, on s’est disputés et je l’ai frappée ! Le coup est parti », explique Guy.
Dans la région, les liaisons adultérines et autres histoires d’infidélités sont, avec l’alcool, les principaux facteurs de trouble et de violence dans les couples. « Actuellement, il y a une dizaine de femmes qui nous ont approchés parce qu’elles sont victimes de violence. Parmi, il y a celles qui ont pris des coups parce qu’elles ont osé demandé à leur mari des explications après avoir découvert qu’ils entretenaient une relation amoureuse avec une autre. Récemment, il y a eu deux femmes qui ont tenté de mettre fin à leur jour. L’une est montée sur le toit de sa maison et a menacé de se jeter et l’autre a avalé plusieurs comprimés. Une autre a préféré exprimé sa colère en donnant un coup violent dans un meuble », explique l’animateur de Zéro Tolérance.
Infidélités
Selon ce dernier, l’érosion des valeurs dans certains foyers de sa région, greffée au changement de comportement influencé par la société de consommation, n’est pas sans impact sur les couples comptant de nombreuses années de vie commune. « Je remarque que, d’une part, il y a beaucoup de jeunes filles qui préfèrent des hommes mûrs, parce qu’elles sont convaincues qu’ils combleront leurs envies matérielles. D’autre part, ces hommes laissent entendre qu’ils sont lassés de leur vie maritale ! Au final, ce genre de relation engendre la jalousie et la violence dans les foyers. La violence n’est pas toujours physique, mais aussi verbale. »
Depuis six ans que Zéro Tolérance opère dans cette région de l’Ouest, de rares activités ont été organisées dans la communauté pour sensibiliser les hommes et les femmes sur la question de la violence. Mais sans pour autant connaître le succès escompté et atteindre les objectifs fixés. « Les hommes, ici, ne s’intéressent pas à la sensibilisation qu’importe sa forme ! » avance notre interlocuteur de Zéro Tolérance.
Alors, que faire concrètement pour atteindre la cible masculine dans la lutte contre la violence dans cette région ? « Je ne sais pas ! » répond-il. Dans ce combat, il faut aussi prendre en considération les conséquences sur les enfants. En parlant des siens, Guy pense qu’en encourageant sa fille aînée, âgée de 17 ans, à se fiancer avec son petit ami, âgé lui de 18 ans, celle-ci trouvera la stabilité qui lui a manqué depuis la séparation de ses parents. « Li pou kit kolez. Monn dir garson la fer enn manyer pa bat li », dit-il.
Encore trop jeune pour songer à une vie de couple, Élodie (nom modifié), 12 ans, confie qu’elle rêve d’une autre vie. Avec deux de ses amies du même âge, elle participe à une discussion improvisée sur les enfants et la violence, un sujet qu’elle connaît. « Mes parents n’arrêtaient pas de se bagarrer. Tou letan ti ena lager, bate, kot mwa. Akoz sa mo nepli res ar zot », raconte la jeune fille, en placement dans une famille d’accueil. Séparée de ses huit soeurs et frères, Élodie, confie que la drogue et l’alcool sont à l’origine de la violence qui régnait dans sa famille. « Mwa, mo lavi pa fasil », lâche-t-elle, entre deux confidences. Et quand on lui demande d’expliquer ce qu’une fille à peine sortie de l’enfance entend par une vie pas facile, elle répond : « Be aswar mo pa dormi, mo pans mo mama, mo pans mo ti ser… »