Puisque les formes de violence dont sont victimes les enfants et le traumatisme vécu se manifestent différemment selon les cas, travailleurs sociaux et éducateurs spécialisés du gouvernement et des organisations non gouvernementales sont unanimes à reconnaître qu’il faudrait avoir des structures spécialisées et des personnes formées pour répondre à ces cas spécifiques. C’est ce qui ressort d’un atelier de réflexion organisé mardi par le Centre d’Éducation et de Développement pour les enfants mauriciens (CEDEM) à La Caverne, Vacoas.
Faute de structures spécialisées, ces enfants violents ou ayant des troubles du comportement représentent un risque pour eux-mêmes, pour leur entourage et pour la société, observe Françoise Botte-Noyan de la National Children’s Council (NCC). « Cela a un coût social et débouchera sur la criminalité », estime-t-elle. Et d’insister que ces enfants ont des besoins spécifiques. Des idées que partagent la majorité des intervenants ayant travaillé longtemps avec les enfants à problème. Idem pour un parent présent à cet atelier.
Mme Botte-Noyan constate que Maurice peut, à travers des accords bilatéraux avec d’autres pays, dont l’île de La Réunion, bénéficier de leur expertise en la matière.
Brown Sequard Hospital
« Le Rehabilitation Youth Centre est une poubelle », lance Conciano Sarah du département garçon avant de poursuivre son intervention. Même son de cloche du côté de la représentante du département des filles, Shirley Kamanah. « RYC is a dumping area. » « En dernier recours, les enfants difficiles à gérer sont envoyés au RYC ou au Brown Sequard Hospital (BSH) », fait ressortir la directrice du CEDEM Rita Venkatasawmy en citant le cas d’un petit garçon de deux ans et demi qui vient d’y être admis. Elle affirme cependant qu’au delà d’un court séjour à l’hôpital, ces enfants sont renvoyés vers les abris qui les y ont fait admettre — le CEDEM, SOS Village, Terre de Paix ou celui de Pointe-aux-Sables. Ni l’hôpital ni ces abris n’auraient cependant les outils nécessaires pour satisfaire les besoins de ces enfants aux comportements violents, ayant eux-mêmes été victimes de violence — enfants battus, violés ou issus d’un environnement où la violence est leur quotidien. La représentante de la Family Protection Unit de la police Christine Sookhun évoque de son côté un problème qui a surgi depuis quelques années : des relations extra-conjugales d’un des deux parents avec pour conséquence qu’ils se déchargent de leur responsabilité parentale.
Françoise Botte-Noyan, comme les autres intervenants, observe que ceux venant d’un entourage violent ont tendance à reproduire ce dont ils sont témoins. Elle estime qu’il faudrait un travail de base avec les futurs parents. Elle va plus loin en précisant : « Il y a un travail à faire avec les jeunes dès l’adolescence. » À propos des enfants qui sont retirés des familles en dernier recours, elle souligne qu’il leur faut un encadrement adéquat. Un travail avec la famille est également requis, poursuit-elle, avant d’observer le rôle important des religieux car, « il y a une perte des repères religieux ».
Transfert du problème
Geeta Sewock du bureau de l’Ombudsperson for children devait pour sa part souligner que le problème est plus grave dans les milieux pauvres. Elle relève entre autres la promiscuité qui est à la base de sévices sexuels infligés aux enfants. Selon elle, le plan de logement proposé par le ministère de l’Intégration sociale à Bambous et La Valette n’apporte pas de solution au problème. « Il s’agit d’un transfert du problème d’un endroit à un autre », dit-elle en soulignant que les gens venant des cités ont une manière de vivre qu’il faut prendre en considération avant de les déplacer. « Il y a un budget qui est voté mais le problème n’est pas résolu. Government has to address the issue of integration of children. » À quoi Suresh Moonshiram, Adviser au ministère de l’Intégration sociale, répond qu’effectivement les logements sont de 29 m2 et pour certains 24 m2. Le ministère de tutelle, poursuit-il, a revu la superficie de ces logements et les nouveaux qui seront livrés aux bénéficiaires seront de 39 m2. Ils compteront trois chambres soit une pour les parents, une pour les garçons et une pour les filles. Il ajoute que « le ministère de tutelle, ne croyant pas dans l’assistanat, est venu de l’avant avec un projet évolutif : les bénéficiaires disposant d’un lopin de terre à côté de leur unité de logement, pourront l’agrandir. On prévoit également qu’ils puissent construire en hauteur ». À Wendy Rose, coordinatrice des abris au ministère de l’Égalité des genres de renchérir : « Ces familles ont besoin d’une prise en charge totale. Tout accompagnement doit prendre en considération la réalité de l’enfant. »
Soins thérapeutiques
Le sergent Salim Mungroo de la Brigade des mineurs constate que souvent les jeunes victimes de violence sexuelle ne dénoncent pas l’auteur du délit surtout si c’est un petit copain ou un proche de la famille qui leur fait du chantage. Et certaines mères n’hésitent pas non plus à le protéger de peur de se retrouver sans moyens financiers pour nourrir ses enfants, laisse-t-il entendre.
Les 24 participants à cet atelier de réflexion, dont environ la moitié pense que ces enfants traumatisés peuvent encore avoir un avenir, estiment qu’il est urgent qu’ils aient des soins thérapeutiques intensifs et appropriés.
Pour clore cette demi-journée de réflexion, le CEDEM a fait découvrir aux personnes présentes la sound therapy apprise au Népal et une activité de mise en situation pour comprendre la douleur d’un enfant maltraité.
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« 3 à 4 enfants retirés de leur famille par jour »
L’abri de Pointe-aux-Sables du ministère de l’Égalité des genres, du Développement de l’enfant et du Bien-être de la famille accueille 150 enfants victimes de violence, dont 24 bébés, fait ressortir Wendy Rose, coordinatrice des Shelters au ministère de tutelle. Malgré la politique du ministère de n’éloigner les enfants de leur famille qu’en dernier recours, « il lui arrive d’en retirer trois à quatre enfants au quotidien », précise l’intervenante en évoquant l’ampleur du problème à Maurice.
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Un accompagnement jusqu’à 21 ans
Françoise Botte-Noyan de la National Children’s Council estime que les structures gouvernementales ou organisations non gouvernementales devraient prendre en charge « les enfants » jusqu’à l’âge de 21 ans et non 18 ans. La décharge de ces jeunes à la majorité est souvent un problème de société car ils sont livrés à eux-mêmes. Cette question est souvent évoquée par les ONG oeuvrant pour le bien-être des enfants.