La plupart des prédateurs sexuels ont eux-mêmes été victimes d’abus sexuel. Un acte commis sur un enfant a donc de grands risques d’être reproduit par lui à l’âge adulte. Et à Maurice, de nombreux cas sont rapportés et d’autres sont passés sous silence. C’est pour limiter les dégâts qu’une campagne a été initiée par le groupe La Sentinelle, en partenariat avec le ministère de l’Égalité des Genres, du Développement de l’Enfant et du Bien-être de la Famille ainsi que PEDOSTOP, Dialekt et LEAD. L’objectif principal est d’apprendre aux adultes et parents à reconnaître les signes qui montrent qu’un enfant est victime de violence sexuelle.
Ce projet qui prévoit entre autres des séances de formation à l’intention des journalistes, a été présenté lors d’une conférence de presse vendredi au Parliament Café à Port-Louis et où étaient présents la ministre Aurore Perraud, Mélanie Vigier de Latour- Bérenger, psychosociologue et directrice de Pedostop, Denis Ithier, directeur général de la Sentinelle, Nad Sivaramen, directeur de publications de la Sentinelle et Danny Philippe de LEAD. Selon Mélanie Vigier de Latour-Bérenger, ce fléau concerne 1 enfant sur 5. En 2014, 450 cas auraient été rapportés à la CDU. «Tous les cas de violence faite aux enfants ont toujours des conséquences dramatiques pour ces futurs adultes, marqués à vie. Malheureusement, de nombreux cas sont passés sous silence, soit parce l’on ne croit pas l’enfant, soit à cause du qu’en-dira-t-on. Le plus souvent, son agresseur est un proche». Cette campagne vise à ne plus rester passif et à agir face aux agressions sexuelles faites aux enfants. «Tout ce qui concerne les enfants concerne le gouvernement, dont mon ministère. C’était important pour mon ministère d’établir ce partenariat avec le secteur privé», a déclaré la ministre Aurore Perraud lors de la conférence de presse. Elle explique que «la Child Development Unit (CDU) abat déjà un travail honorable, mais très diffi cile. Nous avons demandé un staff additionnel, car les cas de maltraitance envers les enfants ne cessent d’être rapportés. Nous sommes en train d’améliorer le service offert. La Hotline113 est un service très demandé ; c’est le numéro à composer en cas d’abus suspecté».
Former des journalistes pour une bonne cause
«Nous avons voulu mettre le métier de journalisme au service de cette cause», déclare Nad Sivaramen. C’est le meurtre d’Eléana Edouarda Gentil, retrouvée morte le 15 avril dernier, qui a été le détonateur pour le groupe La Sentinelle. «Le rôle de la presse est non seulement d’informer, mais aussi d’infl uer sur les politiques. Le rôle des journalistes est crucial, mais ces derniers sont parfois limités par manque de formation. La formation qui sera assurée par Mélanie Vigier de Latour-Bérenger débouchera sur un protocole. Celui-ci portera sur le traitement dans les journaux des violences sexuelles faites aux enfants, et plus généralement au traitement des faits divers et des victimes. L’idée est de protéger les enfants et les victimes en général. Il ne faut pas juste rapporter, mais devenir partie prenante», a-t-il dit. Le plan d’action de la campagne revêt trois volets: une campagne de communication nationale et grand public visant les adultes, une formation des journalistes de La Sentinelle Ltée et des brochures dessinées visant les enfants des écoles primaires sur l’éducation sexuelle. La campagne de communication nationale avec billboards, annonces presse, web et radio, démarre le 25 juin et sera étalée sur deux semaines. Axée sur les signes que peuvent montrer les enfants agressés sexuellement, cette campagne vise à un objectif pédagogique et concret : que les adultes et parents soient en mesure d’identifi er, de reconnaître et de décoder les messages qu’envoie un enfant victime. Le deuxième volet s’adresse aux journalistes: une formation en trois sessions sera assurée par Mélanie Vigier de Latour- Bérenger, psychosociologie et directrice de Pedostop. À l’issue de ces formations, un protocole sera mis en place. Le troisième volet porte sur la production de brochures dessinées visant les enfants des écoles primaires sur l’éducation sexuelle, orientée sur les abus. Cette action sera menée en collaboration avec le ministère de l’Éducation.