Un garçon sur cinq abusé sexuellement durant son enfance devient à son tour un adulte violent à l’égard des femmes. C’est ce que révèle, entre autres, « War @ Home : Gender-Based Violence Indicators Study – Mauritius Country Report ». Ce rapport sur l’étendue, les impacts et les coûts de la violence basée sur le genre à Maurice, durant la période 2010 – 2011, a récemment été rendu public. Cette étude a été réalisée par Gender Links avec la collaboration du Mauritius Research Council.
« L’expérience d’abus dans la vie d’une personne peut avoir une influence sur son penchant à la violence au sein de la famille soit en tant que victime ou soit en tant qu’auteur de violence (“perpetrator”) en tant que partenaire intime (“Intimate Partner Violence – IPV”) », peut-on lire à la page 64 du rapport, qui analyse les cas d’abus sur les enfants comme un facteur de risque pour l’IPV.
Cette étude a analysé le lien entre les hommes ayant eu des expériences d’abus en tant qu’enfants et la perpétration de l’IPV. Les recherches démontrent qu’un plus grand pourcentage d’hommes qui étaient victimes de violences dans leur enfance deviennent eux-mêmes violents, comparés à ceux qui n’ont jamais été abusés durant leur enfance. « Trois hommes sur dix (30%) qui ont été physiquement abusés en tant que garçon, commettent l’IPV au moins une fois dans leur vie, alors que seulement 13% d’homme qui n’ont jamais étaient abusés physiquement durant leur enfance ont perpétré l’IPV au moins une fois dans leur vie », commente le rapport.
Selon « War @ Home : Gender-Based Violence (GBV) Indicators Study – Mauritius Country Report », les résultats des recherches indiquent ainsi l’existence d’un cycle intergénérationnel de violences à Maurice. Le rapport cite à cet effet les recherches entreprises en 1984 et qui ont démontré que les personnes ayant été victimes d’abus durant leur enfance tendent à inclure des actes abusifs dans leurs comportements d’adultes. « Il convient donc de donner priorité à des programmes visant à réhabiliter les enfants qui ont été exposés à la violence domestique ! » recommande le rapport.
Par ailleurs, selon les résultats du rapport de Gender Links, 22% d’hommes ont admis avoir déjà violenté des femmes. « Presque un quart des femmes vivant en couple (23%) ont fait l’expérience de l’IPV, tandis que 22% d’hommes ont perpétré une telle violence durant leur existence », peut-on y lire.
Ce rapport est le résultat d’un sondage auprès d’un échantillon de 679 femmes et 678 hommes ayant répondu a plus de 300 questions sur le problème de la violence basée sur le genre (Gender Based Violence -GBV). Selon « War @ Home : Gender-Based Violence (GBV) Indicators Study – Mauritius Country Report », une femme sur 20 (5%) a fait l’expérience d’une IPV durant les 12 mois précédant le sondage, tandis que 4% d’hommes ont admis avoir perpétré une telle violence. « En revanche, seulement 0,3% de Mauriciennes ont rapporté des cas de violences domestiques à la police durant cette période. Donc, la prévalence des cas d’IPV, comme révélé dans le rapport, est 15 fois plus nombreux que ceux rapportés aux Family Support Bureaux du ministère de l’Égalité des genres », s’alarme Gender Links. « Cela signifie que le niveau de la GBV à Maurice est plus haut que celui rapporté dans les statistiques officielles. »
Analysant les effets de la GBV sur les femmes, le rapport souligne que toutes les femmes ayant rapporté leur expérience physique de l’IPV ont subi des blessures. Quelque 42% des femmes ainsi blessées ont dû garder leur lit par conséquent. La moyenne de temps passé au lit est de 9 jours. De même, 50% de ces femmes blessées ont dû s’absenter de leur travail durant une période moyenne de 7 jours. Quelque 67% des femmes ayant subi l’IPV durant leur vie ont aussi été diagnostiquées avec une Maladie sexuellement transmissible (MST). De même, 16% des femmes abusées par leur partenaire ont fait une tentative de suicide. Parallèlement, on décèle chez plus d’un quart (26%) des femmes qui sont abusées par des partenaires intimes des symptômes de dépression.
Outre les impacts de l’abus dans l’enfance, les tendances, les causes et les effets de la GBV, les facteurs relationnels et communautaires sont aussi analysés dans le rapport. La prévention est également abordée.
Contrairement aux précédents rapports qui ciblaient les hommes ou les femmes, la présente étude comprenait deux questionnaires séparés : un pour les femmes (mettant l’accent sur leurs expériences de la GBV) et un autre destiné aux hommes (en tant qu’auteurs de violences faites aux femmes).
Le rapport présente les résultats des recherches menées durant la période 2010-2011 à Maurice. Le Mauritius Research Council faisait partie de l’équipe de recherche et a géré le sondage. Le GBV Indicators Project est une étude de recherche régionale visant à tester les outils pour mesurer l’étendue, les impacts, les coûts et les efforts pour éliminer la violence à l’égard des femmes dans le cadre des objectifs du Southern African Development Community Protocol on Gender and Development, qui ambitionne de réduire de moitié le niveau de la GBV d’ici 2015. Une telle étude a été menée jusqu’ici au Botswana, à Maurice et en Afrique du Sud. Le projet est en cours au Zimbabwe et en Zambie en 2012-2013.
Pour les besoins de cette étude, la GBV impliquait une violence physique, sexuelle, psychologique et économique de la part d’un partenaire intime ; l’expérience, en tant qu’enfant ou adulte, d’un viol et de violences sexuelles par un partenaire, un étranger, un proche ou un membre de la famille ; ainsi que le harcèlement sexuel.