L’avocate et membre fondatrice de l’Ong SOS Femmes, Radha Gungaloo, est connue pour ne pas avoir sa langue dans sa poche. Militante de longue date de la condition féminine, elle tire à nouveau la sonnette d’alarme : « Les femmes victimes de violences, verbales comme physiques, sont de plus en plus jeunes. Et de tout horizon. Pour preuve : chaque mois, quatre à cinq étudiantes de l’université viennent chercher de l’aide et de l’écoute… »
« Les conflits, on ne les a pas qu’à la maison ! Au bureau aussi on a des relations conflictuelles, tant avec ses collègues hommes que femmes. Est-ce pour autant qu’on doit en venir aux mains et se taper dessus ? Non ! Alors pourquoi n’est-ce qu’à la maison que l’on se permet de frapper sa femme, en sus de l’insulter et de la maltraiter, sans oublier de la dénigrer aux yeux de ses proches ? » se demande l’avocate et membre fondatrice de l’Ong SOS Femmes, Radha Gungaloo.
Sa réponse, elle la formule ainsi : « C’est parce que l’homme est toujours esclave de ses pulsions qu’il est amené à ne pas pouvoir, ou peut-être vouloir, contrôler ses émotions. S’il est énervé, irrité ou en colère – de surcroît s’il a consommé de l’alcool –, le cocktail devient explosif ! Résultat : il évacue ses sentiments réprimés sur sa femme. Et avec violence. » Mme Gungaloo continue : « Le rapport de force qui s’établit devient alors, pour l’homme, une démonstration de sa force. Pour la femme, sa condition d’assujettie. De résignée. De celle qui n’a aucun droit. Qui n’a, au bout du compte, plus d’identité. »
La problématique n’est ni nouvelle ni exceptionnelle. En revanche, elle présente une nouvelle donne : « Les femmes victimes de violences, autant physiques que verbales, sont de plus en plus jeunes », explique Radha Gungaloo. « Pour preuve, chaque mois, entre quatre à cinq étudiantes universitaires viennent chercher de l’aide et de l’écoute ! » Notre interlocutrice poursuit : « Les raisons pour lesquelles elles sont victimes de violences sont multiples. Elles sortent avec des copains de classes ou sont fiancées avec de jeunes hommes qui ne sont pas de l’université. Toutes sont sous la pression de relations sexuelles. Certaines tentent de la jouer ‘safe’ en concédant qu’elles ont déjà eu des relations sexuelles. C’est alors qu’elles sont traitées de tous les noms… D’autres, qui optent pour l’abstinence, se font tout aussi injurier ! ‘Sirma to ena kiksoz pu kasiett…’, ‘To laguel kuma deryer lisien…’ et une foule d’autres insultes de la même trempe. »
Radha Gungaloo ne passe pas par quatre chemins : « La violence engendre la pauvreté et la précarité sociale. Elle affecte la psychologie et la santé mentale de la femme. Elle entraîne aussi des dysfonctionnements, quand ce ne sont pas des abus, sur les enfants, victimes collatéraux de ces situations. »
Dominant/dominée
Certains diront qu’il existe la Protection from Domestic Violence Act de 1997. Mais « ce n’est pas LA solution au problème des violences en milieu familial ! » reprend l’avocate, avant d’ajouter : « On a une loi ! Très bien. Bon nombre de gens se donnent bonne conscience en disant haut et fort ‘on a une loi’. Mais quand cette loi est sollicitée, c’est quand les coups ont déjà été portés ! » Pire, continue notre interlocutrice : « Cette loi n’est pas une prévention contre les coups ! »
R. Gungaloo interroge : « Qu’est-ce qui engendre la violence au sein du couple ? C’est la soif du pouvoir. L’homme, qui a été conditionné depuis qu’il est petit, qu’il ‘incarne’ ce pouvoir, cède à la violence quand il est question de montrer ‘qui est le plus fort’, ‘le mari’, dans la maison. L’homme a donc grandi avec l’idée qu’il est ‘le dominant’. Tandis que la femme s’est toujours entendue seriner qu’elle est faible. »
De cet état de choses découle forcément une situation où « la femme s’enferme dans son silence ». Selon l’avocate : « Elle redoute de faire entendre son point de vue de peur de se faire battre. Cette violence peut être physique, par des coups, mais aussi, il ne faut pas l’oublier, sexuelle. »
Fort de sa grande expérience dans ce domaine, Mme Gungaloo relève qu’une « partie de la solution vient d’une approche globale du problème avec, et c’est très important, l’humain au centre des préoccupations ». Cette approche, dit-elle, « doit se faire simultanément sur plusieurs fronts : l’aspect religieux/spirituel, les traditions familiales, les effets sur la personne et son entourage, les ‘non-valeurs’ inculquées… »
Elle fait aussi ressortir : « Une grosse lacune dans tout le système, c’est le manque total de prise en charge psychosociale de la victime et l’absence d’accompagnement. » Et de se poser la question : « Comment peut-on parler de réhabilitation d’une femme victime de violences sans un tel encadrement ? Cela équivaut à larguer la personne. »